Le blog des directeurs qui luttent pour obtenir un statut professionnel.
A l’instar des organisations syndicales nationales, les syndicats d’enseignants traversent une crise majeure sans précédent : perte massive et continue d’adhérents, non renouvellement des adhésions, manque cruel de militants, mobilisation difficile…
Face à un tel constat, on pourrait s’attendre à une forte remise en cause de la ligne directrice qui a conduit à ce désastre. Rien n’y fait ! Pas même les échecs. Au contraire, les équipes dirigeantes sont reconduites dans leur mandat avec un score écrasant (cf notre article sur le score albanais).
Ce constat accablant l’est encore plus si l’on se réfère à la défiance qui s’est installée entre les dirigeants syndicaux et les directeurs d’école.
Comment en est-on arrivé à cette catastrophe ? Les exemples sont hélas nombreux depuis la signature du protocole en mai 2006.
En apposant sa signature, le SE-Unsa a mis fin à 7 années de grève administrative pour un résultat plutôt maigre et jugé très insuffisant par les directeurs d’école. Certes, une mesure (la plus importante) a apporté une aide appréciée par les collègues des écoles à 4 classes. Un quart de décharge leur a été octroyé. Mais dans quelles conditions ! Et à quel prix ! Pas de moyens supplémentaires mais des étudiants IUFM sans formation autre que celle donnée sur le terrain par les directeurs eux-mêmes. Des étudiants IUFM en stage filé avec pour conséquences immédiates pour beaucoup de directeurs de ne pouvoir choisir leur jour de décharge, pour d’autres (ceux d’écoles à 5, 6, 7, 8 classes) une réduction de la décharge en temps annuel. Enfin, pour tous les enseignants, une réduction des stages de formation continue. Belle avancée !
Une autre mesure, la mise en place d’EVS sans formation, sans avenir pérenne, est un pis-aller. Certes, des milliers de directeurs ont fait acte de candidature et obtenu ce moyen. Cela montre à quel point le dénuement de leur fonction est immense pour en être réduit à accepter une aussi mauvaise solution !
Rappelons-nous la campagne du SNUipp qui n’avait pas de mots assez durs pour dénoncer la précarité des EVS, appeler au boycott de l’embauche d’EVS et qui, quelques mois plus tard, se fait le plus ardent défenseur de ces emplois appelés à disparaître en juin 2007 et qui viennent d’obtenir un sursis d’un an… Quel revirement ! (cf notre article)
Comment leur accorder notre confiance ?
Lors de la signature du protocole, le SE-Unsa et le SNUipp ont « consulté l’ensemble de la profession »… Pseudo consultation sur leur site respectif, chacun pouvant donner son avis autant de fois qu’il le souhaitait… On en rit encore ! (cf notre article)
Comment peut-on leur accorder notre confiance ? Peut-on leur faire confiance ? Dernier exemple en date, celui que nous envoie un fidèle lecteur de notre blog. Nous retranscrivons dans son intégralité le message qu’il a reçu via la boîte mail de l’IA 59 et qu’il nous a fait parvenir : «Travailler plus (près du prince) pour gagner plus : du Sarko avant la lettre ! La réponse du SE-Unsa n’a pas tardé : "Pour la première fois dans le département, M. L'Inspecteur d'Académie a souhaité faire accéder à la hors-classe 2 collègues n'ayant pas le barème (gains respectifs : 210 et ... 2400 places !). Bien qu'il soit dans son droit, nous avons protesté contre le principe de déroger à la règle sachant que les deux bénéficiaires étaient évidemment pris sur le contingent "normal" de 91. Comme on peut le voir, on ne se fait pas de cadeaux entre syndicats ! On n’hésite pas à « balancer » et à régler ses comptes...!
Le GDID a, quant à lui, confié à l’IFOP le soin d’organiser une consultation de l’ensemble des directeurs en septembre 2006. Une vraie consultation incontestée car incontestable avec les résultats que l’on sait : une participation jugée exceptionnelle par l’institut de sondage, des scores sans appel sur des sujets capitaux (93 % pour un statut) apportant un démenti cinglant aux syndicats qui affirmaient encore que « les directeurs ne veulent pas d’un statut »… Mais de cette consultation, silence radio sur les ondes syndicales. Un silence assourdissant qui en dit long sur le degré d’écoute des dirigeants syndicaux et leur prise en considération des problèmes exprimés par la base.
Comment leur accorder notre confiance ?
La grève administrative n’étant plus de mise, le SNUipp et le Sgen-CFDT ont inventé la notion de « blocage administratif » de l’enquête 19. Ils ont conjuré les directeurs de ne pas céder aux menaces de sanctions financières de l’administration. Jamais, le ministère n’oserait effectuer une retenue sur salaire pour « absence de service fait », ont-ils répété… On connaît la suite.
Comment leur accorder notre confiance ?
Au cours de cette année scolaire, le ministère a mis en place des groupes de travail notamment sur l’expérimentation des EPEP et l’étude d’un statut d’emploi. Il y a invité l’ensemble des organisations syndicales et même des « experts de terrain » dont des représentants du GDID ! Sacrilège ! Le SE-Unsa en a pris ombrage, considérant qu’au titre de seul signataire du protocole, il lui revenait de droit d’être l’interlocuteur privilégié du ministère pour assurer le suivi du protocole…
De leur côté, le SNUipp et son acolyte (son satellite le Sgen-CFDT) décidaient de boycotter ces groupes de travail tant que les menaces de sanctions ne seraient pas levées. Geste noble, s’il en est, sauf que l’on apprenait que dans le même temps, le SNUipp était reçu au ministère, à sa demande, pour débattre du travail de ces groupes… (cf notre article)
On n’oubliera pas non plus les nombreuses querelles intestines qui ont secoué le SNUipp et le SE-Unsa tout au long de cette année scolaire. Animosité de tous les instants qui met à mal la solidarité syndicale. (cf notre article)
Lors de la CAPD du 29 mai a été abordé le passage à la hors classe.
Ces "promos" ont concerné 0,012 % des collègues qui pouvaient y prétendre. Cette injustice salariale n'était pas suffisante : l'Inspecteur d'Académie a décidé que 2 collègues placés respectivement à la 760ème et à la 2480ème place méritaient de remonter à la 90ème et à la 91ème place (les 2 dernières permettant l'accès à la hors classe) !! Cette décision "légale" mais unique dans les annales de la CAPD a évidemment été dénoncée par les organisations syndicales siégeant. Toutes ? Que nenni ! Pas pour le SE-UNSA ! Le SNUipp-FSU a demandé un vote à bulletins secrets : les représentants du SE-UNSA ont refusé de participer au vote. L'IA avait bien précisé, par 3 fois, au cas où certains IEN n'auraient pas compris le message, que l'Administration voterait d'un seul homme : si le SE-UNSA avait participé au vote à bulletins secrets, certains IEN qui sont favorables au respect du barème auraient pu voter selon leur conscience.
Le fait, pour un IEN, de voter publiquement contre son IA est considéré comme une faute professionnelle et passible du Conseil de Discipline. Voilà pourquoi le SE-UNSA a joué ce vilain jeu : l'Inspecteur d'Académie peut lui dire merci !
Pour le SNUipp-FSU Nord
Les représentants du personnel »
« Le SE/UNSA a très vite dénoncé l’inéquité qui existe dans l’accès à la hors-classe selon que l’on travaille dans le premier ou dans le second degré : en effet, le ratio des collègues certifiés promus approche 5% des promouvables quand celui des PE n’est que d’à peine plus de 1,2% (et non 0,012% comme une autre organisation syndicale a pu l’écrire). Nous avons proposé que les moyens économisés sur les intégrations dans le corps des PE soient utilisés pour améliorer le contingent hors-classe des PE.
A la réception des documents préparatoires à la CAPD, nous rendant compte que deux collègues étaient promus hors barème, nous avions manifesté à l’Inspecteur d’Académie notre désaccord. Lors de la CAPD, l’IA nous a informés que, bien que conscient de l’opposition des organisations syndicales aux promotions hors barème, il maintiendrait sa décision comme il en a le droit.
Prévoyant que nous pouvions en venir au vote, il s’était assuré, comme pour chaque CAPD importante, de la présence de toute la représentation de l’Administration. Bien naïf celui qui peut croire que les représentants de l’Administration ne vont pas suivre leur IA dans ses décisions.
Contraint au vote, l’IA a imposé deux choses :
-d’abord que ce vote se fasse à bulletin secret (contrairement à ce que certains ont pu écrire, le compte rendu de CAPD en attestera) et non à main levée,
-que la CAPD valide ou non la liste dans son ensemble.
Immédiatement, les représentants du SE-UNSA ont déclaré qu’ils ne prendraient pas part au vote.
Pourquoi ? L’IA nous proposait d’accepter ou de refuser toute la liste.
D’autres que nous auraient dû prendre le temps de la réflexion.
ØSi nous avions participé au vote et accepté la liste, nous aurions accepté le fait du prince comme d’autres ont pu le faire il y a quelques semaines en n’émettant aucune opposition à ce que l’IA nomme en CAPD Mouvement une collègue sur un poste qu’elle n’avait même pas demandé.
ØSi nous avions participé au vote et refusé la liste, nous aurions remis entre les seules mains de l’IA la possibilité de constituer la liste hors-classe comme il l’entendait ».
Le Sgen-CFDT y est allé de son petit couplet :
Malheureusement SEULES 2 ORGANISATIONS sur 3 (le Sgen-CFDT et le Snuipp-FSU) ont protesté et voté contre cette injustice ! ..."
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Méritent-ils notre confiance ?
Ce catalogue loin d’être exhaustif nous permet de comprendre les raisons qui ont peu à peu vidé ces organisations syndicales de leurs militants, adhérents ou sympathisants…
Pour regagner notre confiance, il leur reste beaucoup à faire ! Certes, tout n’est pas perdu. Mais il faudrait commencer par changer les équipes responsables de ce gâchis. On est loin du compte…