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Le statut de directeur d'école dans les projets présidentiels de 2012

 

Certains candidats ou partis évoquent le statut de l'école et de son directeur.

Qu'en disent-ils ?

 

Marine Le Pen
UMP
UMP & PS

Philippe Poutou 

 

La synthèse et les résultats de la consultation IFOP - GDID sont disponibles sur le site de l'Ifop à l'adresse suivante (cliquer sur le panneau ci-dessous) :

 

 

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 12:29

Le débat actuel ne cesse de tourner autour de ce que les médias et analystes appellent « la politique du chiffre ».

Politique du chiffre dans les reconduites aux frontières.

La polémique est permanente. De multiples reportages nous ont montré le va-et-vient des Roumains qui reçoivent une prime de départ volontaire pour mieux revenir quelques mois plus tard avant d’être de nouveau « expulsés », comptant ainsi plusieurs fois dans les statistiques…

 

Politique du chiffre dans le domaine de l’insécurité.

Libération nous confirme ce que chacun pressentait, à savoir que la politique sécuritaire mise en place par Nicolas Sarkozy passe par des chiffres et des quotas.

Ainsi, apprend-on qu’à Châlons-en-Champagne, le « chef de l’unité de sécurité de proximité » détaillait les « objectifs chiffrés en matière de voie publique pour l’année 2009 ». Le capitaine de police y fixe des quotas à atteindre. « Chaque brigade de roulement de jour devra à minima procéder à 65 interpellations hors IPM (ivresse publique et manifeste) et délits routiers, à 10 interpellations de personnes faisant l’objet de fiches de recherches, établir 230 TA (timbres-amende) pour des infractions au code de la route hors stationnement et 75 TA pour comportement dangereux », etc. La brigade anti criminalité de Châlons-en-Champagne avait pour ordre de réaliser « 162 interpellations » et de retrouver 24 personnes recherchées.

Bref, l’essentiel étant de faire du chiffre en multipliant les élucidations « faciles » au détriment des enquêtes longues et pas toujours couronnées de succès.

 

Politique des quotas pour atteindre 30% de boursiers dans les grandes écoles.

Une politique qui peut paraître « juste » à première vue mais qui pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Hakim El Karoui, normalien, président et fondateur du club du XXIe siècle, qui réunit les élites issues de la diversité souligne la complexité du débat et la nécessité d'agir en amont.

« Il faut aller vers plus de boursiers en grandes écoles, c’est une évidence. Mais je ne suis pas favorable aux quotas. Si l’on veut 30 % d’élèves boursiers à HEC, l’ENA ou Polytechnique, avec la méthode des quotas, cela signifie de fait qu’il faut mettre en place un concours parallèle.
Par exemple, Polytechnique garderait les 400 premiers reçus à son concours et irait chercher ensuite les boursiers dans les rangs suivants. Il y aurait donc un concours pour les riches et un pour les pauvres, fondé en outre sur un critère assez fluctuant : celui des bourses.
 »

 

Politique du chiffre encore dans la Fonction Publique.

Nous n’avons cessé de dénoncer le non renouvellement d’un fonctionnaire sur deux qui n'est pas la meilleure façon de résorber le déficit public quand on sait que la gabegie en postes se situe essentiellement dans les collectivités territoriales.

L’Education nationale en est d’ailleurs la première victime avec des incidences parfois inattendues comme le rapporte le SE-Unsa 59.

« Le Ministre pourra toujours claironner que l’Académie du Nord/Pas de Calais gagnera 55 postes à la rentrée prochaine ; la réalité sur le terrain sera toute autre.

En effet, ces 55 postes devront compenser la perte des moyens de décharge des directeurs à 4 classes  assurés par les PE2 lors de leur stage filé.

Les PE2 sont cette année près de 600 (392 pour le Nord, 210 pour le Pas de Calais) et occupent dans les écoles 150 postes (sur 1/4 de décharge). 150 - 55 = près de 100 postes que le 1er degré de l’Académie du Nord perdra à la rentrée 2010.  

Où seront récupérés ces postes ?

Dans les écoles maternelles ou élémentaires ou dans les brigades de remplacement puisque le département ne compte quasiment plus de postes hors classes (ceux-ci ayant déjà été largement supprimés ces dernières années) ? »

 

On le voit, la politique menée dans le but de réduire le déficit public est davantage la traduction d’une idéologie libérale que le fruit d’une véritable réforme réfléchie et concertée.

C’est ce que déplore Jacques Marseille lorsqu’il déclare "Sarkozy n'a pas engagé les réformes structurelles"

Jacques Marseille avait salué le programme et l’élection de Nicolas Sarkozy et accompagné le besoin d’une rupture. Aujourd’hui, l’essayiste libéral regrette "le temps perdu" et "l’autosatisfaction".

Et lorsqu’on lui demande si « La suppression d’un poste de fonctionnaire sur deux va dans le bon sens », Jacques Marseille répond :

« C’est un slogan, ce n’est pas une réforme. Il fallait analyser chaque fonction, supprimer des services qui ne servent à rien, quitte à en créer d’autres. Il fallait revoir totalement notre système de formation, seul sésame pour retrouver une dynamique d’emploi. Ces actions n’ont pas été engagées et je crains qu’elles ne le soient pas avant 2012. »

 

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 23:29

Philippe Seguin, premier président de la Cour des Comptes, n’a pas manqué de fustiger la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux en présentant le rapport de la Cour sur « les effectifs de l’Etat » de 1980 à 2008.

« L'État se révélant incapable d'analyser les besoins et de programmer ses effectifs en conséquence, sa politique du personnel est dictée principalement par des considérations budgétaires de court terme », a souligné Philippe Seguin.

Il a en outre regretté que cette règle forfaitaire de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux "résulte d'une démarche purement quantitative", sans évaluer la qualité des missions de service public.

Cette règle, limitée en termes de réduction des dépenses et du déficit, l’est également dans le temps. En effet, la pyramide des âges de la fonction publique est telle qu'elle ne pourra fonctionner à très long terme, estime-t-on à la Cour des Comptes. En effet, à partir de 2013, le nombre de départs en retraite dans la fonction publique d'Etat devrait tomber à environ 10.000 par an, ce qui reviendrait à une économie de seulement 5.000 postes.

Pour M. Séguin, étant donné la "dégradation accélérée de nos finances publiques", "il y a urgence à mettre en place une politique globale de gestion du personnel public", gestion actuellement "éclatée" et lacunaire selon le rapport.

 

La baisse des effectifs dans la Fonction publique d'Etat a été plus importante que prévue, avec 28.000 équivalents temps pleins (ETP) supprimés en 2008, contre 22.921 fixés par la loi de finances, selon un communiqué de l'Elysée publié mercredi à l'issue du Conseil des ministres, précise le journal « l’Expansion ». L'écart "traduit l'anticipation par certains ministères de suppressions de postes prévues dans le cadre du budget 2009-2011", précise un communiqué du ministère du Budget et de la Fonction publique.

Ces réductions d'effectifs interviennent dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), nous en avons largement fait écho sur ce blog (relire nos nombreux articles sur le sujet).

 

Les syndicats enseignants n’ont pas attendu pour tirer la sonnette d’alarme. Pour le SE-Unsa, « l’addition est particulièrement salée ».

« Le Comité Technique Paritaire Ministériel du 16 décembre a mis à son ordre du jour la répartition des moyens pour la rentrée 2010. Un dénominateur commun à toutes les données qui nous ont été communiquées : faire plus avec moins ! La difficulté de la tâche explique sans doute la communication tardive des documents, moins de 24 heures avant l’ouverture des travaux.

Dans le premier degré, la répartition de 1 650 emplois camoufle mal la diminution importante des moyens pour les écoles. En effet, dans le contexte de la réforme de la formation des enseignants, ce sont 9 182 emplois de stagiaires qui disparaissent. Chacun d’eux exerçait à quart temps devant les élèves. Ce sont donc près de 2 300 équivalents temps plein qui se volatilisent ainsi. Dans le même temps, on annonce l’arrivée de 5 400 élèves supplémentaires dans les écoles. Moins de postes pour plus d’élèves : en la matière l’imagination n’est pas fertile : c’est encore la scolarisation des deux ans et les remplacements qui vont payer leur écot à cette politique ».

[…] « Au moment où l’Etat réussit à trouver trois milliards pour les restaurateurs, il fait payer une addition particulièrement salée à l’Education nationale : les 16 000 emplois économisés représentent une économie de 500 millions d’euros. »

Pour le SE-UNSA, « cette stricte politique budgétaire, qui ne voit dans l’Education nationale qu’un gisement d’économies d’emplois, va à rebours d’une politique ambitieuse : celle de l’investissement dans l’Education », déclare Christian Chevalier, Secrétaire Général du SE-Unsa.

 

Côté FSU, les réactions sont tout aussi indignées. "Arrêtons ce jeu de massacre en période de crise", a réagi Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, premier syndicat dans la Fonction publique d'Etat (2,5 millions de fonctionnaires), sur France Info.

"Pas étonné" par ces chiffres, il a expliqué que "depuis la mise en œuvre de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances), on parle de plafond d'emplois : c'est-à-dire que chaque ministère, chaque administration a un nombre maximum d'emplois dont il peut disposer mais il n'est pas obligé d'atteindre ce maximum, il peut faire des économies supplémentaires".

"C'est manifestement ce qui se fait depuis plusieurs années, et je crains que pour 2009 et 2010 on ait le même phénomène de suppressions d'emploi qui viennent s'ajouter à celles déjà prévues par le législateur", a-t-il ajouté.

 

Paradoxalement, les effectifs de l'ensemble de la fonction publique française ont augmenté de 36% entre 1980 et 2008. Comme nous l’avons déjà expliqué, la progression de l'emploi public résulte essentiellement des collectivités territoriales (+71%). Et, malgré d'importants transferts de compétences aux collectivités, la décentralisation n'a entraîné aucune baisse ni même stabilisation des effectifs de l'Etat, a relevé Philippe Séguin.

"Les effectifs s'ajustent très peu à la baisse de la demande ou des besoins mais sont au contraire très réactifs aux nouvelles sollicitations", a-t-il ajouté.

Ainsi, les effectifs du ministère de l'Agriculture et de ses opérateurs ont doublé alors que le poids de l'agriculture dans l'emploi et la richesse nationale était divisé par deux.

Philippe Seguin note que la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux profite en outre aux "administrations pléthoriques et sous-productives" qui ont moins de mal que les autres à "rendre des effectifs". "On récompense donc les mauvais élèves, ceux qui, au fond de la classe et depuis très longtemps, résistent aux efforts de productivité", tranche Philippe Séguin. "Les personnels de l'État, des collectivités et des hôpitaux sont la principale force du service public. Nous ne pouvons leur offrir comme seule perspective une rationalisation froide et permanente", ajoute-t-il.

 

C’est pourtant cette perspective que réserve le ministère de l’Education nationale à ses personnels comme le confirme l'édition annuelle de l'Etat de l'école, une publication ministérielle, qui vient de sortir. Cette étude est un bon indicateur du désinvestissement public. Ainsi, apprend-on que, de 2000 à 2009, près de 140 000 emplois d'enseignants ont disparu (1 124 389 à 985 573).

Cette « rationalisation froide et permanente » est, sans nul doute, l’un des éléments qui contribuent au malaise que nous rencontrons dans l’enseignement et dont nous avons rendu compte dans de récents articles.

 

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 12:12

Nos deux derniers articles (*) concernaient le malaise enseignant. Ce mal-être est profond puisque « près d'un enseignant en fin de carrière sur deux n'attend qu'une seule chose : partir le plus vite possible » selon l’enquête du « Carrefour santé social ».

Les enseignants sont souvent perçus dans l’opinion comme des salariés travaillant relativement peu (horaire hebdomadaire moindre que le salarié du privé et nombreuses vacances...). Certes, de plus en plus ces dernières années, la difficulté du métier est mise en avant dans les médias. Le public prend ainsi conscience qu'il n'est pas de tout repos.

 

Qu’est-ce qui rend ce travail si difficile ? Les réponses sont multiples même si reviennent le plus souvent le comportement des élèves, le bruit, le volume de travail. Mais si on laisse les enseignants parler spontanément, ils mettent en avant le manque de considération et de reconnaissance, une critique qui vise l'institution. L'épuisement psychologique  vient ensuite. Certaines catégories d'enseignants sont plus touchées que d'autres. Il s'agit d'abord des professeurs de collège, ensuite des enseignants de technologie, une discipline qui se sent peu considérée, et des directeurs d'école dont la fonction est peu reconnue par l'institution.

 

Créé, début 2005, par Jean-Michel Laxalt, président de la MGEN, le "Carrefour santé social" est un lieu d’échanges et de réflexion. Il associe la MGEN, les fédérations FSU et UNSA Éducation et Sgen-CFDT, ainsi que les syndicats SNES/FSU,   SNUipp/FSU, SE-UNSA, SNPDEN. Très rapidement, les partenaires rassemblés au sein du "Carrefour santé social" se sont donné pour mission de conduire des travaux sur les thématiques de la santé et du travail.

Cette enquête, sous forme d’un questionnaire déclaratif et anonyme a été mise en ligne sur les sites Internet de la MGEN, de l’Unsa Éducation, de la FSU et des syndicats SNES, SNUipp/FSU, SE UNSA, Sgen-CFDT et SNPDEN. Les partenaires ont diffusé un questionnaire sur leurs sites respectifs. Le but : recenser les opinions de leurs internautes sur leurs conditions de travail et de santé, comprendre leurs motivations à réduire ou prolonger la durée de leur service et enfin évaluer leurs attentes et leurs aspirations.

 

Profil des répondants à l’enquête

93% sont adhérents à la MGEN et 60% sont syndiqués.

Les répondants sont pour la plupart professeurs des écoles (55,2% des répondants), certifiés (25,3%) ou agrégés (6,4%), exerçant à temps complet pour 88,7% d’entre eux. Ils exercent essentiellement en école élémentaire (51,6%), dans les collèges (23,0%) et dans des lycées d’enseignement général, technique ou professionnel (19,3% en tout).

 

Appréciation sur leur travail

La majorité des répondants ont une perception positive de leur métier (54,5%), alors qu’un peu plus de 6% ne sont pas du tout satisfaits.

Une grande partie des répondants jugent leur travail intéressant (47,2%), même s’il est jugé fatigant (55,2%) ou même stressant (43,3%).

Les professeurs de l’enseignement supérieur ont une perception beaucoup plus positive de leur métier : plus que les autres enseignants, ils jugent avec les agrégés leur métier épanouissant, valorisant et en soulignent le caractère enrichissant.

Les professeurs enseignants au collège sont les plus négatifs sur leur métier, qu’ils perçoivent moins « passionnant », moins « enrichissant », moins « valorisant », plus « éprouvant, pénible, décourageant » et surtout plus « stressant » que leurs collègues.

A noter : le qualificatif « enthousiasmant » n’est quasiment jamais choisi.

 

Commentaires spontanés sur l’appréciation du métier

Ces verbatim sont majoritairement composés de critiques des conditions de travail et d’attentes ou de suggestions d’amélioration de leur situation professionnelle en fin de carrière.

Les professeurs en collège (PEGC) représentent la catégorie d’enseignants qui émettent le plus de critiques spontanées sur leurs conditions de travail :

Le manque de considération, de reconnaissance constitue la critique la plus fréquente, surtout de la part des professeurs des écoles. Ce reproche s’adresse :

-       principalement à l’institution Education Nationale, à qui ils font grief notamment de multiplier les réformes et les changements successifs de programmes,

-       puis à leur hiérarchie directe dans les établissements,

-       aux parents d’élèves,

-       et enfin aux inspecteurs, critiqués pour des inspections, jugées trop rares, davantage orientées sur la sanction et peu sur le conseil.

L’« épuisement psychologique » des enseignants en général (stress, troubles du sommeil) est le deuxième motif d’expression libre.

 

A noter, la lassitude particulière de deux catégories de professeurs :

Les professeurs de technologie (évolution permanente des programmes, discipline peu considérée et difficultés ressenties à suivre les évolutions constantes à la fois des technologies et des programmes)

 

Les Directeurs d’école sans décharge de classe ou avec une décharge jugée insuffisante, qui souffrent du manque de considération de leur fonction et estiment devoir assumer une surcharge importante de travail insuffisamment rémunérée.

« Le Ministère de l'Education Nationale va-t-il se moquer encore longtemps des directeurs d'école primaire (…) qui sont taillables et corvéables à merci, qui doivent effectuer des tâches de plus en plus nombreuses, assumer des responsabilités de plus en plus lourdes, être les interlocuteurs de nombreuses personnes, structures ou associations...sans être rémunérés pour le temps passé et les risques encourus et qui doivent, très souvent, également enseigner dans des conditions de plus en plus difficiles !

Beaucoup libèrent leur direction, laissant la place à des jeunes insuffisamment formés ou à des adjoints non volontaires, commis d'office. Ce qui était il y a quelques années une promotion devient maintenant la dernière fonction à demander ».

« J'ai adoré ce métier mais je suis très contente de partir, tant je suis épuisée et écœurée surtout depuis que j'ai fait la folie de prendre une direction. »

 

Médecine du travail et politique de prévention

L’absence de médecine du travail et le souhait de voir le ministère de l’Education Nationale appliquer la législation du travail reviennent de façon récurrente dans l’expression des attentes.

 

Attentes vis-à-vis de l’employeur Education Nationale

Les attentes de reconversion en fin de carrière conduisent une partie des enseignants à formuler des revendications à l’employeur Education Nationale :

Formation continue tout au long de la carrière d’enseignant qui permet une adaptation continue de l’exercice professionnel et bilan de compétences.

 

Attentes vis-à-vis des syndicats

Les enseignants et plus particulièrement les professeurs des écoles, les enseignants en collèges, en lycées professionnels ont souhaité exprimer reproches et attentes à l’égard des syndicats :

Attentes d’une aide pour le calcul des retraites, notamment dans le cas complexe de multi-carrières et pour les enseignants en situation de handicap

Reproches : une prise en compte insuffisante dans les négociations avec le gouvernement sur la retraite, la pénibilité du travail, les interruptions dans la carrière pour élever des enfants, l’écart de comptabilisation des enfants dans le calcul de la retraite entre secteur privé et Education Nationale des enseignants ayant atteint le nombre de trimestres de cotisation avant l’âge de 60 ans et qui sont obligés de continuer à travailler jusqu’à cet âge, sans en retirer d’avantage financier.

 

L'usure d'une bonne partie du corps enseignant est, à n’en pas douter, un défi qui s’impose à tout ministre de l’Education nationale.

Cette nouvelle enquête met en avant le malaise des directeurs d’école. A ce titre, elle n’apporte rien qui ne soit déjà connu des pouvoirs publics et des syndicats. Pour autant, elle n’apparaîtra pas inutile si elle permet d’accréditer un peu plus l’impérieuse nécessité d’apporter une solution au problème. Et l’on ne pourra plus longtemps se contenter de la réponse du ministre de l’Education nationale, Luc Chatel : « Je suis également ouvert à une réflexion sur le rôle des directeurs d’école, dont les responsabilités se sont effectivement accrues au cours des dernières années sans qu’un statut propre soit créé à leur destination. C’est par cette question qu’il faudra commencer par s’interroger avant d’envisager une évolution du statut des établissements ».

La responsabilité des syndicats enseignants est également engagée. Leurs responsables ne pourront plus indéfiniment se cacher derrière des motions de congrès ou des propos lénifiants à la veille de chaque élection professionnelle pour faire patienter encore et toujours les directeurs d’école. Le temps de la réflexion n’a que trop duré. Il est temps de passer à l’action.

Luc Chatel aura-t-il les moyens d’aider les directeurs d’école ? Les syndicats auront-ils la volonté de les entendre ?

 

(*) A lire ou relire

- Malaise et désenchantement dans l’Education nationale
- Une cause du malaise enseignant : la faillite du remplacement des maîtres absents

 

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 23:07

Les suppressions de postes concernent de plus en plus les enseignants affectés au remplacement de leurs collègues absents. Cette situation, fruit de la politique de restrictions budgétaires, est source de malaise chez les enseignants. Malaise des directeurs d’école qui doivent gérer dans l’urgence la répartition des élèves entre les classes des maîtres présents. Malaise accentué par le fait que ces mêmes directeurs doivent souvent faire face à l’incompréhension des familles qui ne comprennent pas que leur enfant puisse rester sans enseignant parfois plus d’une semaine. Malaise des adjoints qui voient leurs effectifs gonfler de façon régulière et souvent de façon importante. Malaise des élèves répartis qui font les frais des coupes sombres de postes d’enseignants…

 

Nous publions, ci-dessous, l’article de Maryline Baumard (Le Monde) ainsi que la réponse du ministère de Luc Chatel.

   

Article paru dans « Le Monde »

A cette époque de l'année, on entre dans une zone de turbulences : ce sont environ 10 000 classes de primaire et de maternelle qui se retrouvent sans enseignants. Absents pour cause d'arrêt maladie. C'est tous les ans le même scénario, grippe A ou pas.

 

Chaque année, dans le premier degré, 45 % des enseignants ont au moins un arrêt maladie, et 8,3 % en ont plus de trois. Chaque arrêt ayant une durée moyenne de 6,2 jours, ce sont près de 2 millions de jours d'école sans "le maître" ou "la maîtresse". Lorsqu'on inclut les congés maternité ou de formation, on arrive à une absence moyenne de 11,1 jours par enseignant et par an. Comme il est difficile de laisser une classe sans maître, il faut remplacer.

 

Un rapport confidentiel commandé par le ministère de l'éducation à un cabinet d'audit - que Le Monde s'est procuré - pointe, outre cet absentéisme, deux fois plus élevé que dans le privé, les nombreux dysfonctionnements du système de remplacement. Preuve manifeste que les conditions de travail se sont largement dégradées.

 

Première anomalie : les remplaçants sont plus souvent absents que les enseignants titulaires. Près de 17,4 jours par an en moyenne. "Il y a beaucoup de "bras cassés". Ils ne sont pas totalement indisponibles, mais ils sont souvent refusés par les directeurs d'école ou bien se mettent en maladie dès qu'ils n'ont pas l'affectation souhaitée", note un inspecteur d'académie interrogé dans le cadre de cet audit.

 

Ce rapport avait été commandé par le précédent ministre de l'éducation, Xavier Darcos, en vue d'une réforme des remplacements. Luc Chatel a lancé une mission sur le sujet et devrait annoncer une réorganisation au début de l'année 2010.

S'il rejette l'idée d'une "agence nationale" lancée par son prédécesseur, il pourrait offrir des outils de gestion aux académies, voire autoriser un élargissement des zones de remplacement. "Le Vélib' va bien au-delà du périph, non ?", lance-t-on en guise de boutade dans l'entourage du ministre.

En attendant, les académies bricolent, essayant de concilier l'intérêt des enfants et celui des parents mécontents. "En période de pic, on a une gestion politique du dossier. On gère en priorité les écoles où les élus et les parents sont remuants. Une fois la crise passée, on démonte le cirque et on replante le chapiteau ailleurs", explique un autre responsable académique dans ce rapport d'audit qui avait été dévoilé par RTL, en juin.

 

L'affaire se complique quand on sait que le groupe formé par les remplaçants sert de point de chute pour accueillir les enseignants en difficulté. "Le potentiel de remplaçants, c'est une marge de gestion pour du personnel fragile en difficulté. C'est une soupape pour éviter des situations critiques devant les classes", a confié un inspecteur au cabinet d'audit.

Cette situation s'explique par l'absence de propositions de reconversions faites aux enseignants qui ne peuvent plus faire face à une classe. Ce qui assigne à ce bataillon de 30 000 remplaçants du premier degré une mission bien plus large que la simple gestion des remplacements... Et ce, alors que l'ensemble des enseignants du primaire et du secondaire sont touchés par les coupes budgétaires, qui ont fait disparaître 50 000 postes depuis 2007.

 

Les syndicats demandent des postes, le rapport pointe, lui, d'autres marges d'optimisation. "55 % des congés de 24 heures et 81 % des congés de 48 heures ont lieu juste autour du week-end et suggèrent un léger potentiel de réduction ", plaide l'audit qui souligne par ailleurs la remontée des maladies en plein mois de mai.

 

En ce qui concerne les collèges et les lycées, le système de remplacement est différent, mais la problématique reste identique : remplacer des enseignants qui tombent tous malades en même temps. Face à la progression de l'absentéisme, la tentation est grande de recourir à des personnels non titulaires.

C'est le choix du recteur de Créteil, Jean-Michel Blanquer, toujours prêt à innover, qui a adressé un courrier, le 18 novembre, aux chefs d'établissements des lycées et collèges. "Afin de rendre le remplacement plus efficient", il leur demande de "repérer dans leur entourage personnel ou parmi la population de vie scolaire (les surveillants), des étudiants ou des personnes titulaires au minimum d'une licence ou ayant des compétences avérées susceptibles d'alimenter valablement le vivier de contractuels ou de vacataires".

Les syndicats et la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) y ont vu immédiatement un "aveu sans détour" des conséquences de la politique de suppressions de postes d'enseignants et un "cache-misère". Des critiques infondées selon le rectorat qui fait valoir que le nombre prévu de contractuels ou de vacataires n'est pas plus important cette année, que la procédure est "la même que d'habitude" et que ce courrier s'inscrit dans un souci de "mobilisation maximale" sur le dossier du remplacement.

 

Habituelle ou non, l'embauche de vacataires est aussi une des propositions du rapport d'audit. Il montre en effet qu'un vacataire coûte 20 % de moins qu'un titulaire. A l'heure où chaque ministre est prié de faire des économies, Luc Chatel étudie toutes les pistes. "Plusieurs types de ressources pourraient être envisagés, en particulier les jeunes retraités et les étudiants en master", plaide le rapport. Les seconds sont jugés "très pertinents en particulier sur les congés de 15 jours à 2 mois". Les jeunes retraités de l'éducation nationale, auxquels plusieurs académies font déjà appel, sont jugés une solution possible pour les "congés de moins d'une semaine".

 

A l'heure actuelle, il n'y a pas d'impératif de remplacement avant deux semaines d'absence dans le secondaire. Le système des petits arrangements entre enseignants d'un même établissement ne fonctionne pas, même s'il a été rendu possible par un texte paru au Bulletin officiel du 1er septembre 2005. "Il est quasiment impossible à organiser avec la charge d'heures supplémentaires assurées par les enseignants", constatait récemment le secrétaire général du syndicat des chefs d'établissements (SNPDEN), Philippe Tournier.

 

Réponse du ministère

Le ministère a confirmé l'existence de ce rapport réalisé par le cabinet Roland Berger, tout en soulignant qu'il "ne fallait pas stigmatiser les enseignants et dresser les gens les uns contre les autres".

"Il n'y a pas de problème pour la plupart des remplacements dans le premier degré", a-t-on indiqué dans l'entourage de Luc Chatel.

"C'est un rapport qui a plus d'un an. Il faut regarder sur quelle population sont calculées ces statistiques, une population féminine à 85%, qui a naturellement plus de congés pathologiques (post-maternité, comptabilisés comme des congés-maladies, ndlr) que d'autres populations. On trouverait les mêmes statistiques chez les infirmières", a-t-on expliqué au ministère.

 

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 16:43

Selon l'enquête "Enseigner en collège et lycée en 2008", menée auprès d'un échantillon représentatif de 1 200 enseignants et publiée en octobre par le ministère de l'éducation nationale, 67 % d'entre eux affirment ressentir personnellement ce qu’il convient d’appeler le « malaise enseignant ». Ils n'étaient que 53 % en 2005. Les enquêtes réalisées dans le primaire traduisent la même réalité. La plupart des enseignants invoquent un manque de reconnaissance professionnelle. Les directeurs d’école sont bien placés pour savoir ce que recouvre cette expression.

 

Dans un article intitulé « L’éducation nationale sans rêve ni moteur » (Le Monde du 24/11/2009), Luc Cédelle analyse ce malaise.

 

« Le message qui émane du corps enseignant, à travers syndicats, associations et témoignages individuels, est celui du désenchantement…L'éducation nationale ne croit plus en rien. Elle ne croit plus aux grands discours mobilisateurs sur son dessein républicain. Dites aux enseignants qu'ils sont le creuset de la nation, les gardiens de la citoyenneté ou les passeurs de la culture : ils se demanderont quel coup fourré se cache sous ces compliments convenus.

La volonté [de Nicolas Sarkozy] de réconcilier la droite avec le monde éducatif s'est perdue dans les sables de la réduction des postes, répétée d'année en année (49 400 suppressions de 2007 à 2010, soit environ 6 % des effectifs), et de la généralisation des logiques gestionnaires inspirées du privé.

L'éducation nationale ne croit pas au discours gestionnaire. Il faut être député UMP pour penser que les économies en cours vont "contraindre à se réformer" un système qui, au contraire, se crispe chaque jour un peu plus.

Quant à la logique libérale du grand coup de balai, emportant le "carcan" des statuts de la fonction publique et poussant à son terme le principe du "libre choix" par les familles des établissements scolaires, personne dans l'éducation nationale ne l'a jamais perçue autrement que comme une étrange utopie. Sa transformation en hypothèse crédible est même le seul motif qui pourrait réveiller, droite et gauche confondues, ce volcan endormi.

L'éducation nationale ne croit plus tellement au discours syndical : les professeurs se sentent plus agressés que jamais, mais ne s'investissent pas dans leur défense collective. Chaque année, au bout de deux ou trois journées de grève à peu près réussies, la démarche syndicale s'enlise et le gouvernement n'a qu'à laisser passer l'orage.

Hormis une frange d'activistes où les jeunes se font rares, l'éducation nationale ne croit pas non plus, ou ne croit plus, en l'ambition pédagogique comme moyen de faire reculer l'échec scolaire et réaliser ses objectifs de démocratisation.

Bref, beaucoup d'individus et de groupes, dans le monde enseignant, ont encore foi en un idéal. Mais la majorité s'enfonce dans un scepticisme inébranlable et un chacun pour soi qui brise d'avance toute dynamique collective. En roue libre, tournant sur sa lancée, l'éducation nationale reste sans rêve, sans moteur. »

 

Malaise et désenchantement à l’égard des syndicats

Lors de la dernière grève, le 24 novembre dernier, chacun a pu ressentir le ras-le-bol des grèves inefficaces et inutiles. Faut-il chercher plus loin l’explication de la division des organisations syndicales et donc la faible mobilisation qui en résulte ? Certaines organisations l’ont bien compris et s’interrogent sur de nouvelles actions possibles.

 

 

Malaise et désenchantement à l’égard de la rigueur budgétaire

 

Suppressions de postes

Les suppressions de postes par dizaines de milliers ont accrédité l’idée que le système éducatif n’était plus une priorité pour les pouvoirs publics. Les enseignants ont le sentiment que le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux prime sur la qualité de l’enseignement.

L’exemple de l’Académie de Créteil est révélateur du désordre qui règne dans les services de l’Etat. A force de supprimer des postes de remplaçants parce qu’ils sont invisibles et donc indolores, la situation est tendue au point que le rectorat ne parvient plus à remplacer les professeurs absents.

 

Dans une lettre aux chefs d'établissements, le recteur de Créteil les invite à chercher des personnes "ayant des compétences avérées" pour effectuer des remplacements. Pour les syndicats ce courrier est un aveu d'indigence budgétaire.

 

"Vous avez peut-être dans votre entourage personnel ou parmi votre population de vie scolaire, des étudiants ou des personnes titulaires au minimum d’une licence ou ayant des compétences avérées qui pourraient venir valablement alimenter le vivier de contractuels ou de vacataires" écrit Jean-Michel Blanquer recteur de Créteil, dans un courrier envoyé aux chefs d'établissement.

Il leur demande également de faire appel pour enseigner aux assistants d'éducation, " car, « comme leur nom l’indique », il y a « éducation » dans leur appellation". Cependant, le décret qui fixe leurs missions ne le prévoit pas… A aucun moment n’est posée la question de leur aptitude à enseigner, s’indigne le SE-Unsa.

 

Pour le Se-Unsa, "cette lettre est un aveu sans détour des difficultés lourdes que rencontre aujourd’hui notre système éducatif pour assurer dans de bonnes conditions l’ensemble des heures d’enseignement dues aux élèves".  Un communiqué intersyndical (Cgt, Sud, Se-Unsa, Sgen, Snetaa du 93) et de la Fcpe 93 dénonce "les conditions inacceptables dans lesquelles se déroulent les remplacements". Sur l'académie plus de 2 500 enseignants non titulaires feraient office de remplaçants.

 

« Je vous invite également à repérer sur le district, des enseignants volontaires pour effectuer des HSA ou HSE dans un établissement de votre secteur et à me les faire connaître. Cette population ainsi repérée pourrait parfois être sollicitée pour aider à résoudre certaines situations (petits BMP à l’année ou suppléance de moyenne durée). 

Les familles ont parfois l’impression qu’aucune prise en charge des élèves n’est assurée, notamment dans le cas où une absence de courte durée, répétitive, devient de fait de moyenne ou longue durée », poursuit le recteur.

 

Le projet de budget 2010 prévoit la suppression de 16.000 postes supplémentaires l'année prochaine, ce qui porte le chiffre à 50.000 suppressions en trois ans dans l'Education.

Il y aura encore des suppressions de postes en 2011, a laissé entendre le ministre. "Le président de la République ne m'a pas demandé et n'a pas annoncé qu'il allait revenir sur sa politique du non-renouvellement d'un fonctionnaire sur deux".

Luc Chatel a déclaré qu'il n'était pas question de revenir sur cette orientation. "Cette politique nous permet de mettre en place la revalorisation financière des enseignants, qui est très attendue", a-t-il dit sur RTL.

 

Revalorisation : le master pour 30 euros ?

Sensée revaloriser la profession enseignante, la « masterisation » semble bien être un jeu de dupes. Selon le Snes, le ministère proposerait une revalorisation minime. "Les enseignants néo-recrutés seraient directement rémunérés à l’actuel 3ème échelon revalorisé de 30 euros (échelon atteint actuellement à la fin de l’année de stage)". Pour les premiers échelons, la revalorisation se limiterait à "30 euros de plus par mois sur les 6 premières années et 12 euros de plus à compter de 2016".

« La suppression des 2 premiers échelons, présentée comme une mesure permettant un gain substantiel, est en réalité la conséquence de la disparition, dans le nouveau processus de formation, de l’année actuelle de stagiarisation (PE2) », dénonce le SNE-CSEN.

 

Malaise et désenchantement à l’égard des injustices

Les enseignants paient le plus lourd tribut à la mise en place de la RGPP, nous l’avons maintes fois écrit (relire nos différents articles sur le sujet). Or, nous l’avons aussi également dénoncé, la gabegie budgétaire n’est pas, loin s’en faut, l’apanage de la Fonction publique d’Etat.

Un récent rapport de la Cour des comptes, qui dresse un bilan de 25 ans de décentralisation, nous apprend que depuis 1980 les effectifs des collectivités locales ont grimpé de 63%, soit 650 000 agents de plus, quand ceux de l'Etat ne progressaient que de 16%, soit moins que l'accroissement de la population du pays.

Toujours selon ce rapport, depuis 2001 les dépenses des collectivités locales ont connu une très forte hausse, chiffrée par la Cour à 54%.

Aujourd'hui, les budgets cumulés des collectivités du pays pèsent quasiment le même poids que le budget de l'Etat. Pourtant c’est l’Etat, seul, qui n'a eu de cesse depuis des années de réduire ses effectifs, de fermer des collèges, des tribunaux, des casernes (45 000 postes en moins dans l'armée en 7 ans), des commissariats, des gendarmeries et demain des directions départementales (la célèbre DDASS aura disparu le 1er janvier prochain).

 

Sous l'effet de la RGPP (révision générale des politiques publiques), lancée par Nicolas Sarkozy dès son entrée à l'Elysée, le mouvement s'est encore accéléré. D'ici 2011, la gendarmerie et la police auront de nouveau perdu près de 10 000 postes

Chaque année en effet, l'Etat verse 55 milliards d'euros aux collectivités, ce qui constitue son premier budget de dépenses, à égalité avec l'éducation nationale.

 

Le malaise est d’autant plus palpable que les enseignants peuvent comparer leur revalorisation à celle des conseillers ministériels et personnels des ministères.

René Dosière pointe dans un communiqué l'augmentation de 11,1% des effectifs des cabinets ministériels et de 17,2% pour les seuls conseillers.

Le député de l'Aisne qui épluche depuis des années le budget de l'Elysée et s'est attaqué au printemps au train de vie du gouvernement, fonde ses observations sur l'étude du document relatif aux personnels des ministères, annexé au Projet de loi finances (PLF) 2010.

Le budget global de rémunération des employés des ministères a pour sa part explosé de 56,8% pour atteindre 38,57 millions d'euros cette année, souligne le député.

Ainsi la rémunération brute mensuelle des conseillers a-t-elle progressé de 12,8%, à 7.157 euros, pour un coût total de 21,3 millions d'euros sur l'année.

"Ces augmentations démesurées sont incompréhensibles dans la période de crise qui frappe durement les Français", écrit René Dosière.

Il dénonce le décalage entre ces chiffres et la "politique drastique de réduction du nombre de fonctionnaires dans les administrations" menée par le gouvernement, qui s'est engagé à ne pas remplacer un fonctionnaire partant à la retraite sur deux en 2010.

En juin dernier, René Dosière avait déjà épinglé l'Elysée dont le budget avait augmenté de 18,5% en 2008, soit une hausse sept fois plus importante que celle du budget de l'Etat.

 

L’on comprend mieux pourquoi Luc Cédelle peut écrire que « le message qui émane du corps enseignant, à travers syndicats, associations et témoignages individuels, est celui du désenchantement…L'éducation nationale ne croit plus en rien. Elle ne croit plus aux grands discours mobilisateurs sur son dessein républicain »…

 

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 22:43

L'Education nationale paiera le plus lourd tribut aux suppressions d'emplois en 2010, avec 16 000 postes en moins après 13 500 en 2009 et 11 200 en 2008.

 

Les 16 000 emplois supprimés concernent essentiellement des postes de fonctionnaires stagiaires, effet direct de la réforme de la formation des enseignants. Celle-ci prévoit un recrutement au niveau "master 2" (bac 5) et une formation incombant aux universités et non plus aux IUFM. Pour la première année d'application, à la rentrée 2010, les étudiants qui auront réussi le concours d'enseignant ne seront donc plus affectés en IUFM mais directement en classe, ce qui permettra d'économiser les postes de stagiaires.

 

"La poursuite de suppressions qui viennent s'ajouter à d'autres déjà intervenues va dégrader les conditions de travail et réduire les possibilités du service public de faire face aux besoins et de lutter contre l'échec et les inégalités", a réagi à l'AFP le patron de la FSU, Gérard Aschieri. Il fustige "des mesures très marquées par l'idéologie, et paradoxales : hier, Nicolas Sarkozy faisait un discours sur la jeunesse, mais ces suppressions, ce sont des postes en moins pour les jeunes ».

 

Les effets négatifs sont connus : classes surchargées, manque de remplaçants, baisse de la scolarisation des moins de trois ans en maternelle, déficit de personnels accompagnant les enfants handicapés, etc.

Perspectives peu reluisantes également pour les directeurs d’école qui ne pourront bénéficier d’EVS en nombre suffisant et voient s’éloigner tout espoir de meilleures conditions de décharges de cours.

 

Ces suppressions de postes ne préparent pas l’avenir. Pourtant, les démographes ont alerté le gouvernement : à partir de 2010 et surtout 2011, le boom démographique ayant débuté en 2000 se fera sentir au collège et la France risque de manquer d’enseignants (relire notre article du 7 août 2009 intitulé « Suppressions de postes d’enseignants : une faute, une tromperie ».

 

Les suppressions d’emplois dans la Fonction publique d’Etat sont présentées comme un remède indispensable au redressement des finances de notre pays. En réalité, elles ne représentent que 500 millions d’euros d’économies sur les 140 milliards du déficit public !

En 2008, grâce au bouclier fiscal, 834 contribuables dont le patrimoine est supérieur à 15,6 millions d’euros ont profité chacun d’une baisse d’impôt de 368 261 euros. Au total, 14 000 redevables ont bénéficié du bouclier fiscal, pour un coût total pour la collectivité de 458 millions d’euros.

 

Pour Gérard Aschiéri, "Si l'on compare ce que rapportent les suppressions de postes, environ 500 millions d'euros par an, et les mesures fiscales qui réduisent les recettes de l'Etat, par exemple 2,5 à 3 milliards pour la baisse de la TVA dans la restauration, c'est sans commune mesure", et il déplore qu'il n'y ait "jamais de débat sur l'efficacité comparée de ces choix".

 

N’existe-t-il donc d’autre solution que le démantèlement des services publics pour combler le déficit public ? Pourtant, des sources d’économies importantes sont possibles et connues : la lutte contre la fraude fiscale, la suppression des niches fiscales, la chasse au gaspillage exorbitant des décentralisations et du train de vie des collectivités locales… Il conviendrait également de redéfinir la contribution budgétaire de notre pays à l’Europe. La France verse chaque année au budget européen 7 milliards d'euros de plus que ce qu'elle en reçoit en retour, aides agricoles de la PAC comprises. En 2013, la perte sèche atteindra 10 milliards d'euros par an.

 

Nous l’avons maintes fois écrit : la RGPP est avant tout une réforme idéologique. Ses conséquences sont néfastes pour les services publics et en particulier pour l’Education nationale.

 

Les directeurs d’école sont aussi victimes de cette politique. Tous les ministres savent que l’amélioration du fonctionnement de l’école passe par des mesures en faveur des directeurs. Tous les rapports, sans exception, le confirment. Le refus des syndicats enseignants de reconnaître statutairement leur métier n’est qu’un prétexte rêvé pour tout ministre contraint de serrer son budget.

 

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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 11:41


Les directrices et directeurs d’école, réunis à Paris le 23 Septembre, appellent l’ensemble de leurs collègues, de France et de Navarre, de métropole et des DOM-TOM à signer cet appel adressé à tous les syndicats enseignants :

 

« … Les directrices et directeurs d’école existent !

Leur travail, leur métier n’est pourtant pas reconnu…

La direction d’école existe !

Elle ne reste à ce jour qu’une simple fonction, sans moyens véritables, sans temps nécessaires, sans réel salaire, sans la moindre reconnaissance statutaire…

 

Pour les parents d’élèves, pour les mairies, pour nos IEN, pour nos IA, pour nos collègues adjoints, pour nos élèves, nous sommes directrices et directeurs d’école. Pour notre Ministère, cela dépend…

Notre administration nous considère comme Directeurs lorsqu’il s’agit de nous confier, d’année en année, toujours plus de tâches, toujours plus de charges, toujours plus de responsabilités. Quand il s‘agit de nous donner les moyens de faire ce travail, le temps pour l’accomplir, le salaire de nos efforts, la reconnaissance de notre métier, elle s’y refuse…

 

D’année en année, la désaffection croissante pour notre métier s’accentue.

En 10 ans, ce sont plus de 30 000 directrices et directeurs d’école qui ont renoncé à cette fonction. Près de 10 % des écoles, régulièrement, sont « dirigées » par des collègues désignés « volontaires », sans formation, sans expérience, sans envie ni attrait pour cette responsabilité. Au travers de cette vacance de la direction d’école, se pose, des maintenant, la question de la réalité du pilotage éducatif de nos écoles, et se joue, à terme, la question de l’existence même de l’Ecole Publique.

 

Face à cette situation, le choix n’est pas d’ETRE ou d’AVOIR.

 

On ne résoudra pas la crise de la direction d’école par le seul AVOIR. Les mesures catégorielles (AVOIR un peu plus de décharge, AVOIR quelques d’indemnités supplémentaires, etc ) ne répondent pas, ne répondent plus à nos demandes.

 

On ne résoudra pas la crise de la direction d’école par le seul ETRE. Obtenir un statut, ETRE reconnus directeurs,  est à notre portée, mais cela serait vain si ce statut ne correspond pas à nos attentes.

 

Nous devons aujourd’hui conjuguer ETRE ET AVOIR, et ceux qui nous représentent paritairement, ceux qui ont vocation à nous défendre, doivent conjuguer ceci avec nous, à tous les temps, à tous les modes.

Notre combat n’est pas celui de l’égoïsme, du corporatisme, c’est celui de la dignité de notre travail, c’est, celui du devenir de l’Ecole Publique, laïque et républicaine…

 

- Nous appelons l’ensemble des syndicats enseignants à écouter la voix, les demandes, les revendications des 50 000 directrices et directeurs d’école

 

- Nous appelons l’ensemble des syndicats enseignants à comprendre l’urgence d’agir avec nous. Au travers de la direction d’école, c’est le sort de l’Ecole Publique qui se joue.

 

- Nous appelons l’ensemble des syndicats enseignants à diffuser sur leurs sites et dans leur presse cet appel. Nous les appelons à soutenir cet appel et à le contresigner.

 

- Nous appelons l’ensemble des syndicats enseignants à reconnaître que le directeur d’école n’est plus un enseignant comme les autres, qu’il a, au sein de l’école et des équipes pédagogiques, une place, un rôle, un travail, des responsabilités différents de ceux de ses collègues adjoints.

 

- Nous appelons l’ensemble des syndicats enseignants à ouvrir enfin un vrai débat sur la direction d’école, sans tabous, sans exclusives, sans préjugés.

 

- Nous appelons l’ensemble des syndicats enseignants à entamer avec les 50 000 directrices et directeurs d’école, avec leurs associations, un échange et un dialogue permanent et constructif. Que plus un seul syndicat n’agisse sans nous, mais que tous soient désormais avec nous.

 

- Nous appelons l’ensemble des syndicats enseignants à établir avec nous une démarche commune auprès de notre Ministère qui tiendrait compte, et de nos conditions de travail (l’AVOIR) et de l’indispensable reconnaissance de notre métier (l’ETRE)

 

Directrices et Directeurs d’Ecole, nous sommes et serons désormais les acteurs de notre propre métier…

 

Pour signer la pétition, c’est ici : http://petition.dirlo.info/php/index.php

 

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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 17:18


Début septembre, Philippe CLAUS, Inspecteur général de l’éducation nationale, et Odile ROZE, Inspectrice générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, remettent un rapport intitulé «Troisième note de synthèse sur la mise en œuvre de la réforme de l’enseignement primaire ». Cette note permet à l’Inspection générale de donner son avis sur "la mise en œuvre de la réforme de l’enseignement primaire". (relire notre article)

 

Parmi les points abordés, les rapporteurs insistent sur les nombreux inconvénients de « la généralisation de la semaine de 4 jours ».

 

« La situation n’est pas satisfaisante. Les conséquences du resserrement du temps scolaire se font sentir :

                 

Sur la fatigue des élèves et des enseignants : les constats effectués dès le premier trimestre scolaire ont été confirmés à l’issue de l’année, conduisant parfois à la suspension de l’aide personnalisée les semaines précédant les vacances scolaires.

 

Sur la réduction du temps de dialogue avec les parents : le samedi matin est supprimé, les enseignants, pris par l’aide personnalisée ou par une autre activité, ne sont plus disponibles à la sortie de l’école le soir.

 

Sur le temps de concertation des enseignants : des doutes sont exprimés par l’encadrement sur la qualité (voire la réalité) des concertations qui ont lieu le vendredi soir à la fin d’une semaine chargée.

 

Enfin, et surtout, sur le temps consacré aux enseignements : au terme de l’année scolaire, il se confirme que, de l’avis général des enseignants, le temps manque pour faire tout le programme d’enseignement, ce qui était d’ailleurs prévisible. L’année scolaire n’est plus que de 144 jours théoriques (quatre jours pendant 36 semaines), et 140 jours en fait, alors que la moyenne européenne est de 185 jours (Regards sur l’éducation - OCDE 2008). »

 

Cette note de synthèse rappelle également que « l’évolution souhaitable de la situation n’est pas dans le retour au samedi matin, que personne ne revendique, mais dans la scolarisation du mercredi matin, en vue d’alléger la journée de travail scolaire dans une semaine rééquilibrée. »

 

Les Inspecteurs généraux abordent également l’aide personnalisée. S’ils reconnaissent l’adhésion des familles et des élèves, ils sont davantage sceptiques sur les bienfaits de cette mesure : « Les effets sur les apprentissages et les acquis sont plus difficiles à mesurer. » [L’aide personnalisée] « ne permet pas, selon les enseignants, de compenser les difficultés lourdes, elle ne permet donc pas d’infléchir l’organisation du cursus scolaire des élèves. »

 

La FCPE milite également pour le retour de la semaine de quatre jours et demi. Pour son président, Jean-Jacques Hazan, il faut juste expliquer aux adultes que c’est pour le bien-être des enfants : "Si les chronobiologistes et chronopsychologues, depuis plus de vingt ans, ont expliqué qu’il fallait baisser le nombre d’heures de classe et étaler ça sur plus de journées, c’est pour une raison. Il faut que les parents comprennent pourquoi ce n’est pas bon pour leurs enfants ni pour la réussite scolaire."

 

Les contestations de la semaine de quatre jours se font plus nombreuses et s’alimentent de l’avis des experts de terrain. Pas très réjouissant pour Luc Chatel, nouveau ministre et qui, nous dit-on, est en place pour « gérer les affaires courantes » avant le prochain grand changement de gouvernement.

Il est évident que Luc Chatel aura suffisamment à faire avec les suppressions de postes  et la réforme des lycées décidées par son prédécesseur. Lorsqu'un nouveau ministre de l'éducation est nommé à mi-mandat, c'est généralement pour calmer le jeu. D’ailleurs, chose maintes fois vérifiée à l’Education nationale : à une période agitée à cause de réformes mal acceptées, succède souvent une période d’apaisement. Comme une sorte de trêve…

 

Il devenait donc urgent d’allumer un contre-feu pour faire oublier les contestations. Pour ce faire, quoi de mieux que d’utiliser l’opinion dont on sait qu’elle est favorable à la suppression des cours le samedi

En effet, beaucoup apprécient ce réaménagement du rythme hebdomadaire, notamment les familles recomposées. Il suffisait donc de canaliser les bonnes opinions pour donner une belle image de cette réforme.

C’est ce que confirmera l’enquête commandée par le Ministère de l’Education nationale à l’Institut de sondage Ipsos.

 

On y apprend, sans surprise, que « 77% des Français jugent que la suppression des cours le samedi matin à l’école primaire pour mettre en place un dispositif de soutien aux élèves en difficulté est une bonne chose » et que « 88% des parents d’élèves considèrent que la suppression de l’école le samedi est une bonne chose pour les familles ».

 

Cependant, la question la plus « intéressante » pour le ministère est la suivante :

 

« De manière générale, considérez-vous que la suppression de l’école le samedi matin en primaire est une bonne ou une mauvaise chose pour assurer un enseignement de qualité aux élèves ? »

Réponse positive à 76%.

 

Cette question, au demeurant innocente, appelle les remarques suivantes :

-       C’est une question fermée qui n’offre que peu de possibilités aux parents d’apporter une réponse autre que celle attendue

-       Cette question découle tout naturellement des autres. Les parents approuvent la suppression de l’école le samedi ; ils répondent prioritairement à cette partie de la question

 

Si la question a été posée ainsi, c’était avant tout pour la réponse induite qu’elle ne manquerait pas de fournir. A question fermée, réponse évidente…

 

Les parents auraient-ils répondu aussi massivement si la question avait été posée différemment :

« Pensez-vous que la suppression de l’école le samedi permet d’assurer un enseignement de qualité aux élèves ? » Il est permis d’en douter.

 

En effet, les parents sont-ils en mesure de juger de la qualité de l’enseignement du fait de la suppression de classe le samedi ? Les professionnels sont déjà bien en peine de le faire. Y avait-il nécessité impérieuse à leur poser cette seconde partie de la question ?

 

Bien connue des pompiers qui luttent contre les incendies, la technique du contre-feu est également très utilisée par les politiques. Elle permet souvent de détourner l’attention d’un sujet brûlant…

Nous avons là un nouveau et bel exemple de stratégie de communication gouvernementale. Puisque les « gens de terrain » critiquent la semaine de quatre jours, il faut leur montrer que cette réforme est plébiscitée par les familles.

 

Deux semaines après la publication de la synthèse de l’IGEN, le sondage tombe à pic pour enfoncer le clou : non seulement les familles adhèrent à la semaine des 4 jours mais, en plus, elles estiment à 76% que c’est une bonne mesure pour « assurer un enseignement de qualité aux élèves ». CQFD.

 

Hélas, si le ministère tire son épingle du jeu par cet artifice, il nous faut déplorer qu’une stratégie de communication tienne lieu de réflexion sur des sujets aussi importants. Ce n’est pas de cette façon que l’on pourra progresser et améliorer le système scolaire qui en a pourtant un besoin urgent.
 

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 15:11

En cette période d’actualité réduite inhérente aux vacances d’été, nous poursuivons notre publication de sujets de réflexion plus généraux. Après « le bac » et « la suppression de postes d’enseignants », nous livrons un dernier volet : « la réforme de la fonction publique ».


Cette réforme risque d’avoir des conséquences inattendues pour les directeurs d’école qui réclament un statut particulier. En effet, comme nous le lirons ci-dessous, l’un des objectifs de la réforme est de réduire fortement le nombre de statuts particuliers et de rassembler les corps dans des filières professionnelles. Autant dire que les directeurs d’école, s’ils obtiennent un jour satisfaction, pourraient se retrouver dans un corps élargi regroupant l’ensemble des métiers de direction…

 

 

Comme la réforme de l’Etat, la réforme de la fonction publique est perpétuellement à l’ordre du jour. La raison principale étant de nature économique : le poids de la fonction publique dans les finances nationales.

 

Bilan des deux dernières années

Lorsqu’il dresse le bilan de l’action du gouvernement en matière de fonction publique, Eric Woerth relève que l’engagement de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux a été tenu et que l’économie ainsi réalisée a été reportée pour moitié sur les fonctionnaires en exercice.

Il rappelle également les mesures prises pour moderniser la carrière des fonctionnaires : professionnalisation des concours, remplacement progressif de la notation par l’évaluation et suppression des entraves à la mobilité.

Enfin, il insiste sur la poursuite des travaux pour promouvoir une fonction publique de métiers.

 

L’avenir de la fonction publique

Le statut actuel de la fonction publique date de 1983. Un Livre blanc sur l’avenir de la fonction publique fait ressortir un fort attachement au modèle français de service public mais aussi une grande attente de rénovation.

Un accès modernisé à la fonction publique, des parcours professionnels plus diversifiés, une gestion des carrières plus individualisée et plus personnalisée, une adaptabilité plus grande à la demande du public : tels sont les objectifs que le débat public a fait apparaître et que le Livre blanc remis au gouvernement a retenus en proposant de construire une fonction publique de métiers.

 

 

Une fonction publique de métiers

 

Réduire le nombre de corps

Il s’agit de supprimer des corps pour créer de véritables « filières professionnelles », inter-administrations, par niveau de qualification.

Selon le rapport, le nombre de corps et de statuts d’emplois, qui était d’une centaine en 1946, a été porté à 1500 à la fin des années 90 et ramené à environ 700 aujourd’hui.

S’agissant de l’organisation statutaire de la fonction publique d’Etat, le gouvernement a prévu, d’une part, de ramener dès la fin de cette année le nombre de corps de 680 à 380, par suppression des corps en voie d’extinction ou à effectifs très réduits et, d’autre part, d’engager un programme de fusion de corps, l’objectif étant de les rapprocher par familles de métiers et de développer leur caractère interministériel..

A terme, il est proposé, comme pour la fonction publique territoriale, 50 à 60 cadres statutaires pour la fonction publique d’Etat.

 

Réduire le nombre de statuts

Selon Jean-Ludovic Silicani, Conseiller d’Etat et auteur du Livre blanc, la « pulvérisation corporatiste » n’a aucun sens fonctionnel et aucune justification. Non seulement, elle complique la gestion et rigidifie la carrière et la mobilité des agents, mais elle empêche l’adaptation et parfois la continuité même du service public : elle est contraire à l’intérêt général et aux intérêts particuliers.

Il recommande donc de réduire fortement le nombre de statuts particuliers et surtout de changer leur signification. Un statut particulier doit être défini en fonction du domaine (la filière professionnelle) et du niveau de qualification professionnelle des agents qu’il régit et non plus de leur appartenance à telle ou telle administration.

 

Des statuts fondés sur la qualification des agents et ayant tous une vocation inter administrative : telle est la définition de la fonction publique de métiers.

 

 

Quelques chiffres…

 

Fonction publique

Effectifs

ETP

 

 

 

d'Etat

2 524 440

2 396 934

Territoriale

1 662 501

1 508 036

Hospitalière

1 014 142

937 033

 

 

 

Total (au 31/12/2006)

5 201 083

4 842 003

     

ETP : équivalent temps plein

 

 

 

Si la revendication des directeurs d’école demeure une exigence incontournable, légitime et toujours d’actualité, la réforme de la fonction publique constitue une nouvelle donne qu’il convient d’intégrer dans la demande de reconnaissance institutionnelle du métier.

Une réflexion doit s’engager dans la profession si l’on veut éviter deux écueils. Le premier écueil serait d’apparaître décalés et en porte-à-faux par rapport aux réformes entreprises, et donc de perpétuer le statu quo actuel qui n’a que trop duré.

Le second écueil, tout aussi redoutable, consisterait à nous emporter comme dans un tourbillon, sans possibilité de peser sur une réforme, ce qui nous éloignerait fortement et durablement de notre demande de statut.

  

Il convient d’analyser l’évolution en cours, d’en mesurer la portée et de revoir notre stratégie pour mieux adapter nos revendications aux effets induits par la réforme de la fonction publique.

 

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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 22:24

Comme annoncé précédemment, nous profitons des vacances pour aborder différents thèmes relatifs à l’Education nationale. Après « le bac », nous abordons aujourd’hui « les suppressions de postes d’enseignants ». Ce sujet, hélas récurrent, qui touche tous les enseignants de la maternelle au lycée n’est pas sans conséquences sur les difficultés rencontrées par les directeurs d’école.

 
 

La suppression de postes d’enseignants : une faute

 

Après 4664 en 2007, 11 200 en 2008, 13 500 en 2009, ce sont 16 000 postes dans l'Education Nationale qui seront supprimés en 2010.

 

Maintenant, ça suffit !

 

Pas question de refuser bêtement toute suppression de postes. Ce serait tout aussi absurde que de réclamer encore et toujours plus de créations. Mais arrive le moment où « trop, c’est trop ! ».

 

L’ouverture ou la fermeture de classe doivent répondre à une nécessité professionnelle et non à un impératif purement comptable. Ce doit être une mesure d’ajustement en fonction de seuils fixés et admis selon certains critères (type de public, spécificités locales, âge des élèves, déplacements…).

Ce n’est hélas plus le cas depuis quelques années. Le nombre de postes à supprimer est décidé en fonction des difficultés financières du pays ou des obligations liées à la R.G.P.P. (relire nos différents articles sur le sujet).

Les mesures de carte scolaire ne répondent plus aux ajustements rendus nécessaires par les flux des effectifs mais participent à la maîtrise des dépenses publiques.

 

Pourtant, la D.E.P.P. effectue des études prévisionnelles pour aider les services du ministère. Seulement, voilà, il arrive qu’elles ne correspondent pas aux décisions prises par le ministre. Qu’à cela ne tienne, ces études ne sont pas publiées… et le ministère peut alors justifier les suppressions de postes comme il l’entend.

Xavier Darcos a toujours dit que les suppressions de postes ne se voyaient pas. Selon lui, le taux d’encadrement est resté inchangé. De quoi justifier les mesures prises... Pourtant, tout n’est pas aussi simple et ne répond pas à une logique mathématique.

Il manque des enseignants dans l’enseignement primaire pour assurer les remplacements, permettre à la formation continue de fonctionner et offrir des décharges supplémentaires aux directeurs d’école.

 

Les remplacements des congés et absences sont de moins en moins assurés. « Plus un seul élève sans maître », promettait Claude Allègre. Trop souvent, les élèves des maîtres non remplacés se retrouvent dispersés dans d’autres classes, parfois pendant plus d’une semaine.

De plus en plus de stages de formation continue sont annulés faute de personnels pour remplacer les maîtres soucieux de se former.

Des milliers de postes seraient nécessaires pour augmenter les décharges des directeurs et leur permettre simplement d’effectuer leur travail convenablement.

 

Oui, il manque des milliers d’enseignants à l’école primaire. Contrairement à ce qu’affirme le discours officiel, la baisse des effectifs n’apparaît nullement justifiée. L’évolution démographique plaide plutôt en faveur d’un plan pluriannuel d’augmentation des recrutements.

 

Deux causes s’additionnent actuellement.

La première est liée à une augmentation massive des départs à la retraite du fameux « papy-boom ».

La seconde est consécutive à la forte poussée démographique que la France connaît depuis les années 2000. Pour le premier degré, les chiffres officiels indiquent que le nombre d’élèves a atteint son minimum en 2003, et a progressé de 4% sur la période 2003-2007. Une hausse de plus de 8% est prévue entre 2003 et 2014.

Il y a donc urgence à recruter plus d’enseignants. Le ministère aurait dû prévoir un plan pluriannuel d’augmentation du nombre de postes aux concours.

Dès les prochaines années, un problème majeur va se poser, résultant de la combinaison d’un afflux massif d’élèves et d’une politique récurrente de réduction des effectifs enseignants. Le gouvernement semble l’ignorer.

 

En 2007 déjà, l’Europe tire la sonnette d’alarme sur le nécessaire investissement en faveur de l’enseignement. La Commission Européenne plaide pour « promouvoir la pleine participation des jeunes à l’éducation, à l’emploi, à la société ». Les coûts sociaux et économiques de l’inactivité sont élevés.

L’inclusion de tous les jeunes a une importance sociale forte. C’est aussi un enjeu économique. Un jeune sur six est en décrochage scolaire alors que la moitié des nouveaux emplois créés nécessite un niveau de qualification élevée. Le développement du capital humain, en tant que facteur clé de la réussite économique de l’Union Européenne, est devenu une nécessité. Il devrait induire une politique d’investissement dans le domaine social et éducatif. De la petite enfance à l’enseignement supérieur, la commission préconise une meilleure efficacité du système, tantôt pour assurer l’inclusion sociale de tous, tantôt pour mieux répondre aux besoins du marché de l’emploi.

 

Ce sont les sirènes économiques qui viennent souligner l’absurdité de restrictions budgétaires appliquées à l’éducation. Moins d’enseignants, moins de moyens, des classes surchargées, des dotations horaires réduites, des projets en manque de budget : la logique de Bercy fait fi de la notion de capital humain, pourtant libérale, et l’Europe se contorsionne entre politique de rigueur et nécessité d’investir dans sa jeunesse.

 

 

La suppression de postes d’enseignants : une tromperie

 

L’Education nationale paie le plus fort tribut au non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Naturellement, puisqu’elle représente le plus fort contingent de fonctionnaires.

Nous l’avons souvent écrit : le Président de la République s’éloigne de l’analyse qu’il faisait lors de la campagne électorale de 2007. A l’époque, lorsqu’il évoquait la réduction des dépenses publiques, il avait déjà en tête le non-remplacement d’un fonctionnaire sur 2 mais il dénonçait également la gabegie des emplois dans la fonction publique territoriale. Il faisait allusion aux doublons consécutifs à la décentralisation et à la déconcentration des pouvoirs.

La création de multiples étages (communes, communautés de communes, agglomérations, départements, régions…) s’accompagnait trop souvent de nouveaux postes sans que les précédents, devenus inutiles, soient supprimés. Cela reste vrai en 2009 et le pouvoir en place n’a pas encore osé ou voulu s’attaquer aux « baronnies locales ».

Les parlementaires qui votent la Loi de finances, et donc les suppressions de postes d’enseignants, ne s’appliquent pas à eux-mêmes, lorsqu’ils reprennent leur casquette de maire, conseiller général ou régional, les mesures qu’ils imposent à la Fonction publique d’Etat.

 

Le récent « Rapport sur l’état annuel de la fonction publique » vient de mettre à nouveau l’accent sur les incohérences de la politique nationale : concernant les fonctionnaires, l’Etat maigrit et les collectivités territoriales grossissent.

Le nombre de fonctionnaires a augmenté de 0,8 % en France entre 2006 et 2007, mais la hausse concerne seulement les collectivités territoriales et les hôpitaux. La Fonction publique d'Etat, elle, enregistre une forte baisse de ses effectifs, selon ce rapport.


Ce rapport souligne que, entre fin 2006 et fin 2007, le nombre de fonctionnaires dans les trois Fonctions publiques (Etat, territoriale, hospitalière), hors contrats aidés, a augmenté de 41 100 personnes (+0,8 %). Mais « à un rythme nettement ralenti par rapport à l'année précédente » (+ 1,2 % en 2006).

La Fonction publique d'Etat (FPE) par contre a connu une forte baisse des effectifs (- 2,4 %, soit -61 000 agents), notamment dans les ministères (- 3,5 %, soit - 78 400 personnes), pour atteindre aux alentours de 2,484 millions d'agents. Cette diminution, qui touche surtout l'Education nationale, est liée aux non remplacements de départs à la retraite, mais aussi aux transferts de personnels vers les collectivités locales.

La Fonction publique territoriale (FPT), à l'inverse, a connu sa plus forte augmentation d'effectifs en 2007 (+ 86 000 emplois, soit + 5,2 %), pour atteindre 1,750 million d'agents « dans un contexte de développement de certaines missions dévolues aux collectivités territoriales ».

 

Le lourd tribut payé par l’Education nationale est le résultat d’une règle dogmatique, celle du 1 sur 2. Une règle qui consiste à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux. Pourquoi pas 2 sur 5 ou 1 sur 3 ?

La question peut sembler inconvenante pourtant elle pourrait prendre une coloration moins transparente dans quelque temps. Dans son discours de Versailles (devant le Congrès), Nicolas Sarkozy avait lancé la chasse aux « dépenses inutiles » à la grande satisfaction de François Fillon, avide de penser « la France de l’après-crise ».

Le revers de la médaille de l’emprunt « d’avenir » sera une rigueur accrue, même si le mot est farouchement nié. L’UMP projette ainsi de priver du statut de la fonction publique les 2 millions d’agents de l’Etat, dont les enseignants, qui ne remplissent pas de fonction régalienne (armée, justice, impôts, police). Et de ne plus remplacer qu’un agent des établissements publics (CEA, CNRS, agences diverses…) sur trois partant à la retraite.

1 sur 2, 2 sur 3… ? Pas d’explication logique. Nous restons dans le cadre d’une règle dogmatique… « Sitôt la reprise passée, il n’y aura plus que de mauvais déficits », pronostique Nicolas Baverez.

 

En faisant supporter à l’Education nationale l’essentiel des suppressions de postes de fonctionnaires, le gouvernement commet plus qu’une erreur : une faute. Parce qu’il ne donne pas toutes les chances à l’école de former correctement des citoyens, l’Etat risque de payer chèrement les choix économiques de ces dernières années.

On a coutume de dire que ce qui est rare est cher ; la jeunesse est un bien trop précieux pour la sacrifier sur l’autel d’une gestion à court terme.

 

En ne remplaçant pas un fonctionnaire d’Etat sur deux, le gouvernement laisse croire qu’il réduit fortement et durablement les déficits publics de notre pays. Ce ne sera qu’une mesure en trompe-l’œil puisque le nombre de fonctionnaires ne cesse globalement de croître comme l’atteste le Rapport annuel sur l’état de la fonction publique.

 

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Published by Les directeurs en lutte - dans Analyses
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