Le blog des directeurs qui luttent pour obtenir un statut professionnel.
/http%3A%2F%2Fwww.crocodilus.org%2Forganisation%2Fimages%2Forganisation.gif)
Que faire des deux heures du samedi matin libérées par le ministre ? Dans une dépêche AFP, le Snuipp rend compte des discussions avec le ministre. "L'organisation collective du temps scolaire dégagé sera mise en oeuvre par le conseil des maîtres et sera intégrée dans le projet d'école, validée par l'inspecteur" a précisé le secrétaire général du Snuipp, Gilles Moindrot. Un quart des heures sera réservé au travail en équipe sans élèves.
Rappel : le ministre, sous la pression du président de la République, a décidé de supprimer les cours du samedi matin. En réalité, l'une des 3 heures est déjà libérée de cours et correspond aux samedis vaqués par les élèves. Il restait donc 2 heures en moyenne annuelle. Or, ces deux heures hebdomadaires supprimées ne le seront pas pour les instituteurs, qui devront organiser du soutien pour les 15% d'élèves les plus en difficulté.
L'utilisation de ces deux heures a fait l'objet de concertations entre le ministre et 3 syndicats (SNUipp, SE-Unsa et Sgen-CFDT). Après plusieurs rencontres, un accord semble se dessiner "comme l'idée selon laquelle il ne s'agira pas forcément, pour les élèves en difficulté, de deux heures hebdomadaires. Cela pourra être moins, cela pourra ne pas être forcément pendant toute l'année scolaire. Ce sera variable, en fonction des besoins identifiés des élèves". Le ministère serait également favorable à ce "qu'un quart des deux heures soit consacré au travail en équipe ou à la formation" et donc ne soit pas du temps "en présence des élèves", selon Gilles Moindrot (SNUipp).
Alors comment s'organisera l'utilisation de ce temps libéré pour les élèves ? Gilles Moindrot fournit un début de réponse : "L'organisation collective du temps scolaire dégagé sera mise en oeuvre par le conseil des maîtres", donc au niveau de chaque école, "et sera intégrée dans le projet d'école, validée par l'inspecteur".
Chacun le pressent : cette organisation reposera essentiellement sur le directeur qui devra gérer des positions diverses dans son école. Il devra faire le point sur les élèves nécessitant du soutien, répartir les moyens, trouver un équilibre entre les classes qui ont des niveaux différents et un nombre d'enfants en difficulté pas toujours équivalent. Il lui faudra expliquer le dispositif aux familles pour qu'elles acceptent de reprendre leurs enfants à des heures qui ne sont pas forcément les mêmes pour toute la fratrie. Le directeur devra également rendre des comptes à l'IEN sur l'utilisation individuelle de chaque enseignant, sur leur implication dans le dispositif, sur le travail réalisé "hors la présence des élèves"...
Bref, en fait "d'organisation collective mise en oeuvre par le conseil des maîtres", il s'agira, avant tout, d'un travail supplémentaire pour le directeur d'école. Une nouvelle charge non reconnue et non rémunérée. Travailler plus... mais pas pour gagner plus !
En guise de sourire, nous joignons une réflexion de Sylvain Grandserre, enseignant et auteur de "Ecole droit de réponse" (Hachette 2007).
On savait la majorité présidentielle actuelle fortement influencée par l’apport spirituel des chanteurs yé-yé. Cela se confirme jusqu’en matière éducative, puisqu'un vieux refrain a ressurgi sous les préaux : « Mais oui, mais oui, l'école est finie... le samedi matin » !
C’est sans doute parce qu’elle est la plus apte à occuper notre « temps de cerveau disponible » que la chaîne TF1 a été choisie pour être miraculeusement transformée en chaîne éducative sur laquelle le ministre est venu présenter cette décision (27/09/2007). Drôle d’époque tout de même où nous voilà, contre notre gré, retenus un soir au poste…
Ce choix de la suppression de la classe le samedi matin, électoraliste et tactique (il fallait atténuer l’annonce de la suppression de plus de 11 000 postes dans l’Education nationale), a surpris, tant par sa nature (on croyait qu'il fallait « travailler plus » !) que par sa forme : pas de concertation ni de dialogue, des acteurs mis devant le fait accompli ; mais à quoi bon quand on a raison ! La preuve ? Les sondages sont formels : enfants, parents et même enseignants voient d'un bon oeil cette suppression. Alors, finie aussi l’école comme institution dont la mission dépasse la simple satisfaction des intérêts particuliers. Comme toujours, au pays des aveugles, les borgnes sont rois, mais les rois de quoi ?
Peu après qu'ait été diffusée la nouvelle, quelques-uns se sont interrogés : où recaser les heures disparues ? En effet, une année scolaire comprend 24 samedis travaillés par les élèves, soit l'équivalent de 12 jours d'école et donc de 3 semaines de classe par an. Allait-on toucher aux congés d'été, quitte à ouvrir une guerre civile entre juillettistes et aoûtiens ? Ou bien raccourcir les petites vacances qui représentent déjà le minimum dont ait besoin un enfant pour récupérer (marrant ça, à l'heure où certains répètent que l'école n'est plus qu'un lieu de distraction et d'amusement, il semblerait qu'on s'y fatigue encore !) ? Ou pourquoi ne pas mettre en place un dispositif dans l'air du temps depuis plus de dix ans : faire classe le mercredi matin ? Seul problème mais de taille pour cette dernière proposition : si l'on peut d'avoir du monde à la barrière le samedi midi pour emmener les enfants en week-end à la mer ou à la montagne (ne me dites pas que tous n'y vont pas, on en aurait entendu parler tout de même !), les choses sont différentes le mercredi.
Qui pour récupérer les bambins un midi en milieu de semaine ? Du coup, toutes les communes auraient dû assurer des services de restauration, des activités sportives et culturelles avec le personnel conséquent et même par endroit, garantir ramassage scolaire et garderie ! Bref, le choix du transfert des heures de classe s'avérait cornélien avant que le ministre, tel Alexandre devant le noeud gordien ne tranche : « les trois semaines de classe je vous en fais cadeau, il y a déjà trop d'école, trop de cours, les autres pays ont des élèves qui font moins d'heures que nous et qui ne me semblent pas, quand je les regarde, des sots ! ».
Attention, cette générosité soudaine révèle tout de même des limites : les enseignants eux, devront assurer soutien et aide aux élèves les plus en difficulté le samedi matin. L'idée n'est pas stupide, peut être discutée mais interpelle quelque part d’autant plus que pour justifier cette décision clientéliste le ministre Darcos pédale depuis dans la justification pédagogique comme d’autres dans la semoule.
Raison de plus pour s’interroger :
- Sur quels critères se fera le choix des élèves convoqués ? On sait bien que contrairement aux apparences, il n'est pas forcément pertinent de regrouper dans un réflexe d'homogénéité maladroit les élèves en grande difficulté. Mieux vaut des groupes plus ouverts, plus hétérogènes, pour créer un peu de dynamique et rompre avec une vision ghettoïsée de la différenciation pédagogique.
- Comment désigner les bénéficiaires de cette offre sans les mettre à l’index ? En effet, il n’est pas sûr que les heureux gagnants – parents inclus - soient ravis d’être ainsi distingués. Cela peut s’apparenter à une punition comme quand nous étions sanctionnés et devions revenir faire un travail supplémentaire pendant nos heures de colle.
- Sur quelles bases réglementaires se fera cette venue supplémentaire ? Quand bien même l’enseignant parviendrait à organiser son groupe du samedi, quelle garantie aura-t-il que ce sont bien les élèves ainsi visés qui seront les bénéficiaires de ces heures supplémentaires ? Que faire si un élève non prévu se présente à la porte de l’école ? Là encore on ne peut ignorer que toute offre éducative libre bénéficie en premier à ceux qui en ont le moins besoin ! Y aura-t-il un contrat passé entre la famille et l’école ? Et quelle valeur aura-t-il en cas de non-respect ?
- D’autres questions se bousculent aux portillons de nos réflexions : Que va-t-il se passer en maternelle ? Va-t-on là aussi prévoir un dispositif identique pour des enfants de 3 ou 4 ans ? Que faire si une classe se trouve dépourvue d’élèves en grande difficulté ? Sera-t-il possible d’intervenir auprès d’autres élèves et pourquoi pas dans une autre école ? Par ailleurs, que vont devenir les RASED, les Réseaux d’Aide et de Soutien aux Elèves en Difficulté ? Car si l’enseignant titulaire de la classe assure cette mission cela pourrait justifier leur disparition… Pratique quand on cherche à supprimer des emplois dans les services publics !
- Un dernier problème semble être à nouveau passé à la trappe. L'étendue des notions à étudier et des compétences à acquérir ne cesse de croître. Le programme n'est plus un catalogue dans lequel on pourrait piocher mais un référentiel exhaustif que nul ne parvient à faire étudier dans sa totalité. Pourtant, prise isolément, chaque partie du programme mérite qu'on s'y intéresse, qu'il s'agisse de la littérature de jeunesse, de la prévention routière, du secourisme ou de l'informatique pour ne parler que des récents apports. Bref, pourra-t-on apprendre toujours plus en toujours moins de temps ? Car la suppression de la classe le samedi matin équivaut, sur les huit années de primaire, à la perte sèche de 24 semaines d'école ! Soit les deux tiers d'une année ! De plus, à l’heure où nos élèves passent autant de temps devant la télévision qu’en classe, et où les rythmes des adultes et des enfants se confondent trop souvent, la semaine de quatre jours est une incitation au dérèglement biologique ! En effet, il y aura trois soirs par semaine où il n’y aura pas classe le lendemain. Soit pour certains, trois prétextes par semaine pour tester leur résistance à l’endormissement !
Puisque la décision de supprimer le samedi matin semble irrévocable, espérons qu’on trouvera des réponses à toutes ces questions si l’on veut que la venue de certains élèves soit vécue comme une chance et non comme une stigmatisation. Mais cela se fera-t-il sans relancer la formation continue, sans recruter le nombre nécessaire de professeurs ? Comment ne pas être suspicieux et inquiets quand le Premier ministre lui-même affirme que : « la réforme de l’Etat supposera que chacun d’entre nous accepte qu’il y ait moins de services, moins de personnel, moins d’Etat” ? Faut-il comprendre : moins d’enseignants et moins de moyens pour moins d’éducation ?