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Le statut de directeur d'école dans les projets présidentiels de 2012

 

Certains candidats ou partis évoquent le statut de l'école et de son directeur.

Qu'en disent-ils ?

 

Marine Le Pen
UMP
UMP & PS

Philippe Poutou 

 

La synthèse et les résultats de la consultation IFOP - GDID sont disponibles sur le site de l'Ifop à l'adresse suivante (cliquer sur le panneau ci-dessous) :

 

 

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 15:43


En cette période de vacances scolaires, l’actualité des directeurs d’école est plongée dans un profond sommeil. Ministre et syndicats se reposent et fourbissent leurs projets ou leurs armes pour affronter la rentrée de septembre…

 

Aussi, avons-nous décidé de profiter du calme de ces mois d’été pour aborder quelques thèmes de réflexion.

Aujourd’hui : le bac.

 

 

Cette année, 86 % des candidats ont décroché leur baccalauréat. Nouveau record de réussite ! Ce pourcentage, à lui seul, montre que ce diplôme ne vaut plus grand-chose. Et, si pour l’instant, les nouveaux bacheliers fêtent leur succès, dans quelques mois, beaucoup d’entre eux déchanteront. Quand les moins doués, les moins travailleurs ou les plus mal orientés d'entre eux échoueront à l'issue de leur première année d'université. C'est le cas de 50 % des étudiants.

 

 

Question taboue : le bac est-il bradé ?

 

Le bac, institution bicentenaire, a longtemps été le symbole de l'égalité, de la méritocratie à la française. Il était le même pour tous. Ceux qui l'avaient étaient, en principe, promis à un bel avenir professionnel. Ce n’est hélas plus le cas. Beaucoup d’analystes considèrent même qu’il est aujourd’hui une arnaque.

 

Certains se raccrochent encore aux mentions… Pourtant, même la mention « très bien » semble bradée tellement elle est généreusement accordée.

 

A qui la faute ? Difficile d’en exempter les responsables politiques. Certains, ces trente dernières années, n'ont pas su ou voulu réformer notre système de formation. D'autres ont fait preuve d'une grande démagogie. Comme cette idée défendue par Jean-Pierre Chevènement d’amener 80 % d'une classe d’âge au niveau du baccalauréat. Louable mais après ?

 

Il se trouve encore des politiques pour ne pas voir la réalité en face. Ainsi, l'an dernier un rapport sénatorial s'inscrivait en faux contre les Cassandre : « Non, le bac n'est pas dévalué puisqu'un tiers d'une génération ne le présente pas ou le rate.» Et ceux qui n'obtiennent pas le diplôme ne peuvent plus prétendre à un emploi d'enseignant ou de cadre, comme il y a trente ans. Enfin, la France reste en dessous des pays développés de l'OCDE.

 

Pour Jean-robert Pitte, ex-président de la Sorbonne, « C'est plutôt un certificat de fin d'études un peu bidon, un diplôme de complaisance. Les jeunes ont aujourd'hui accès à tout très facilement grâce aux outils de communication modernes. Mais ils n'ont pas toujours les bases de lecture, d'écriture ou bien encore de calcul pour utiliser ces outils. Il n'est pas normal qu'un adolescent ne s'exprime pas parfaitement. Pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'acquérir ces bases dans leur famille, c'est bien à l'école de les enseigner. »

 

Le bac général, lui, est-il vraiment plus facile qu'avant ? Oui, répondent les enseignants. Les copies sont truffées de fautes d'orthographe, racontent-ils. « Sur un paquet de cent vingt copies, une dizaine sont rédigées en langage texto », s'exaspère un professeur de philosophie. Des études comparatives l'ont démontré : dès le primaire, le niveau est en forte baisse, comme le montrent les résultats à une même dictée à vingt ans d'intervalle. Lors des réunions d'harmonisation des notes, pour stabiliser les taux de réussite, les correcteurs peuvent être amenés à relever leurs appréciations. Un pourcentage important des copies voit leurs notes augmentées. D'ailleurs, dans certaines disciplines, le barème est au-dessus de 20, avec au final des notes surévaluées.

 

Même le niveau du bac S, le plus prestigieux, est remis en cause. Pour le recteur de l'académie de Versailles, « il est devenu l'un des bacs les plus faciles à obtenir ». Selon un professeur en classe prépa scientifique, « depuis les années 1980, une grande part des réformes a eu pour but de rendre les sciences d'assimilation plus faciles. Ceci s'est payé par une baisse du niveau ».

Les responsables d'écoles d'ingénieurs s'inquiètent d'un bac qui serait devenu « moins scientifique » car depuis dix ans, le nombre d'heures de maths a été revu à la baisse.

 

Un rapport de la Banque mondiale explique la mauvaise position des universités françaises dans les classements internationaux par l'absence de sélection à l'entrée. Cette question reste taboue mais la sélection existe de façon larvée puisque seuls 64 % des inscrits obtiennent une licence, souvent après avoir redoublé.

 

 

Autre sujet tabou : le coût du bac

 

Jacques Marseille, historien, économiste et professeur à la Sorbonne, était l'invité de "RTL Matin" le 14 juillet. Voici ses déclarations :

 

Jacques Marseille, est-ce que pour vous ce nouveau record, c’est une bonne nouvelle ?

 

C’est dans la logique des choses. C’est surtout dans l’hypocrisie généralisée du bac dont moi je pense qu’il ne sert plus à rien et qu’il mériterait d’être supprimé. Je me réjouis pour les familles et je m’inquiète pour les finances car on a calculé que le bac ça coûtait tout compris avec les salles inoccupées pendant ce temps 200 millions d’euros. Donc j’estime que les recalés au bac, les malheureux 10%, coûtent au contribuable 3 000 euros chacun c'est-à-dire la moitié de ce que coûte un étudiant à l’université. Voilà ce qu’on pourrait affecter comme des crédits plus utiles qu’à continuer à faire passer le bac.

 

Pour vous, ça veut dire que ce diplôme n’a plus de vraie valeur ?

 

Non, non, c'est-à-dire qu’il reste quand même le premier grade de l’université ce qui est une hypocrisie supplémentaire, c'est-à-dire que tout bachelier peut s’inscrire à l’université puisque c’est un grade universitaire. Mais dans l’ensemble, aujourd’hui, si vous n’avez pas de mention, eh bien le bac en soi, ça ne vaut pas grand-chose.

 

Est-ce que ça veut dire que pour les 14% qui l’ont raté, pour eux c’est foutu ?

 

Non, pas du tout, heureusement d’ailleurs, heureusement. Je pense que dans le monde d’aujourd’hui, ce n’est pas le bac qui détermine l’essentiel de l’avenir, mais c’est la prise en main de son destin, c’est d’essayer d’entreprendre, c’est d’essayer de trouver sa voie dans sa vie, …, mais pas de répondre à un rituel d’épreuves qui ont été instituées du temps de Napoléon mais qui, deux siècles après, sont souvent particulièrement stériles.

 

Vous avez aussi une théorie intéressante, vous dites aussi que le taux de réussite au bac augmente grosso modo au même rythme que les mouvements lycéens. Ça veut dire quoi ? Il y a une consigne du ministère auprès de ceux qui corrigent le bac en leur disant, bon voilà cette année les élèves sont allés peu en cours, il faut leur donner le bac ?

 

Ce qui est amusant, c’est effectivement que ça fait 5 ans que le taux de réussite augmente régulièrement et ça fait 5 ans que tous les ans il y a des mouvements lycéens qui font qu’il y a de moins en moins de cours… Il y a 3, 4, 5 semaines d’agitation qui les privent de cours. Et c’est formidable puisque, du coup, le taux de réussite augmente. C'est-à-dire qu’effectivement, on pourrait se poser la question du manque d’efficacité des cours sur la réussite de ceux qui le passent.

 

Mais il y a des consignes d’après vous ?

 

Non, il y a des consignes de clémence, c'est-à-dire, que là encore, il y a une sorte d’hypocrisie généralisée sur l’ensemble du système de ne pas désespérer les familles, de ne pas désespérer les élèves, ne pas faire du bac ce qu’il était autrefois et ce qui fatalement n’était pas si bon,  mais d’en faire une sorte de passeport généralisé qu’on donne un peu à tout le monde. C’est ça qu’il est devenu en fait.

 

Vous dites que le bac coûte trop cher. Cet argent il faudrait le mettre dans l’étape d’après, à l’université par exemple ?

 

Bien sûr. Mais je crois que tous les pays normaux, c'est-à-dire les autres, leur politique c’est d’avoir un examen final qui soit basé sur un contrôle continu, par les établissements, ça marche partout ailleurs, et un examen d’entrée à l’université. Parce que je rajoute que le taux d’échec aujourd’hui à l’université, c’est de 50%. C'est-à-dire que 50% des jeunes qui entrent à l’université en sortent sans rien. Alors que dans les pays qui, eux, ont un examen d’entrée à l’université, 100% de ceux qui y entrent ont quelque chose, avec des vraies bourses, pendant 4 ans et un emploi à la fin.

 

Jacques Marseille, 86% de taux de réussite au bac, est-ce que ça veut dire que les bacheliers, cette année, sont mieux armés pour affronter le monde économique qu’on ne l’était il y a 10 ans ou 15 ans ?

 

Non, pas du tout, je crois que maintenant ils ont tout à démontrer et ils ont tout à construire dans leur parcours. D’ailleurs, il faut bien voir que la plupart ont compris puisque, rien que dans la région parisienne, 1/3 seulement ont demandé une inscription à l’université. Les autres s’inscrivent dans les IUT, dans les BTS, dans les classes préparatoires, c'est-à-dire dans les formations sélectives. Comme le bac n’est plus du tout un instrument de sélection, eh bien les gamins et les parents ont parfaitement compris qu’il fallait, après, aller dans les filières sélectives. C’est ce qu’ils font : 1/3 vont à l’université, 1/3 seulement ce qui pose un grave problème pour l’avenir du pays.

 

Pourquoi cette évolution ? C’est moins de connaissances d’après vous ?

 

Non, c’est pas moins de connaissances, c’est surtout un examen aujourd’hui qui est devenu très formaté. J’ai dirigé des manuels scolaires pendant 20 ans, je me rends compte que l’épreuve d’histoire-géographie c’est devenu une vraie bouffonnerie. Au lieu d’apprendre les élèves à réfléchir, on leur demande de répondre à des questions. Simplement c’est très formaté, pas formateur. Je pense que le bac n’éveille pas à l’intelligence. Il est une sorte de quizz généralisé qui fait que si vous avez compris la mécanique, avec des correcteurs un peu cléments, eh bien vous avez 90% de réussite au bac.

 

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 10:28

Au moment de partir en vacances, il nous a semblé intéressant d’avoir une pensée pour le nouveau titulaire du ministère de l’Education nationale… Xavier Darcos, grillé, Richard Descoings ayant décliné l’offre, aucun volontaire ne se manifestant à l’horizon, Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment eu le choix pour ce poste à haut risque…

L’Express nous propose un ensemble de témoignages d’anciens ministres de l’Education nationale. Certains ont accepté de se livrer, d’autres non. Luc Chatel ne peut pas ignorer ce qui l’attend dès la prochaine rentrée scolaire…

 

Nous reproduisons un extrait de cet article intitulé « Bienvenue en enfer ».

 

Luc Chatel récupère le portefeuille le plus redoutable du gouvernement. De leur arrivée à leur départ de la Rue de Grenelle, cinq anciens tenants du titre livrent leurs souvenirs sur cette maison si spéciale. Et sur ce poste ingrat qui ne se refuse pas.

 

C'est un métier où l'on récolte plus de coups que de gloire. Où l'on noue une relation sadomasochiste avec les syndicats - tu me cèdes, je te méprise, tu me résistes, je te grille.

Un ministère avec 1,1 million d'âmes inconnues et suspicieuses, enseignants et administratifs. Un maroquin que l'on n'a pourtant guère le choix de refuser : on y manie les plus nobles des matières, le savoir, l'avenir, l'esprit républicain. Et les dossiers les plus roboratifs: réformes du primaire, du lycée, des programmes, revalorisation des carrières.

"C'est l'un des portefeuilles les plus difficiles, parce qu'il y a 60 millions de ministres de l'Education en France, mais c'est aussi l'un des plus beaux". Et puis François Fillon m'a dit: "On en sort vivant, regarde-moi !", confie à L'Express Luc Chatel, en poste depuis le 23 juin.

 

Cinq ministres "rescapés", Jean-Pierre Chevènement, Jack Lang, Luc Ferry, Gilles de Robien et Xavier Darcos, ont accepté de raconter leurs souvenirs. François Bayrou et Lionel Jospin ont refusé de répondre. Claude Allègre s'est contenté d'un : "Jamais plus je ne voudrai être ministre de l'Education nationale. J'ai gagné mon paradis une fois, je ne tenterai pas ma chance une seconde fois." Car, si ce ministère peut mener au paradis, il faut, le plus souvent, passer d'abord par l'enfer.

 

Lire l’ensemble des témoignages sur " l’Express.fr ". La lecture des commentaires de certains des ministres interrogés montrent que Claude Allègre n’est pas le seul à manier l’ironie et l’amertume voire l’insulte…

A lire également, dans ce même journal, la chronologie des manifestations étudiantes depuis plus de 30 ans. De quoi assombrir un peu plus le moral de Luc Chatel…

 

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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 21:49

Notre collègue Froment, bien connu des habitués de ce site, nous livre un nouvel article que nous publions bien volontiers dans son intégralité.

L’analyse qu’il fait de la situation économique est sombre et inquiétante, mais elle rejoint les positions prises par les experts français et européens ces dernières semaines.

 

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A chaque jour son lot de mauvaises nouvelles. Le 27 mai 2009, sur la radio BFM, Eric WOERTH, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, déclare :

 

« A ce jour, les recettes fiscales tirées de l’Impôt sur les Sociétés sont de 1 Milliard d’euros contre 10 à 12 Milliards l’année dernière à même date ».

 

Cette annonce fait l’effet d’une bombe tant elle est significative de l’état de nos finances. Si l’on replace cet élément dans le contexte plus général des rentrées fiscales recensées au premier trimestre 2009, les prévisions du déficit du budget devront être revues à la hausse.

Rappelons que, fin avril, le ministre du budget avait évalué à 6 % du PIB le déficit du budget. Compte tenu des nouveaux éléments, le déficit pourrait s’élever à hauteur de 10 % en 2009, dépassant probablement les 150 milliards d’euros.

 

Le 15 juin dernier, le déficit des comptes de la Sécurité Sociale a été évalué à 20 milliards. Cette donnée peut, à elle-seule, creuser encore un peu plus le déficit du budget général de notre pays.

 

 

Ces mauvaises nouvelles s’accompagnent, hélas, d’autres perspectives peu engageantes. Au cours du second semestre 2009, le risque d’une augmentation des matières premières n’est pas à exclure. Déjà, depuis quelques semaines, le cours du baril de pétrole repart à la hausse malgré une demande en décroissance du fait de la crise industrielle.

La situation au Pakistan et en Iran risque de créer des tensions qui pourraient provoquer un nouvel emballement. Toutes raisons de craindre pour le pouvoir d’achat des Français.

 

Une autre source d’inquiétude est à prendre en compte : celle qui touche les collectivités locales. Beaucoup d’entre elles présentent une situation de comptes très difficile. Certaines ont recours à des emprunts très risqués pour simplement assurer leurs seules charges de fonctionnement. Il n’est pas impossible que l’Etat soit contraint d’assumer les défaillances de certaines communes, ce qui aurait pour effet immédiat d’aggraver encore le déficit global du budget de la France.

 

 

Les conséquences pour la France

 

Les disponibilités financières disponibles sur le marché n’étant pas infinies, se profile l’hypothèse d’une difficulté voire d’une impossibilité à placer un emprunt à taux fixe comme cela a été le cas en mars dernier pour la Banque d’Angleterre.

Si la capacité à emprunter à l’Etranger atteint ses limites et si la dégradation des comptes de l’Etat se poursuit, à échéance de deux ou trois ans, faute de couverture de financement, le risque d’une faillite des comptes de l’Etat est envisageable.

 

Une forte hausse des impôts ne peut être exclue même si les prélèvements obligatoires sont déjà très importants dans notre pays (de l’ordre de 44 %). Toute augmentation pénaliserait l’investissement et la consommation, affectant le retour à la croissance.

Certains commencent à envisager la possibilité d’une réduction des salaires et des pensions dans la Fonction Publique comme cela se pratique déjà dans le secteur privé. Cette orientation provoquerait une situation sociale extrêmement dangereuse.

 

 

Les conséquences pour l’Education nationale

 

Les suppressions de postes vont probablement s’accroître plus vite et plus fortement que prévu. Les grandes réformes coûteuses seront renvoyées à des jours meilleurs, forcément lointains. La modernisation du système éducatif, la revalorisation des carrières seront mises entre parenthèses pendant une durée assez longue.

 

Les regroupements de petites écoles de 1 à 3 classes se poursuivront pour une meilleure mutualisation des besoins entre les communes.

La création d’EPEP envisagée puis abandonnée ne pourra voir le jour avant longtemps. L’objectif de déplacer des compétences vers les communes reste d’actualité mais ces dernières n’ont plus les moyens financiers de prendre en charge financièrement les transferts pas toujours compensés intégralement par l’Etat.

 

Concernant plus précisément les directeurs d’école, il est difficile d’imaginer la mise en place d’un statut professionnel. Celui-ci nécessite des moyens budgétaires importants pour accompagner la reconnaissance institutionnelle : création de postes de décharges, d’aide administrative et revalorisation indiciaire.

Ces préoccupations catégorielles ne présentent pas le même caractère d’urgence pour les comptables du Trésor ou les directeurs d’école.

 

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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 17:13


Puissant levier de réforme de l'État, la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) enclenche un processus de transformation radicale des règles budgétaires et comptables de l'État - qui n'avaient pas évolué depuis plus de 40 ans. L'ambition de cette loi est de réformer la gestion de l'État tout entière, c'est-à-dire la façon dont l'argent public est utilisé par chaque ministère. Cette réforme vise à instaurer une gestion plus démocratique et plus efficace des dépenses publiques.

Dans ce cadre, chaque ministère doit déclarer les objectifs atteints en fonction des programmes de la LOLF.

 

L'exercice vient d'être fait par l'éducation nationale qui publie ainsi un nombre important d'indicateurs. En effet, derrière les chiffres, se profile une question essentielle : L'Ecole est-elle performante ?

 

Les documents du ministère donnent un sens particulier au mot « performante ». Il faut l’entendre et le comprendre « du point de vue du contribuable » comme le souligne « le bilan stratégique du rapport annuel de performances ».

 

 

Le rapport fourmille d’éléments qui situent les objectifs atteints en matière éducative.

 

Ainsi, apprend-on que 87% des élèves de fin de primaire "maîtrisent les compétences de base" en français, 90% en maths. A la fin du collège les taux sont de 78 et 88%.

Les taux d'absentéisme sont particulièrement faibles : 2 % d'heures perdues, à comparer aux 3 % perdues par indisponibilité des enseignants ou des locaux.

 

Si les taux de redoublement baissent, ils restent supérieurs aux objectifs fixés du primaire à la seconde.

 

Les indicateurs révèlent également pas mal de surprises, voire des décalages avec les discours officiels… Notamment dans le domaine de la violence scolaire.

 

Les mêmes indicateurs nous apprennent également que le ministère de l’Education nationale a embauché bien en dessous de ses autorisations de programme sans rien dire

Ainsi, par exemple, dans l’enseignement primaire, Xavier Darcos s’est livré à une réduction supplémentaire de 2 194 postes alors même qu’il promettait d’en créer un millier du fait de l’augmentation des effectifs entre 2007 et 2008 !

 

 

Nous avons relevé quelques aspects significatifs de ce bilan…

 

 

Les réformes

 

Devant la persistance de résultats décevants des élèves à plusieurs évaluations (notamment les évaluations internationales PISA et PIRLS), à la rentrée 2008, l’éducation nationale a mis en place une importante réforme dont l’objectif est de diviser par trois le nombre d’élèves qui sortent de l’école primaire avec de graves difficultés et diviser par deux le nombre d’élèves ayant pris une année de retard dans leur scolarité en cinq ans.

Comme lors de la rentrée scolaire 2007, il a été décidé de maintenir ou d’augmenter toutes les dotations en emplois d’enseignants du premier degré aux académies, que le nombre de leurs élèves baisse ou non, notamment afin de favoriser la mise en œuvre de la réforme de l’enseignement primaire ; de plus, la part des moyens d’enseignement consacrés aux postes permanents en classe progresse, ce qui suppose des efforts accomplis en matière de gestion des fonctions qui ne sont pas de manière permanente face aux élèves, opérations généralement poursuivies dans le cadre de la mise en place de la rentrée 2009.

Enfin il faut remarquer, comme pour le second degré, que la diminution générale du nombre d’enseignants de l’éducation nationale s’est traduite par une amélioration de leur situation financière en rendant possible différentes améliorations catégorielles et générales.

 

 

Le remplacement des enseignants absents

La diminution du taux de rendement du remplacement a un impact sur la couverture des absences pour congés de maladie et maternité comme en témoigne la baisse du taux de remplacement. (77,8 % en 2008 contre une prévision de 83%)

 

 

Le regroupement des petites écoles (de une à trois classes)

 

La prévision pour 2008 était de 40,5 %. La réalisation a été de 39,6 %. L’objectif 2010 est de 39 %.

 

 

Les dépenses de personnels

 

Le point de vue du contribuable et celui du citoyen se rejoignent dans cet objectif d’optimisation des moyens qui est aussi d’équité. Il s’agit en effet de faire en sorte que les moyens alloués au programme soient répartis le mieux possible entre les territoires et mobilisés effectivement au service des élèves.

 

La part du potentiel enseignant en responsabilité d’une classe est en progression par rapport à l’année précédente ce qui témoigne de l’effort fait pour affecter devant les élèves le plus grand nombre d’enseignants. La loi de finances pour 2009 confirme cette orientation en prévoyant la réaffectation de 500 enseignants n’assurant pas un service d’enseignement mis à disposition d’autres activités ; par ailleurs, à la rentrée scolaire 2009, le Ministre s’est engagé à ce que les 500 créations de postes d’enseignants soient essentiellement consacrées à l’ouverture de classes supplémentaires.

 

 

Evolution des emplois

 

Enseignants du 1er degré                   Personnels d’encadrement (IEN)

 

Plafond 2008                319 243                                    1 488

Exécution 2008             317 049                                    1 396

Ecart                            -  2 194                                     - 92

 

Les emplois sont exprimés en équivalent temps plein travaillé (ETPT). On distingue les effectifs physiques qui correspondent aux agents rémunérés, quelle que soit leur quotité de travail et les ETPT (équivalents temps plein travaillé) correspondant aux effectifs physiques pondérés par la quotité de travail des agents. A titre d’exemple, un agent titulaire dont la quotité de travail est de 80% sur toute l’année, correspond à 0,8 ETPT ou encore, un agent en CDD de 3 mois, travaillant à temps partiel à 80% correspond à 0,8 x 3/12 ETPT.

 

 

Principales mesures catégorielles

 

Revalorisation de l’indemnité de sujétions spéciales des directeurs d’école       16 450 000

Revalorisation de l’indemnité de circonscription des IEN                                    2 010 000

 

 

Coûts moyens par catégorie d’emplois

INDICATEUR 4.3 : Proportion d’écoles de une à trois classes

Les coûts moyens correspondent au traitement indiciaire moyen de la catégorie, auquel s’ajoute une évaluation des indemnités perçues en moyenne par chaque agent ; les taux de cotisations en vigueur sont appliqués (hors CAS pensions). En 2008, ces coûts moyens sont :

 

- Enseignants du premier degré : 34 617 €,

- Enseignants stagiaires : 25 131 €,

- Personnels d’encadrement : 58 649 €.

 

 

Les principaux événements ayant marqué la gestion 2008

 

L’Etat verse une compensation financière à chaque commune qui a mis en place le service minimum d’accueil. Cette compensation s’élève soit à 110 € par jour et par groupe de 15 élèves accueillis, soit à 9 fois le SMIC horaire par enseignant ayant participé au mouvement de grève, sans que le montant de la compensation ne soit inférieur à 200 € par jour. Pour 2008, la dépense au titre du droit d’accueil s’est élevée à 2,56 M€. Sur la base d’un coût forfaitaire de 90 € par groupe de 15 élèves de janvier à août et de 110 € de septembre à décembre, cela représente environ 363 000 élèves accueillis.

 

Ce remboursement est assuré à partir des retenues sur salaire pour service non fait et nécessite des mouvements de fongibilité asymétrique au niveau déconcentré.

 

 

Frais de déplacement : 6,4 M€

 

Les dépenses de l’action « Pilotage et encadrement pédagogique » portent sur les frais de déplacement des personnels de direction et d’inspection et des conseillers pédagogiques.

 

Le montant des crédits consommés en 2008 fait apparaître un écart supérieur de 0,6 M€ au regard des crédits inscrits, résultant de l’augmentation du nombre des déplacements des IEN (objectif d’inspecter les enseignants tous les 3 ans) : 1 250 prévus pour 1 350 constatés, soit au total une augmentation de 8% du nombre d’agents à indemniser par rapport au nombre prévu. Ce constat a conduit à porter cette enveloppe à 7 M€ dans la LFI 2009.

 

 

Le renouvellement des contrats aidés

 

Il s’est concentré en 2008 sur la reconduction de la totalité des contrats des personnels affectés à l'accompagnement des élèves handicapés et à l'assistance administrative des directeurs d'écoles.

 

  

 

Commentaires :

 

Eric Woerth se réjouit d’avoir dépassé ses objectifs cette année. La manne ainsi récupérée en 2008 correspond à « 400 millions d’économie » et « 400 millions de prime ».  

"Les 22.700 suppressions de postes de fonctionnaires permettront de dégager 700 à 800 millions d'euros d'économies en année pleine, a déclaré le ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, Eric Woerth".

Soit environ 80 euros brut par fonctionnaire sur l’année. A peu près 60 euros net, donc 5 euros par mois…

Tout ça pour ça ?

Voilà qui relativise les termes du rapport : « la diminution générale du nombre d’enseignants de l’éducation nationale s’est traduite par une amélioration de leur situation financière en rendant possible différentes améliorations catégorielles et générales ».

 

Les suppressions de postes ont été plus nombreuses qu’annoncées. Le premier degré a été particulièrement et injustement touché. Non seulement le ministre n’a pas créé le millier de postes promis pour faire face à la hausse démographique, mais il s’est livré à 2 194 suppressions supplémentaires. Le ministère s’est bien gardé de communiquer sur cette économie non programmée. Personne n’a rien vu, personne n’a rien dit : ni les syndicats, ni les médias.

 

Conséquence ou cause de cette source d’économies, le remplacement des maîtres absents n’a pas atteint l’objectif fixé… Au détriment des élèves et des autres enseignants.

 

Les revalorisations indemnitaires sont très inégales selon qu’elles concernent les directeurs d’école ou les IEN… 16 millions d’euros pour presque 50 000 directeurs contre 2 millions pour 1 396 IEN…

 

 

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 22:58
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Dépenses éducatives en chute libre, inégalités dans leur répartition : une étude de la D.E.P.P. (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) vient confirmer le sentiment général. Contrairement à ce qu’ont longtemps affirmé plusieurs ministres de l’Education nationale, la dépense intérieure d'éducation ne cesse de diminuer.

De 7,6% en 1995 elle est descendue à 6,8% en 2006 puis à 6,6% en 2007.  La part de l'Etat dans la DIE (dépense intérieure d’éducation) qui était de 61% en 1980 ne représente plus que 55% en 2007. Inversement celle des collectivités locales est passée de 14 à 23%.

 

En 2007, la dépense intérieure d’éducation (DIE) – mesure de l’effort consenti par la collectivité nationale pour le fonctionnement et le développement du système éducatif de la métropole et des DOM – est estimée à 125,3 milliards d’euros, ce qui correspond à 1 970 euros par habitant, ou encore à 6,6 % du produit intérieur brut (PIB).

Globalement, de 1980 à 2007, la dépense intérieure d’éducation, avec un taux de croissance annuel moyen de 2,3 %, a crû légèrement plus vite que le PIB (2,2 %).

 

De multiples facteurs expliquent la croissance du coût de la DIE sur le long terme : l’accroissement du nombre d’élèves et d’étudiants, les modifications de la structure de cette population scolaire, avec une augmentation des filières plus coûteuses (enseignement supérieur, filières technologiques…) et surtout l’augmentation du coût unitaire de chaque élève (en fonction des taux d’encadrement, des revalorisations salariales des enseignants…).

 

Depuis 1996, la dépense d’éducation progresse moins vite que le PIB et sa part au sein du PIB décroît régulièrement, atteignant 6,6 % en 2007.

 

 

Evolution de la part de la dépense intérieure d'éducation (DIE) dans le PIB

           

 

DIE

 

DIE

Croissance

Croissance

 

en prix courants

Part

aux prix 2007

annuelle*

annuelle*

 

(milliards

DIE/PIB

(milliards

de la DIE

du PIB

 

d'euros)

(en %)

d'euros)

prix 2007 (en %)

prix 2007 (en %)

1980

28,5

6,4

67,9

 

 

1985

50,7

6,7

78,8

3,0

2,0

1990

68,0

6,6

90,4

2,8

3,2

1995

91,3

7,6

111,1

4,2

1,2

2000

104,9

7,3

121,5

1,8

2,8

2001

107,3

7,2

121,9

0,3

1,9

2002

110,8

7,2

122,9

0,8

1,0

2003

113,1

7,1

123,1

0,2

1,1

2004

115,6

7,0

123,8

0,6

2,5

2005

117,5

6,8

123,4

-0,3

1,9

2006

122,1

6,8

125,1

1,4

2,2

2007

125,3

6,6

125,3

0,2

2,2

 

 

 

Les dépenses de personnel représentent les trois quarts de la dépense d’éducation : 52,6 % pour le personnel enseignant (soit 53,8 milliards d’euros) et 22,4 % pour le personnel non enseignant (soit 22,9milliards d’euros). Les autres dépenses de fonctionnement représentent 16,2 % de l’ensemble et les dépenses d’investissement 8,8 %.

 

Mais on constate des différences selon le niveau d’enseignement. Les dépenses en personnel non enseignant, par exemple, sont nettement plus importantes dans l’enseignement préélémentaire (32,3%de l’ensemble) que dans l’enseignement élémentaire (22,5 %) ou dans l’enseignement du second degré (18,5 %) en raison de la présence des « agents territoriaux spécialisés d’écoles maternelles » (ATSEM) rémunérés par les communes.

 

La dépense moyenne par élève du premier degré (1) s’élève à 5 350 euros (y compris les dépenses concernant les élèves relevant de l’adaptation scolaire et la scolarisation des élèves handicapés, ASH). Le coût d’un élève scolarisé dans le préélémentaire (4 970 euros) reste inférieur à celui d’un élève scolarisé dans l’élémentaire (5 440 euros) : le coût des ATSEM encadrant les enfants du préélémentaire est largement compensé par le coût de classes à plus faible effectif dans l’élémentaire et par les autres dépenses de fonctionnement plus importantes pour ce niveau d’enseignement.

 

De 1980 à 2007, la dépense moyenne par élève du premier degré a augmenté de 79% en prix constants, soit 2,2 % en moyenne par an. Cette forte croissance résulte d’une baisse des effectifs d’élèves du premier degré et d’une revalorisation des carrières des enseignants (avec la création du corps des professeurs des écoles).

 

 

Comparaisons internationales

 

La France se positionne différemment selon le niveau d’enseignement. Pour l’enseignement élémentaire, la France se situe en dessous de la moyenne (avec une dépense de 5 370 PPA dollars (2) contre 6 250 pour la moyenne des pays de l’OCDE), nettement en retrait par rapport aux États-Unis, à la Suède, à l’Italie…mais au-dessus de l’Allemagne.

 

 

L’État finance 55%du système éducatif, les collectivités territoriales 23%, notamment grâce aux transferts de crédits.

 

Le financement « initial » de l’Éducation (3) – c’est-à-dire ce qui est à la charge effective des financeurs avant transferts entre les différents agents économiques – est assuré essentiellement par l’État (63 %). Ce poids de l’État dans le financement s’explique par sa part prépondérante dans la prise en charge des rémunérations des personnels, de loin le premier poste de dépenses du système éducatif. Par ailleurs, l’État transfère des subventions d’investissement vers les collectivités territoriales au titre de la décentralisation et des bourses d’études vers les ménages.

Au sein de l’État, le ministère de l’Éducation nationale est le premier financeur initial, avec 55 % de l’ensemble de la DIE, en incluant les charges sociales rattachées correspondant aux charges sociales employeur de l’État.

 

Les collectivités territoriales occupent la deuxième position, assurant 22,8 % du financement initial de la DIE, dont 12,6 % pour les seules communes.

 

L’effort des collectivités territoriales pour les établissements dont elles ont reçu la charge est nettement supérieur aux dotations qui leur sont transférées. Ainsi, par exemple, en 2007, les régions et les départements ont dépensé pour l’équipement, la rénovation et la construction des établissements du second degré, six fois plus que le montant perçu (5,7 milliards d’euros contre 0,94 milliard d’euros).

Les communes assurent 39,2 % du financement initial du premier degré, en rémunérant les personnels non enseignants qui interviennent dans les écoles, ainsi que les dépenses de fonctionnement et d’investissement de celles-ci.

 

 

(1)    La dépense moyenne d’éducation par élève pour l’année est calculée en rapportant la totalité des dépenses et des activités dans les établissements publics et privés, à l’exclusion des activités de formation continue ou extrascolaires.

 

 

(2)    PPA dollars : la parité de pouvoir d’achat exprimée en dollars est un indicateur qui permet d’établir une comparaison, entre pays, du pouvoir d’achat des devises nationales en neutralisant les différences de prix. Pour ce faire, il est défini un panier de consommation type.

 

 

(3)    La distinction entre financement initial et financement final sous-entend l’existence de transferts entre les différentes unités de financement. Par exemple, les bourses d’études constituent un transfert entre l’État et les ménages. En financement initial, les bourses seront affectées à l’État qui les verse, déterminant la charge effectivement supportée par cet agent, tandis que les dépenses des ménages seront évaluées après déduction des bourses reçues. En revanche, si cette dotation est comptabilisée dans les dépenses des ménages, on parlera de financeur final, notion qui permet d’étudier la relation entre le dernier financeur et le producteur, ou l’activité.

 

 

Xavier Darcos, à la suite de Nicolas Sarkozy, martèle un slogan : « moins mais mieux », c’est-à-dire moins d’heures de cours et moins d’enseignants. La formule incantatoire laisse dans l’ombre les conséquences réelles de la diminution de l’encadrement sur la formation. En fin de compte, quel sera le prix de la suppression de dizaines de milliers de postes de professeurs, et qui en supportera les conséquences ?

 

Dans un entretien au Monde, Xavier Darcos justifiait la diminution des dépenses dans l’éducation en disant que « notre devoir est de continuer à alléger le fardeau que nous léguons aux générations futures » (Le Monde, 7 novembre 2008).

 

Certes, on ne peut indéfiniment charger la dette. Ce sont nos élèves actuels et leurs enfants qui devront s’en acquitter. Cependant, notre devoir n’est-il pas de donner aux nouvelles générations plus encore qu’hier les moyens de comprendre le monde ?

Condorcet ne disait rien d’autre, quand il écrivait que « l'instruction publique est un devoir de la société à l'égard des citoyens ». Oui, ce « devoir de justice » a un prix. Refuser de le payer aujourd’hui, c’est courir le risque de devoir en payer chèrement les conséquences demain.

 

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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 15:35

Depuis septembre, les cours ont été supprimés le samedi matin dans les écoles. Pour les élèves, c'est la semaine de quatre jours. Cette réforme, promesse de campagne de Nicolas Sarkozy pour laisser un « vrai week-end » aux familles et permettre, notamment à celles recomposées de se retrouver plus facilement, a été décidée et réalisée très rapidement. Le Président de la République l’a mise en œuvre sans concertation, pas même avec son ministre de l’Education qui, lui, ne cachait pas sa préférence pour une semaine étalée sur quatre jours et demi.

 

Antoine Prost, historien de l’éducation, et Hubert Montagner, directeur à l’INSERM, s’accordent à le dire : « la semaine de 4 jours est une très mauvaise formule pour les apprentissages des élèves les plus en difficulté. »

 

Pour Antoine Prost, si les 840 heures d’enseignement désormais dispensées à l’école primaire correspondent bien à une moyenne européenne, le nombre de jours d’enseignement, 140, est bien inférieur à la moyenne. « Si l’on veut obtenir de bons résultats scolaires, il faut que les élèves travaillent. Certes, on pourrait sans doute aussi les faire travailler mieux, mais ce n’est pas la question d’aujourd’hui. On se préoccupe beaucoup trop du « dire » des profs et pas assez du « faire » des élèves, pourtant essentiel. C’est la conjonction des deux qui garantit les résultats. »

 

Selon Hubert Montagner, depuis plus de 20 ans, les scientifiques et les médecins s’accordent à dire qu’une journée de 6 heures est beaucoup trop longue pour la plupart des élèves de CP et pour les élèves en difficulté scolaire. Lui non plus ne croit pas à l’efficacité d’un soutien scolaire coupé de la classe et il craint qu’avec une semaine de 4 jours, les maîtres n’augmentent la part des fondamentaux au détriment d’activités de découverte et d’expression.

 

 

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer cette réforme.

 

Marianne Baby, du Snuipp, estime que la décision du ministre a été brutale et n’a pas laissé le temps de la réflexion. Thierry Cadart, secrétaire général du SGEN-CFDT, souhaite qu’une conférence nationale se tienne sur cette question des rythmes scolaires, « centrale par rapport à l’organisation de l’école pour la réussite scolaire ». Le SE-UNSA rappelle que la semaine de 4 jours a considérablement dégradé les conditions de travail des enseignants.

Selon le président de la FCPE Jean-Jacques Hazan, « la semaine de quatre jours, imposée par le ministre Darcos, densifie la journée de travail et est beaucoup trop fatigante pour les enfants ». Son association a lancé une campagne nationale pour un rythme scolaire en primaire de 4 jours et demi, avec trois heures de cours le mercredi matin, au lieu de la semaine actuelle de 4 jours.

 

Alors, faut-il maintenir la semaine de quatre jours ? Ou rétablir la classe une demi-journée supplémentaire ? Le débat revient sur le devant de l’actualité depuis quelques semaines. Des élus, des enseignants et des parents s'interrogent.

 

Xavier Darcos, lui-même, a déclaré qu'il ne voyait « aucun inconvénient » à ce que les écoles primaires repassent à un rythme de 4 jours et demi par semaine, avec 3 heures de cours le mercredi matin.

« J'y vois même beaucoup d'avantages », a déclaré le ministre. « Je rappelle que j'ai laissé le choix aux conseils d'école de choisir soit quatre jours, soit quatre jours et demi. Dans le conseil d'école, vous avez les parents, vous avez les enseignants et vous avez les élus, et notamment les fédérations de parents d'élèves dont la FCPE. »

« Je le répète, ce n'est pas moi qui ait choisi (...) ce sont les conseils d'école qui ont majoritairement choisi la semaine des quatre jours », a-t-il insisté.

 

Dans plusieurs grandes villes de France, les municipalités ont relancé le débat et affirmé leur préférence pour la semaine de 4 jours et demi.

 

L’adjoint socialiste de Brest, Marc Sawicki est amer : l'an dernier, 67 % des conseils d'écoles publiques avaient voté pour la semaine de quatre jours. « C'est le choix des adultes au détriment du bien de l'enfant ».

 

À Saint-Nazaire, les parents FCPE ont lancé le débat. Leur fédération est favorable à la semaine de quatre jours et demi. La municipalité a créé une commission. Les résultats de la concertation pourraient être connus en juin.

 

La ville d'Angers n'a pas ménagé sa peine depuis six mois. « Ce système de quatre jours est aberrant : les enfants sont fatigués et la semaine est hachée », martèle Luc Belot, adjoint au maire socialiste.

En mai, les conseils des écoles publiques et privées ont été invités à débattre de la semaine scolaire. La ville verrait d’un bon œil un retour à la semaine de 4 jours et demi. Cette possibilité permettrait, par exemple, de raccourcir la journée d'école de 45 minutes, en proposant des activités culturelles ou sportives à la place.

Les résultats des votes sont maintenant connus. 77 % des conseils d'écoles qui se sont prononcés ne sont pas favorables à la classe le mercredi. Ni pour la rentrée 2009 ni pour celle de 2010.

 

A Lille, même préoccupations, mêmes résultats. La semaine de quatre jours, en vigueur depuis la rentrée, la municipalité de Martine Aubry n'en voulait pas. Elle a lancé une vaste concertation sur la réorganisation du temps scolaire, basée sur l'ouverture des classes le mercredi matin, « dans l'intérêt des enfants, des familles et des enseignants ».

Comme à Angers, la réponse est négative. « Les parents ont dit "non" car cela les désorganisait. Les enseignants ont dit non car l'Éducation nationale ne leur en donnait pas les moyens », déplore-t-on à la mairie de Lille.

 

Pourtant, une majorité d'enseignants ou de représentants de parents d'élèves en élémentaire font le même constat : l'actuelle journée de six heures est trop longue, d'autant plus pour les enfants qui bénéficient des deux heures d'aide personnalisée par semaine. Contradictoire ?

 

D’abord, le contexte explique pas mal de choses. Les réformes Darcos ont provoqué un vrai malaise dans les écoles. D'où une position radicale de beaucoup de syndicats. « Accepter un aménagement de la semaine, c'est renoncer au retour aux vingt-six heures d'enseignement hebdomadaire pour tous (avant la mise en place de l'aide personnalisée), et donc entériner les réformes », martèle Christophe Rabin, co-secrétaire départemental du syndicat Snuipp du Maine-et-Loire.

 

Ensuite, des questions se posent quant à l’égalité de traitement sur le plan national. Seules les villes dont le budget le permet peuvent opter pour la classe le mercredi. Comment des communes à petit budget pourraient-elles proposer des activités éducatives sur le temps libéré en semaine ?

 

Enfin, il ne faut pas exclure d'autres raisons, plus personnelles. Faire cours le mercredi n’enchante pas nombre d’enseignants habitués à profiter de cette coupure du milieu de semaine. Cela perturberait aussi les parents d'élèves dont l’organisation de la semaine tient compte des activités et des loisirs des enfants.

 

Et pour les écoles qui ont dit oui ? « Avec l'inspectrice d'académie, nous allons voir si une expérimentation est souhaitable », répond Luc Belot, l'adjoint au maire d’Angers. « Personnellement, j'y suis favorable. »

A Lille, on tente de faire contre mauvaise fortune bon cœur : « Ce n'est pas un échec, mais une première étape. Je ne travaillerai plus de la même manière après cela, on n'est jamais allé aussi loin dans la concertation. On va faire un Plan éducatif global (PEG) participatif » déclare Pierre de Saintignon, premier adjoint de Martine Aubry.

 

« Le malheur, conclut Antoine Prost, c’est que le ministère ne mène aucune recherche pédagogique et considère même les chercheurs en sciences de l’éducation comme des brebis galeuses. L’école ne fabrique-t-elle pas elle-même des élèves inadaptés en ne tenant pas compte de leurs rythmes circadiens ? »

 

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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 21:58

Les premiers recrutements de professeurs des écoles par « Pôle Emploi » ont débuté !

 

En mai 2008, le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, annonce la création d'une "agence nationale de remplacement dès la rentrée 2009" pour pallier les absences des enseignants.

Dans Le Parisien du 16 mai 2008, il affirme, qu'avec cette agence, il "va aller plus loin: les parents se plaignent souvent que les remplacements tardent, quand un professeur est absent, malade". "Nous avons pourtant 50.000 enseignants à disposition pour cela".

 

En réalité, le ministre va encore « plus loin » puisqu’en avril 2009, le recrutement se fait non pas par une « agence nationale » créée pour les besoins mais tout simplement par « le Pôle Emploi ».

Le Pôle emploi, c’est le « grand service public de l'emploi » voulu par Nicolas Sarkozy et entré en fonction le 5 janvier 2009. Il consacre la fusion d'un organisme public (l'ANPE) et d'un organisme privé (les Assedic, gérées par le patronat et les syndicats) et donne naissance à une « institution nationale publique » autonome.

L'objectif avoué de la fusion est la création d'un service anti-chômage « performant », privilégiant « une culture de résultat ».

 

Les premiers recrutements d’enseignants par vacation, sans exigence de formation et sans concours … sur des contrats à durée déterminée sont lancés pour effectuer des remplacements à l’école maternelle ou élémentaire.

 

Certes, le recrutement d’étudiants pour effectuer des remplacements ponctuels voire annuels dans les établissements secondaires n’est pas nouveau. Nommés vacataires ou contractuels, ils se retrouvent sans avoir passé aucun concours (capes, agrég) responsables de classes.

 

Mais, c’est la première fois en école primaire.

 

 

Nous publions ci-dessous, 3 offres telles que publiées par le « Pôle emploi » dans 3 départements différents (Sarthe, Gard, Oise).

 

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Numéro d’offre 445404A                              Offre actualisée le 03/04/09

 

PROFESSEUR DES ECOLES H/F

(Code métier ROME 22111)

 

VOUS AVEZ EN CHARGE DES CLASSES D’ECOLE MATERNELLE ET DE PRIMAIRE. VOUS ASSUREZ L’APPRENTISSAGE DE LA LECTURE ET DE L’ECRITURE ET DU CALCUL. VOUS PREPAREZ ET ORGANISEZ LE TRAVAIL DES ELEVES.

POSSIBILITE D’ETENDRE LE CONTRAT JUSQU’EN JUIN.

 

 

                                    Lieu de travail     72 – LE MANS

                                  Type de contrat     Contrat à durée déterminée de 7 jours

                                    Nature d’offre     Contrat de travail

                                        Expérience     Souhaitée de 1 mois

               Formation et connaissances     Niv. 2 (BAC+3, +4) Exigé(e)

                                                              Déplacement dans les écoles du Mans

                        Autres connaissances

                                      Qualification     Employé qualifié

                                  Salaire indicatif     Horaire 8,71 Euros (57,13 F)

           Durée hebdomadaire du travail     35H00 hebdo

                                    Déplacements     Dans les écoles du Mans

                            Taille de l’entreprise     20 à 49 salariés

                               Secteur d’activité     Autre orga. par adhésion volont.

 

 

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Numéro d’offre 877327R                              Offre actualisée le 03/04/09

 

INSTITUTEUR REMPLACANT / INSTITUTRICE REMPLACANTE H/F

(Code métier ROME 22111)

 

ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS A DES CLASSES DE CE ET CM (13H30) ET DELEGATION DE DIRECTION (6H).

EXPERIENCE DE L’ENSEIGNEMENT AUPRES D’ENFANTS DU PRIMAIRE VIVEMENT SOUHAITEE. PAIEMENT EDUCATION NATIONALE

 

 

                                    Lieu de travail     30 – NIMES

                                  Type de contrat     Contrat à durée déterminée de 2 mois

                                    Nature d’offre     Contrat de travail

                                        Expérience     Souhaitée de 1 à 3 ans

               Formation et connaissances     Niv. 2 (BAC+3, +4) Sciences Humaines souhaité(e)

                                                              Culture générale exigée

                        Autres connaissances

                                      Qualification     Employé qualifié

                                  Salaire indicatif     Mensuel 900 Euros (5 903,61 F)

           Durée hebdomadaire du travail     19H30 hebdo

                                    Déplacements     Jamais

                            Taille de l’entreprise     3 à 5 salariés

                               Secteur d’activité     Enseignement primaire

 

 

-------------------------------------------

 

 

Numéro d’offre 600745P                              Offre actualisée le 02/04/09

 

PROFESSEUR DES ECOLES H/F

(Code métier ROME 22121)

 

RECHERCHE SUPPLEANT POUR ENSEIGNER EN MATERNELLE (1 POSTE) ET EN PRIMAIRE (1 POSTE). RECRUTEMENT URGENT

 

 

                                    Lieu de travail     OISE

                                  Type de contrat     Contrat à durée déterminée de 1 mois

                                    Nature d’offre     Contrat de travail

                                        Expérience     Débutant accepté

               Formation et connaissances     Niv. 2 (BAC+3, +4) exigé(e)

                        Autres connaissances             

                                      Qualification     Technicien

                                  Salaire indicatif     Mensuel 1 450 Euros (9 511,38 F)

           Durée hebdomadaire du travail     30H00 hebdo

                                    Déplacements    

                            Taille de l’entreprise     10 à 19 salariés

                               Secteur d’activité     Autre orga. par adhésion volont.

 

 

-------------------------------------------

 

L’objectif de « Pôle emploi » est d’être performant en permettant de recruter plus rapidement. Tant mieux pour les demandeurs d’emploi qui (re)trouveront peut-être plus rapidement un emploi.

 

La question que nous nous posons est quelque peu différente : les enseignants intérimaires recrutés sans concours, sans formation et sans véritable expérience seront-ils performants dans la classe, devant les élèves ? Comment croire à un enseignement de qualité dans ces conditions ?

 

 

A Nîmes, le profil demandé est plus surprenant : « enseignement du Français à des classes de CE et CM (13h30) et délégation de direction (6h) ».

 

Qui enseignera les autres matières (mathématiques, sport…) ? Les élèves en seront-ils privés ? Le budget ne permet-il le recrutement que pour l’enseignement de la langue ?

 

Qu’est-ce qu’une « délégation de direction » ?

 

La délégation est le fait de confier une tâche à une autre personne, généralement un subordonné. La délégation ne désengage pas le délégataire de sa responsabilité.

En droit, une délégation de pouvoirs, est un acte juridique par lequel une autorité (le délégant) se dessaisit d'une fraction des pouvoirs qui lui sont conférés et les transfère à une autorité subordonnée (le délégataire) 

 

Entendrait-on par « délégation de direction » le fait de confier à un intérimaire une « direction vacante » ? Jusqu’à présent, en cas de vacance de la direction, la fonction était « confiée » à un adjoint « volontaire » avec le titre de « faisant fonction »…

Faut-il croire que le ministère n’arrive même plus à « convaincre » les adjoints à assurer le remplacement du directeur en cas d’absence de celui-ci ?
 

Le silence des syndicats sur ces recrutements par « Pôle emploi » est incompréhensible et surtout très inquiétant. Il est également de leur devoir d’exiger que la direction soit exercée par un enseignant confirmé, expérimenté et volontaire.

Faute de ne pas se saisir du dossier, ce serait admettre et accepter une nouvelle dévalorisation du métier de directeur d’école.

 

Il est urgent que les responsables des grandes organisations syndicales réagissent pour mettre un terme immédiatement à cette nouvelle dégradation du service d’éducation.

On aimerait aussi connaître la position de Richard Descoings, pressenti pour succéder à Xavier Darcos à la tête du ministère de l’Education nationale.

 

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 21:59


Des manifestations syndicales et un premier mai unitaire. Des actions et des grèves tous les deux mois : 29 janvier, 19 mars, 1er mai, 26 mai. Autant de démonstrations de force présentées comme des succès par les dirigeants syndicaux et par la presse sans que se pose la question de savoir si les revendications aboutissent réellement.

 

Que cache cette unité syndicale que chacun s’accorde à juger exceptionnelle en France alors qu’elle est de mise dans beaucoup d’autres pays ?

Quelles conséquences pour la France dont la situation reste pratiquement sans équivalent au monde avec des divisions historiques, confessionnelle ou datant de la guerre froide ?

 

 

La situation peu brillante du syndicalisme français

 

Un sondage récent réalisé par la Sofres montre que les salariés estiment qu’il y a « trop de syndicats » (53%) et « trop de concurrence » entre ces derniers (67%) qui pourtant se ressemblent « à tel point » qu’on « ne voit pas ce qui les distingue » (60%). Cette confusion explique en grande partie la réticence des salariés à adhérer à une organisation. Et pour 79% d’entre eux, l’idéal serait d’avoir un ou deux syndicats nationaux, comme souvent ailleurs en Europe. 

 

Une étude de la DARES (Direction des études et des statistiques du ministère de l’emploi) du deuxième semestre 2007, donne aussi des précisions intéressantes sur la situation du syndicalisme en France.

Il y aurait 1,7 million de syndiqués parmi les 22,5 millions de salariés français, soit un taux de syndicalisation d'environ 7% de la population active. La syndicalisation continue de reculer (même si c'est moins net qu'entre les années 70 et 90) dans pratiquement tous les secteurs d'activité, y compris dans ses bastions traditionnels comme l’Éducation nationale (24 %), la RATP (18 %) ou La Poste-France Télécom (18 %).

 

Toujours d’après la DARES, le taux de syndicalisation atteint 5,2% dans le secteur privé, soit le taux le plus bas des pays développés. Si quelques bastions subsistent (entreprises publiques et parapubliques, administrations…), le taux de syndicalisation n’atteint que 3,2% dans les entreprises de moins de 50 salariés.

 

Malgré les chiffres officiels communiqués par les différentes confédérations et l’idée d’une re-syndicalisation, on constate au contraire que le taux de syndicalisation est faible et que les syndicats continuent à perdre des adhérents.

 

Les effectifs globaux sont sensiblement inférieurs aux chiffres officiels communiqués par les différentes confédérations :

 

  - CGT : 523 800 (contre 720 000 officiellement)

  - CFDT : 447 100 (contre 803 000)

  - FO : 311 350 (contre 800 000)

  - CFTC : 106 000 (contre 141 000)

  - CGC : 82 000 (contre 140 000)

  - UNSA : 135 000 (contre 360 000)

  - SUD : 80 000 (contre 90 000)

  - FSU : 120 000 (contre 165 000)

 

 

Quelles sont les causes de ce désamour ?

 

Les auteurs de l'étude soulignent la situation paradoxale de la France, qui "est, parmi les grands pays industriels développés, celui où il y a le moins de syndiqués et le plus grand nombre de fédérations et de confédérations syndicales".

Ces deux réalités sont sûrement liées: le grand nombre de syndicats rend difficile la compréhension de ce qui les divise et les différencie les uns des autres. Cela nuit certainement à la lisibilité de leurs actions et à leur capacité d'attraction, dans un monde du travail par ailleurs de plus en plus individualiste.

 

1ère cause : la représentativité

 

Cinq syndicats étant de manière irréfragable représentatifs, les salariés ne sont pas encouragés à se syndiquer : pourquoi adhérer à un syndicat qui n’a pas besoin de votre adhésion pour vous représenter ? De leur côté, les syndicats n’ont aucun intérêt à recruter de nouveaux adhérents puisque quel que soit leur nombre, ils peuvent négocier au nom de l’ensemble des salariés ? Les seules personnes à adhérer sont donc les plus radicalisées, les plus politisées.

 

2ème cause : le financement

 

L’opacité du financement syndical nuit également à l’image des syndicats. Alors que les entreprises et les partis politiques sont tenus de faire certifier leurs comptes et de les publier, aucune obligation ne pèse sur les syndicats. Nul ne peut savoir d’où vient l’argent, ni où il va. On a vu le principal syndicat de mineurs britanniques être, un temps, financé par la Libye. En France, plusieurs scandales ont éclaté…

Cette situation explique aussi le peu d’empressement des syndicats à chercher des adhérents : quand on peut se financer de manière opaque, pourquoi se fatiguer à encaisser des cotisations d’adhérents ?

 

Dans l’Education nationale, les syndicats enseignants, trop nombreux, peu représentatifs, ne parviennent plus à attirer de nouveaux adhérents.

Coupés de leur base, minoritaires et radicaux, les syndicats ne remplissent plus leur rôle premier : défendre les salariés.

L’exemple le plus significatif concerne, sans conteste, les directeurs d’école. Ces derniers, autrefois fers de lance de l’adhésion syndicale, ont déserté les organisations syndicales. De plus en plus nombreux ils préfèrent se tourner vers le GDID dont ils se sentent plus proches et mieux soutenus.

 

En panne d’idées, contre tout changement, toujours en retard d’une guerre, les syndicats passent leur temps à courir derrière les réformes qu’ils ne voient pas venir : base élèves, SMA, évaluations CE1 – CM2, semaine de quatre jours, aide personnalisée, stages de remise à niveau, EPEP, stages filés, point supplémentaire pour accès à la hors-classe, le blocage des salaires, les primes au mérite…etc.

 

 

De réformistes, ils sont devenus conservateurs. Bien campés sur leurs positions, ils favorisent le statut quo.

 

Curieusement, rien ne peut les faire sortir de leur léthargie dès lors qu’il s’agit des directeurs. Pourtant, les signes qui devraient les alerter ne manquent pas : les milliers de directions vacantes à chaque rentrée depuis des années et des années, les multiples rapports qui attirent l’attention sur le moral des directeurs, l’empilement des tâches, les responsabilités nouvelles qui les assaillent, la difficulté sans cesse croissante de faire correctement leur métier d’enseignant tout en assurant la fonction de directeur…etc.

Pourtant encore, les directeurs ne restent pas silencieux. Il suffit de les écouter. En septembre 2006, le GDID a commandé une étude à l’IFOP. Tous les directeurs de France ont été consultés et les résultats publiés. Un taux de réponse jugé exceptionnel par l’institut de sondage : 10 094 collègues se sont exprimés. 93 % d’entre eux se sont déclarés favorables à un statut et 76 % souhaitaient que l’école soit dotée d’un statut d’établissement.

Aucun commentaire de nos syndicats qui auraient dû se saisir de cette enquête pour ouvrir des discussions, animer des débats, organiser des assemblées générales et faire vivre la démocratie à l’intérieur de leurs organisations. Rien qu’un silence méprisant !

 

En novembre 2006, le SNUipp souhaite répondre au SE-Unsa unique signataire du protocole dénoncé par l’ensemble des directeurs. C’est l’opération « 1000 délégués à Paris »… Une petite promenade de santé dans les rues de la capitale, sans résultats et sans lendemain.

 

 

En 2007, le SNUipp lance « les Etats généraux de la direction et du fonctionnement de l’école » desquels il n’est absolument rien sorti. Pas même un communiqué !

 

 

Lorsqu’on évoque le statut du directeur, la réponse des syndicats est invariablement la même : notre congrès n’en a pas reçu le mandat. Ce qui est exact et comment pourrait-il en être autrement ?

En effet, les membres présents lors des congrès sont toujours les plus politisés et les plus radicaux, comme nous l’avons dit précédemment. Les autres adhérents se répartissent en deux catégories : d’une part les collègues syndiqués par tradition, habitude et conviction, et d’autre part les jeunes qui espèrent que LE syndicat les aidera dans leur carrière (mutation, nomination, avancement…). Ces deux catégories d’adhérents ne présentent pas un profil de militant acharné. Les motions et contributions du congrès ne peuvent alors être déposées et défendues que par la partie la plus radicale des adhérents-militants. Ceux qui ne peuvent pas même envisager que l’école soit « dirigée par un p’tit chef ».

 

Bref, c’est peu de dire que nos syndicats ne défendent nullement les directeurs. Pire, ils les ignorent. Ce qui s’apparente à du mépris. Et il faudra une véritable révolution culturelle pour que les choses changent…

 

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 12:48


Eric Woerth, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, rapporteur général de la révision générale des politiques publiques (RGPP), a présenté mercredi lors du conseil des ministres le deuxième point d’étape de la mise en œuvre des 374 décisions prises dans ce cadre.

 

Ce 2ème rapport d’étape rend compte de la conduite de chaque réforme, mais aussi de son degré d’ambition et de ses premiers résultats, dans l’intérêt des citoyens, des fonctionnaires et des finances publiques.

 

« 95 % des mesures adoptées par le Président de la République et le Gouvernement, lors des conseils de modernisation des politiques publiques, sont en cours de mise en œuvre. 75 % respectent le calendrier prévu. 20 % connaissent des retards ou des difficultés. Pour ces dernières, ainsi que pour les 5% de décisions encore non appliquées, des décisions correctrices et un nouveau calendrier ont été décidés ».

 

Eric Woerth a souligné qu’une nouvelle phase de la RGPP était en cours de lancement, parallèlement à ce dispositif de suivi de la mise en œuvre. Cela concerne notamment la gestion des opérateurs de l’Etat et une meilleure maîtrise des dépenses de fonctionnement. « Il est particulièrement nécessaire, pour préparer la France à la sortie de la crise, de dégager des marges de manœuvre et de concentrer les moyens publics sur les enjeux prioritaires ».

 

Le rapport fait le point sur l’avancement de la RGPP dans chacun des ministères. Nous nous arrêterons à la présentation qui concerne l’Education nationale et plus précisément l’école primaire.

 

Malgré un budget en progression sur les quinze dernières années et le dévouement de ses personnels, de nombreuses études françaises et internationales montrent une dégradation des résultats de notre enseignement scolaire.

Les réformes engagées au ministère de l’Éducation nationale ont donc pour objectif d’améliorer la performance du système éducatif et s’organisent autour de quatre axes :

 

La réforme de l’école primaire vise une amélioration sensible de la réussite scolaire.

 

Concrètement, il s’agit de mettre en place un système qui permettra de diviser par trois le nombre d’élèves en situation d’échec lourd à la sortie de l’école primaire. L’organisation de la semaine scolaire a été adaptée, permettant entre autres un renforcement de l’accompagnement des élèves en difficulté.

 

« Ce qui a déjà changé »

 

Des résultats ont d’ores et déjà été atteints sur plusieurs réformes.

 

-       La semaine scolaire a été aménagée, et de nouveaux programmes ont été instaurés. L'organisation de la semaine scolaire a été revue : d'une durée de 4 jours ou 9 demi-journées, la semaine scolaire réserve désormais 2 heures aux élèves qui connaissent des difficultés dans chaque classe. Plus d’un million d’élèves connaissant des difficultés scolaires, soit 19,13%, sont désormais pris en charge dans les écoles primaires selon les modalités qui ont été proposées par le conseil des maîtres et validées par l’inspecteur de circonscription. Cette mesure doit directement permettre de réduire le recours au redoublement. Les résultats de la première évaluation nationale ont été rendus publics pour les CM2.

 

-       Depuis la rentrée 2008, l’accompagnement éducatif est monté en puissance et des stages de remise à niveau sont proposés pendant les vacances scolaires.

 

-       Comme les familles ont pu le constater, l’accueil des plus jeunes élèves lors des journées de grève est désormais généralisé.

 

-       La disparition de la carte scolaire permet de plus en plus souvent de répondre positivement aux familles qui souhaitent inscrire leur enfant dans un autre établissement que celui de leur secteur.

 

Le rapport fixe également les objectifs qui ont pris du retard et doivent avancer prochainement. C'est le cas des EPEP, de la réforme des lycées, du développement de l'autonomie des établissements.

 

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Ce rapport d’étape appelle plusieurs commentaires.

 

Il énumère un certain nombre de réformes lancées par le ministère, certaines dans la douleur, sans qu’à aucun moment il ne soit fait état des difficultés rencontrées dans leur application sur le terrain.

Ainsi, le rapport se contente de citer la mise en place du SMA en cas de grève sans préciser qu’il a été nécessaire de l’adapter.

 

Il est faux de prétendre que la carte scolaire a disparu et il serait honnête de mentionner les conséquences néfastes de son assouplissement pour certains établissements (collèges) qui se sont vidés ou qui se transforment en ghettos.

Aucune allusion non plus aux nombreuses critiques émanant des parents et des municipalités sur l’organisation de la semaine de 4 jours. Plusieurs grandes villes souhaitent d’ailleurs modifier cette organisation et consultent actuellement enseignants et parents.

 

Curieusement, Eric Woerth passe sous silence les principaux résultats pourtant tangibles de l’application de la RGPP :

 

-       les dizaines de milliers de suppressions de postes

-       la disparition de 1500 postes de RASED

-       la réduction de l’accueil en maternelle

-       la suppression de stages de formation continue

-       la difficulté de remplacement des maîtres absents

-       la modification des règles de nomination (postes à profil)

-       la valorisation et la modernisation du métier d’enseignant

-       …etc.

 

Quant à la mise en place des EPEP, il s’agit davantage d’une longue « pause » que d’un retard. En effet, le retrait de la loi de finances des postes administratifs et la mise en sommeil de la proposition de loi portant création d’EPEP et pourtant déposée sur le bureau de l’Assemblée Nationale signifient plutôt abandon que recul. Comme nous l’avons déjà écrit, il est peu probable que cette réforme voie le jour avant la prochaine échéance présidentielle de 2012.

 

Sur ce site, nous n’avons cessé de rappeler que la RGPP correspond à une demande de « Bruxelles » et qu’elle n’a qu’une vision comptable des réformes qu’elle impose aux gouvernements de l’Union Européenne. (relire nos multiples articles sur la RGPP)

 

Nous continuerons donc d’observer ses implications dans les différents domaines de l’Education nationale et d’en dénoncer les effets pervers chaque fois qu’ils se feront sentir.

 

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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 23:07


Depuis sept ans, René Dosière, député de l’Aisne (apparenté PS) traque les dépenses de l’Etat. En 2006, il s’était fait l’expert des comptes de l’Elysée après avoir permis de lever le secret qui régnait sur le budget du Palais présidentiel.

 

En 2008, ce député a interrogé les ministères sur leurs dépenses de fonctionnement de l’année 2007. Alors qu’un délai d'un mois est prévu pour répondre aux questions écrites des députés, il aura dû patienter 9 mois pour obtenir les réponses aux questions posées.

 

Manifestement, les consignes de rigueur ont été appliquées en matière de logement de fonction. L’affaire « Hervé Gaymard » du nom du ministre contraint de démissionner de son poste de ministre de l’économie en 2005 a servi de leçon.

 

Les réponses apportées par les ministres sont riches d’enseignements. Ainsi, apprend-on que Rachida Dati dispose pour elle et les 20 membres de son cabinet de 20 véhicules de fonction et de 19 chauffeurs.

 

La ministre de la justice voyage beaucoup : 416 370 euros en frais de déplacements aériens (incluant les membres de son cabinet), ce qui la place en "pole position" des ministres baladeurs, si l'on excepte les membres du gouvernement qui, de par leurs fonctions, sont appelés à de fréquents déplacements à l'étranger : affaires étrangères (2,24 millions), commerce extérieur (1 million), économie (893 107 euros), coopération et francophonie (763 579 euros). La palme revient toutefois à la ministre de la culture qui, avec un budget de 562 346 euros, se montre particulièrement attirée par les voyages.

 

Le ministère de la Justice a également d’autres grosses dépenses : 269 012 euros de frais de représentation, 3,177 millions d’euros de dépenses de communication, d’études et de sondage, 213 124 euros pour l’organisation d’événements, 315 910 euros pour l’achat d’outils de communication, 159 252 euros pour l’achat de journaux (soit 436 euros de journaux achetés chaque jour).

 

 

Et le ministère de l’Education nationale…

 

Le ministre dispose de 2 voitures de fonction et 2 chauffeurs et son cabinet de 8 véhicules. En 1987, les dépenses du ministère étaient les suivantes :

 

Frais de représentation : 399 898 euros.

Frais de déplacement aérien du ministre et de son cabinet : 386 684 euros.

Dépenses de communication, d'études et de sondages : 4 770 936 euros (dont 767 725 euros au titre des études et des sondages) sachant que l'exécution de ces dépenses a été commune au ministère de l'éducation nationale et au ministère de l'enseignement supérieur.

 

 

La transparence…

 

Le député précise que le cabinet du premier ministre a fait savoir à tous les ministres qu'il ne fallait pas lui répondre directement mais passer par le SGG (Secrétariat Général du Gouvernement) pour que les réponses puissent être "harmonisées".

René Dosière déclare encore : « Il y a beaucoup de disparités entre les ministères, pas toujours justifiées par l'activité des ministères ».

Ainsi, un gros ministère comme la santé affiche de très faibles dépenses de communication (387 798 euros), moins que les 647 888 euros consacrés par le secrétariat d'Etat aux sports qui lui est rattaché.

 

Et de conclure que « nos administrations ne sont pas encore habituées à la transparence ».

 

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