Le blog des directeurs qui luttent pour obtenir un statut professionnel.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe : la Délégation à la communication - commune aux deux ministères - prévoit de consacrer 100 000 euros en 2009 à la « veille de l’opinion » pour le compte du ministère de l’éducation et 120 000 euros pour celui du ministère de l’enseignement supérieur. « Flicage des profs », « repérage des récalcitrants » ou banalité d’un travail d’information au service de l’action publique ?
En réalité, ce sont les termes utilisés dans le cahier des charges qui ont fait particulièrement réagir.
« Les objectifs de ce dispositif de veille » : « Identifier les thèmes stratégiques ; identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion ; repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau ; décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation ; repérer les informations…etc. »
« Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un “risque opinion” potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués », précise l’appel d’offre.
« Outre la presse, les “sources surveillées” sont sur Internet: sites “commentateurs” de l’actualité, médias en ligne, sites de syndicats, de partis politiques, sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion, moteurs généralistes, forums, blogs, pages personnelles, appels et pétitions en ligne… »
Le ministère de l’éducation se justifie : « Ça fonctionnait déjà quand on est arrivés au ministère ». « C’est comme une sorte d’extension des traditionnelles revues de presse. Cela existe dans la plupart des ministères. C’est la “Delcom (la délégation à la communication) qui reçoit ces synthèses… et qui nous les synthétise à son tour parce que nous n’avons pas le temps de tout lire ».
La Delcom indique : « Ce n’est pas une démarche de censure et de contrôle mais une démarche d’écoute et de compréhension de l’opinion qui s’exprime sur le Net. Il n’y aucun fichage, pas de liste nominative. On ne cherche pas l’identité des gens, même si certains se manifestent volontairement en tant qu’auteurs ».
Thierry Saussez, directeur du service d’information du gouvernement (SIG) affirme qu’il « comprend » que le « langage des professionnels » (surveiller, cible, alerte, etc..) puisse « hors contexte » être mal perçu. « Ça existe depuis des années ». « C’est parfaitement transparent, cela passe par des appels d’offres publics sur quelque chose qui est sur Internet, donc qui est public. Il s’agit de regarder tout ce qui peut avoir un impact sur les politiques publiques, dans les médias, sur internet et dans l’opinion, directement auprès des Français.»
Et pourquoi recourir à de coûteux appels d’offres ? « Parce que les ministères n’ont pas les ressources humaines pour réaliser ce type de travail », répond Thierry Saussez.
Les principaux syndicats d’enseignants, peu suspects de sympathie envers le ministre, se montrent plutôt modérés dans leurs réactions.
Interrogé par Associated Press, Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, déclare « Parler d’une volonté de fichage des militants me parait être une surinterprétation » et ajoute : « Le ministère veut simplement anticiper pour adapter sa propagande. Le reproche que je pourrais surtout faire, c’est qu’on dépense un argent fou, pas pour l’intérêt général, mais pour l’intérêt du ministre… ».
Luc Bérille, secrétaire général du SE-UNSA publie le communiqué suivant : « Les fonds publics ont-ils pour objectif de financer la propagande ? Que le ministère soit attentif à l’évolution de l’opinion est une chose, mais que l’objectif annoncé de cette veille informatique soit de prévenir toute remise en cause ou critique de sa politique en est une autre. » Et il ajoute : « A ceux qui en douteraient, le ministre de l’Education nationale vient de prouver qu’il peut avoir de la ressource, y compris financière, lorsqu’il le décide. Le SE-UNSA constate que la chasse systématique aux dépenses qui, lorsqu’il s’agit des personnels et des élèves, se traduit par des milliers de suppressions d’emplois et des restrictions massives des crédits budgétaires, peut souffrir des exceptions lorsqu’il s’agit d’un service du ministre. »
Le Sgen-CFDT reste tout aussi mesuré : « Plutôt que de tenter d’observer les conversations sur le net, nos ministres de tutelle seraient mieux inspirés d’utiliser une partie de ces sommes au développement du dialogue social qui seul permet à la fois d’entendre les attentes des personnels et de trouver les moyens d’y répondre ». Et il s’interroge : « Nos ministres n’envisagent donc pas d’autres moyens de connaître l’opinion et les attentes de leurs personnels que par la surveillance des échanges sur le net ? ».
« L’école, ça commence à trois ans »
Interrogé au Sénat lors des questions au gouvernement, Xavier Darcos a tranché officiellement en faveur de la suppression de la scolarisation à 2 ans. "L'école, ça commence à trois ans".
Le ministre avait déclenché une levée de boucliers en septembre, quand il s'était publiquement interrogé sur l'opportunité de recruter à bac+5 pour les écoles maternelles "des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches".
"J'ai dit à ce moment-là que ce n'était pas respecter les professeurs d'écoles maternelles que de vouloir leur donner des fonctions qui relevaient de la puériculture", a-t-il corrigé, interrogé lors de la séance des Questions au gouvernement du Sénat.
"Il faut que nous posions la question simple: qu'est-ce que nous faisons de enfants de un à trois ans ? Est-ce que c'est à l'école qu'il faut les mettre ou est-ce qu'il faut des dispositifs de transition comme tous les pays modernes l'ont fait ? ", a-t-il interrogé, avant de proposer sa propre réponse: "l'école maternelle à trois ans, c'est très bien. Avant, il faut trouver des structures d'accueil différentes qui soient adaptées aux besoins de ces enfants."