De nombreux collègues ont réagi à notre article intitulé "Stages de remise à niveau : le SNUipp appelle au boycott". Certains ont laissé des commentaires, d'autres ont écrit directement à l'adresse du blog. La plupart des messages vont dans le sens d'une dénonciation et d'un rejet du dispositif.
Un courrier, cependant, a retenu notre attention. Il émane d'un directeur que nous avons recontacté pour lui demander l'autorisation de diffuser sa contribution. Il en accepte la publication à la condition formelle de préserver son anonymat. "J'assume mon choix même s'il n'est ni politiquement ni syndicalement correct mais je ne veux pas passer pour un provocateur, ce que je ne suis pas. Seul m'importe l'intérêt de mes élèves".
Nous respecterons donc le souhait de notre collègue en ne dévoilant pas son identité. Voici son courrier, dans son intégralité.
----------------------------------
Bonjour
Chaque jour, je reçois des mails de syndicats enseignants qui vilipendent les « stages de remise à niveau ». Certains comme le SNUipp nous enjoignent de ne pas « entrer dans le dispositif » et nous appellent au boycott. Le SE-Unsa nous rappelle que « l’administration est juridiquement fondée à exiger la participation des enseignants et des directeurs d’école à la mise en place du dispositif ».
J’avoue que j’en ai assez de n’avoir de messages des syndicats que pour m’appeler à l’immobilisme ou m’inciter à les suivre dans leur opposition aux mesures qui ne leur conviennent pas. J’aimerais qu’ils pensent à moi également pour que mon métier de directeur soit pleinement reconnu.
Directeur d’une école de 12 classes, j’ai souhaité prendre l’avis de mes collègues sur la question des stages pendant les vacances. A ma grande surprise, un seul s’est montré franchement hostile au dispositif. Deux autres ont émis des réserves sur leur efficacité. Trois se sont portés volontaires pour assurer ce soutien.
Mes collègues réfutent l’argument maintes fois utilisé sur les inégalités qui sous-tendent ce projet.
- inégalité devant les vacances. N’existe-t-elle pas déjà entre ceux qui partent au soleil dans une résidence avec piscine, ceux qui iront faire un tour à la mer un week-end et ceux qui n’auront d’autre horizon que la rue et le centre aéré ?
- inégalité devant le soutien. N’existe-t-elle pas déjà entre les enfants qui ont la chance d’être suivis à la maison, ceux qui vont faire des devoirs de vacances, ceux qui vont bénéficier de cours particuliers (par un parent ou une structure payante) et ceux qui n’ouvriront pas un livre du premier au dernier jour de vacances ?
L’injustice la plus criante n’est-elle pas celle qui consiste à laisser se développer des officines commerciales de cours à domicile ? Cours particuliers avec mesures fiscales, certes mais qui ne s’adressent qu’aux familles les plus favorisées. Cours assurés, faut-il le noter, par des étudiants mais aussi et surtout par des enseignants.
Un des arguments avancés par les syndicats : celui de la « surcharge de travail » qui incombe aux enseignants de CM et aux directeurs. Le dispositif serait « dévoreur de temps ».
En ce qui me concerne, j’applique les « consignes » du SE-Unsa :
- s’en tenir à la simple transmission des informations de l’administration vers les collègues et les parents ;
- réclamer à l’IEN (si ce n’est pas fourni automatiquement) les formulaires et lettres d’information pour transmission aux seules familles ayant des enfants repérés par leurs enseignants comme étant en grande difficulté en maths et/ou français ;
- récupérer les éventuelles inscriptions des familles ;
- transmettre à l’IEN la liste des collègues éventuellement intéressés pour encadrer ce stage ainsi que les demandes d’inscription des familles ;
- les directeurs fourniront évidemment aux parents ou aux collègues les coordonnées du Maire, de l’IEN ou de l’IA pour toute demande de précision à ce sujet : ils n’ont pas à faire ce travail.
- lors du conseil d’école, présenter le dispositif aux parents d’une manière très sobre.
Je dois dire que le travail s’arrête là et qu’il ne demande pas une débauche d’efforts. Il suffit d’appliquer ces consignes et le travail est fait. Ce qui montre, en passant, que la position du SE-Unsa est très réaliste.
Nous avons fourni une liste d’enfants en établissant un ordre de priorité. Nous avons privilégié les élèves susceptibles de profiter de la remise à niveau, ceux qui ne bénéficient d’aucun suivi à la maison et qui passent leurs vacances soit dans la rue soit au centre de loisirs.
Notre IEN nous a confié un stage. Les trois collègues volontaires se sont mis d’accord pour se répartir les sessions. Les maîtres de cours moyen (dont moi, à mi-temps) fourniront les éléments concernant les élèves retenus, comme nous le faisons en fin d’année lors de la répartition des classes.
Nous savons que ce n’est pas la panacée. Evidemment, nous regrettons tous de n’avoir pas plus de moyens (maître en surnombre, remplacements mieux assurés, membres du Rased…). En tant que directeur, j’estime indispensable d’avoir plus de temps à consacrer à mon école et cela passe par un statut, une décharge plus importante, une aide administrative sérieuse… Cependant, faut-il se contenter de dénoncer et accepter le statu quo ?
Pour conclure, je tiens à dire que nous ne savons pas si le dispositif sera efficace. Les faits nous le diront. Mais, il nous a semblé qu’il fallait l’essayer.
----------------------------------
Retour à la page d'accueil