Le blog des directeurs qui luttent pour obtenir un statut professionnel.
La signature du protocole en mai 2006 a eu pour corollaire d'accorder 1/4 de décharge aux directeurs de 4 classes. Pour ne pas avoir à créer de postes budgétaires, le ministère a usé d'un stratagème : l'utilisation de PE2 en stage filé
De nombreux inconvénients ont été dénoncés tant par les syndicats non signataires que par les directeurs eux-mêmes : décharges au rabais, suivi des PE2, formation insuffisante, diminution des stages de formation continue, travail supplémentaire pour les directeurs...
L'Inspection Générale de l'Education nationale vient de publier un rapport dans lequel elle analyse les difficultés rencontrées sur le terrain et soumet au ministère quelques propositions pour améliorer la formation des PE2.
Formation des enseignants : l’inspection générale est-elle le corps du Ministère le plus à l’écoute du réel ? Dans un rapport récemment publié, elle réclame que les maîtres et les établissements qui accueillent des stagiaires deviennent un vrai pôle-ressource pour la formation des stagiaires, avec les moyens financiers et statutaires clairement définis dans une convention. Un rêve ? « Enseigner est un métier qui s’apprend. Faire cours et faire apprendre, conduire une classe et individualiser son enseignement, exiger des efforts et donner confiance, susciter l’intérêt, évaluer les aptitudes et percevoir les talents, aider à l’orientation. Tout cela nécessite une formation initiale et continue approfondie : rien ne doit être laissé aux aléas de la vocation pédagogique ou du hasard professionnel » (Extrait de l’annexe du cahier des charges de l’IUFM). Le nombre de classes maternelles mobilisées est important. Ce constat peut conduire à une certaine satisfaction au regard des impératifs de la formation mais il convient, cependant, d’exprimer des réserves sur le fait que ces classes sont souvent des petites, voire des très petites sections. http://media.education.gouv.fr/file/26/7/5267.pdf
Premier constat : le choix des classes d’accueil des PE2 a davantage répondu à un impératif administratif (décharger les directeurs à 4 classes, compléter un service à 80%...) qu’à une logique de formation (mettre le PE2 en stage dans la classe de quelqu’un susceptible de l’accueillir et de l’aider). A tel point que l’inspection générale recommande d’éviter de mettre les PE2 dans une classe où il complète le service d’un enseignant, ou d’écarter les classes « peu adaptées » ou « trop difficiles ». A terme, le rapport demande de construire un réseau d’enseignants accompagnateurs, dont les compétences devraient se rapprocher de celles de maîtres formateurs temporaires.
Le rapport ose poser une question qui fâche : une école peut-elle être un lieu de formation ? Non, répondront sans ambages ceux qui craignent le retour à la « formation sur le tas » ou la diminution des heures de cours à l’IUFM. Oui, oseront ceux qui pensent qu’il est urgent de dépasser les stériles oppositions entre « théories » et « pratiques », mais bien de faire de ce va-et-vient entre terrain et IUFM la garantie d’être mieux en capacité de prendre en charge tous les aspects du métier : maîtrise des contenus et de la didactique, mais aussi gestion de la classe, prise en compte de l’hétérogénéité, relations dans l’école… Un des savoirs de l’enseignant chevronné, c’est par exemple de savoir s’économiser pour durer : ce n’est pas forcément une injure à l’innovation, mais la composante essentielle de tout métier.
Si les PE2 apprécient le principe du stage filé, ils estiment que la charge de travail du stage filé correspond à 50% de leur temps de travail de la PE2. Cela pose donc avec acuité la nécessaire « articulation entre leurs questionnements pratiques et les réponses apportées lors des retours à l’IUFM », et pose la question du mémoire professionnel. Les formateurs des différentes catégories (IUFM, circonscriptions, maîtres-formateurs…) doivent donc apprendre à renforcer leur collaboration, à croiser leurs compétences pour un véritable travail suivi autour des compétences professionnelles, de la première année à l’IUFM à la deuxième année de titularisation, soit 4 années pour la mise en oeuvre du cahier des charges de la formation…
Pour le 2nd degré, les stagiaires, qu’on essaie souvent de « protéger » des lieux les plus difficiles, se déclarent inquiets par rapport à leur affectation à venir. Les grandes disparités de niveau de classe (collège, lycée, types de classes) amènent l’Inspection Générale à demander aux rectorats de réfléchir « aux modalités qui permettraient aux stagiaires de se familiariser avec d’autres facettes de leur profession ». Concernant le suivi des PLC2, « tout repose sur le conseiller pédagogique » : certains sont jugés trop directifs, même si la plupart instaurent un rapport « de compagnonnage ». La présence du chef d’établissement est recommandée pour les réunions PLC-conseillers pédagogiques.
Pour le début de l’année, le rapport demande en outre une préparation spécifique par l’IUFM, soit en réunissant les stagiaires avant la pré-rentrée ( ?), soit en reportant la prise en main des classes à la deuxième semaine de l’année (ou au moins au deuxième jour de l’année).
Sur le plan de la gestion des moyens, le rapport note que les dotations des académies « incluent les moyens des stagiaires », rendant fréquent une sous-dotation des académies lorsque le nombre de stagiaire finalement recruté ne correspond pas à la prévision. Dans le premier degré, les moyens en formation continue (remplacement des enseignants en stage par des PE stagiaires) diminue d’environ 50 000 journées-stagiaires. Le rapport demande donc à la DGESCO de rééquilibrer la dotation en poste des académies touchées par cette baisse, d’autant plus que la demande d’organiser 4 semaines de stage en T1 et 2 en T2 réduit encore le volume de remplacement disponible pour le reste de la formation continue des enseignants « ordinaires ».
Le rapport insiste enfin sur la nécessité de réaliser dans le premier degré ce qui existe dans le second : une « reconnaissance explicite » des fonctions de tuteur, avec l’engagement financier correspondant et un vrai statut : « on ne peut plus se contenter, comme aujourd’hui, de quelques heures de rencontre annuelles d’information avec les corps d’inspection ou avec les formateurs de l’IUFM. Une véritable formation de formateurs doit être enfin mise en place à leur intention, qui recouvre en particulier les pratiques de formation des adultes et celles de leur évaluation ». On en rêve, d’autant plus que l’Inspection Générale demande de passer de véritables conventions avec les « établissements d’accueil » des stagiaires, indiquant les moyens horaires, indemnités de suivi… dont pourraient bénéficier l’établissement « afin de compenser les contraintes que constitue un accueil de qualité des stagiaires ».
Quelques "morceaux choisis" de ce rapport...
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Le cahier des charges de la formation des maîtres en IUFM confirme le schéma retenu par la circulaire : le stage en responsabilité des PE2 est désormais constitué d’un stage filé d’une durée de 30 jours, durant lequel le stagiaire a la responsabilité d’une classe à raison d’un jour par semaine et de deux stages groupés d’une durée de trois semaines chacun, au cours desquels le stagiaire prend en charge la classe tenue par un titulaire qui bénéficie pendant ce temps d’un stage de formation continue. Le stage filé et les deux stages groupés doivent permettre au PE2 d’exercer dans chacun des trois cycles de l’école primaire.
L’organisation du stage filé constitue la principale innovation. Elle modifie profondément l’organisation et le contenu de la formation initiale des professeurs des écoles. De ce fait, le stage filé a constitué le principal objet de l’étude conduite par les inspecteurs généraux.
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Le choix des classes du stage filé a davantage répondu à un impératif administratif (décharger de cours les directeurs des écoles à 4 classes) ou à une opportunité locale (complément de service des enseignants exerçant à 80 % ou, tout simplement, recherche de maîtres volontaires pour laisser leur classe à un stagiaire) qu’à une logique de formation.
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Le niveau de la classe du stage filé
Ces niveaux ne sont pas les plus opportuns :
Les stagiaires prennent la classe sans formation préalable. Dans les classes de cycle 2 ou 3, ils peuvent, dans une certaine mesure, pallier leurs méconnaissances pédagogiques par la connaissance de quelques contenus d’enseignement. Dans les petites ou très petites sections, ils risquent, en revanche, au moins dans un premier temps, d’être complètement démunis face à l’exigence de gestes professionnels spécifiques qu’ils ne maîtrisent absolument pas.
L’affectation en petite et très petite sections répond à la nécessité de décharger de cours le directeur de l’école maternelle qui, jusqu’à présent, choisissait souvent d’exercer dans ces classes afin de disposer d’un peu de temps l’après midi, pendant que les élèves font la sieste, pour effectuer leur travail de direction. Il n’y a pas lieu de les priver de la décharge à laquelle ils peuvent dorénavant prétendre mais il serait souhaitable de les inciter, lorsqu’ils sont remplacés par des PE2, à prendre une classe de grande section ou de moyenne section.
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Dans tous les cas, le problème de l’articulation et de la continuité entre le travail du stagiaire et celui du titulaire se pose. Il est cependant plus facile à résoudre lorsque le titulaire est présent dans l’école.
Il expose, a contrario, les PE2 aux plus grandes difficultés lorsqu’il doit travailler en complément de service d’un enseignant qui, ayant opté pour un temps partiel, n’est guère enclin, a priori, à investir un peu de son temps libre pour rencontrer le stagiaire.
Dès l’année 2007-2008, il paraît donc nécessaire, dans toute la mesure du possible, d’éviter cette formule.
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Au sein de l’école
Les PE2 ont été diversement accueillis. Des cas de franche hostilité (assez rares), d’indifférence, de surprise (directeurs non prévenus) sont signalés mais généralement les stagiaires ont été plutôt bien reçus. Quand ils remplacent un titulaire absent de l’école, ils sont davantage livrés à eux-mêmes tandis que, lorsque le titulaire est présent (directeur ou maître déchargé), les contacts se sont établis assez normalement.
L’attitude des directeurs oscille entre une position de principe, défendue par certaines organisations syndicales et consistant à refuser d’assumer une fonction de formateur non prévue par le décret fondant leurs missions, et une tendance naturelle à aider autant que faire se peut un jeune collègue. Certains directeurs, plus spécialement ceux sortis récemment de l’IUFM, puisent même dans leur décharge nouvellement attribuée un temps conséquent pour aider le PE2.
Il conviendra de chercher des éléments de réponse à la question suivante : comment une école sans formateur institutionnel peut-elle constituer, néanmoins, un lieu de formation ?
Quelques perspectives se dessinent, que la constitution d’un réseau d’accueil devrait concrétiser :
- certaines portent sur le choix de l’école : dans un département de notre échantillon, dès la rentrée 2007, des PE2 seront affectés dans des écoles repérées comme plus propices à la formation (les titulaires y assurant actuellement les décharges de direction seront affectés dans des écoles sans profil particulier) ;
- d’autres concernent les directeurs, qui doivent être mieux informés de leur rôle et davantage associés aux formateurs, sur la base d’un modèle s’apparentant à celui du « compagnon d’apprentissage ». En tout état de cause, la fonction de « directeur accueillant » mérite d’être précisée.
Les directeurs d’école seront mieux informés et mieux associés au processus de formation. Ils devront veiller à ce que, au sein de l’école, un enseignant assure l’accueil et l’accompagnement du stagiaire.
Le premier chantier à mener, cela a été souligné déjà dans ce rapport, concerne la constitution dans chaque académie d’un vrai réseau d’écoles et d’établissements d’accueil des stagiaires.
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La part des très petites et petites sections d’école maternelle doit être réduite pour les PE2...
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C’est en effet sur les directeurs, principaux et proviseurs, que reposent sans doute une part de l’évaluation du stagiaire. Les directeurs et chefs d’établissement, s’ils sont des partenaires actifs de la formation, doivent être considérés comme tels et faire l’objet d’un soutien à ce titre de la part des corps d’inspection et des IUFM.
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L’arrêté du 19 décembre 2006 rappelle que « la formation commence à la date de rentrée des professeurs » pour que les stagiaires « puissent participer aux activités de prérentrée » ; de manière originale, la circulaire d’application du 22 février 2007 est en retrait par rapport à cette disposition : le stagiaire « prend part si possible, aux travaux de prérentrée ».
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Préconisations communes au premier et au second degrés.
Elaborer au plus tôt un cahier des charges du « maître de stage » et de l’école ou de l’établissement d’accueil en stage, comprenant les capacités et actions attendus des maîtres de stage, des directeurs d’école et chefs d’établissement, leur accompagnement, leur formation et la reconnaissance de leur rôle par l’institution, les conditions d’organisation des stages".
Le rapport de l’Inspection générale