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Le statut de directeur d'école dans les projets présidentiels de 2012

 

Certains candidats ou partis évoquent le statut de l'école et de son directeur.

Qu'en disent-ils ?

 

Marine Le Pen
UMP
UMP & PS

Philippe Poutou 

 

La synthèse et les résultats de la consultation IFOP - GDID sont disponibles sur le site de l'Ifop à l'adresse suivante (cliquer sur le panneau ci-dessous) :

 

 

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 18:00

L’année 2011 se termine. Pour les directeurs d’école, elle restera une année comme les autres, sans aucune avancée concrète. Certes, des soutiens sont venus leur rappeler leur rôle irremplaçable à la tête des écoles, leur dire qu’ils méritaient une vraie reconnaissance et même un statut.

Paroles rassurantes, paroles encourageantes mais paroles… verbales. Paroles, paroles, paroles…

En cette fin d’année, les directeurs d’école sont plus que jamais découragés du manque de reconnaissance que leur manifestent les responsables politiques. Certains baissent les bras et rendent leur tablier. D’autres essaient de faire modestement leur travail. Mais la plupart ont cessé de croire aux promesses électoralistes des politiciens qui se succèdent au pouvoir depuis 30 ans…

A quelques jours de la nouvelle année, il nous a semblé important de pousser quelques coups de gueule face au déferlement de scandales et d’injustices qui touchent l’Education nationale au moment où l’on nous demande de toujours faire plus d’efforts sans contrepartie, où l’on réduit le pouvoir d’achat et que se dégradent encore et toujours les conditions de travail des directeurs d’école.

Le statut en or d’un directeur pas comme les autres… 

On connaissait les bonus des banquiers et des traders, les rémunérations exorbitantes, les stock-options et les parachutes dorés des dirigeants du CAC 40... Le site d'informations Mediapart nous révèle que les dirigeants de Sciences-Po Paris touchent aussi des super bonus.

On apprend ainsi que les primes des cadres dirigeants de la prestigieuse école de la rue Saint-Guillaume atteignent plusieurs centaines de milliers d’euros par an et qu’elles sont attribuées en toute opacité par le directeur de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, Richard Descoings.

Richard Descoings toucherait un salaire d’environ 25.000 € par mois. Une rémunération inhabituelle dans l’enseignement supérieur puisqu’elle représente 5 fois celle d’un président d’université qui touche entre 4.500 et 6.000 euros par mois environ.

A ce salaire de chef d’entreprise, s’ajoute une prime de résultat qui peut aller jusqu’à 30% de la rémunération annuelle brute globale de chacun des directeurs. Or, il faut savoir que si cette école est de plus en plus financée par les droits d’inscription qui ne cessent d’augmenter depuis quinze ans (jusqu’à 9 300 € par an pour le collège universitaire, et 13 000 € pour le master, sur l’année 2011-2012) et le mécénat d’entreprises, la rue Saint-Guillaume reste majoritairement abondée par l’Etat. En 2010, 57% de son budget provenait de subventions publiques !

 

A-t-on entendu Luc Chatel dénoncer ces super bonus de celui qui fut, un temps, annoncé comme possible ministre de l’Education nationale ?

 

A-t-on vu Abel Mestre, du quotidien « Le Monde », s’étrangler devant ce fonctionnement ultra libéral de l’équipe de direction de cette école, lui qui pourfendait la proposition d’accorder un statut d’établissement à l’école primaire ? Rappelons ce que ce journaliste, peu au fait des questions d’éducation, se permettait d’écrire début octobre : « En ce qui concerne l'école primaire, un nouvel établissement public serait créé et doté de la personnalité juridique. Il aurait une "autonomie administrative et financière", avec à sa tête un directeur "manager" qui impulserait "le projet pédagogique" de l'école. Une mesure qui entre en contradiction avec la ligne "républicaine" et étatiste développée par ailleurs par Mme Le Pen, puisqu'untel statut reviendrait de fait à avoir des écoles plus riches que d'autres et entre dans une vision très libérale – au sens économique – de l'école. »

Les 20 milliards de l’UMP pour l’école… 


A l’approche de la présidentielle, tous les candidats jouent la carte de l’école. Après avoir taclé les 60 000 recrutements promis par François Hollande, Jean-François Copé annonce « 20 milliards de dépenses nouvelles dans l’Education au sens large » dans un projet pensé « pour protéger et préparer l'avenir des enfants de France ». Ces 20 milliards incluent ainsi « la revalorisation des salaires des enseignants du primaire et du secondaire » notamment « la revalorisation des salaires des enseignants s'impliquant davantage dans le suivi personnalisé des élèves », le « développement de l'apprentissage » ou encore « l'ouverture de nouvelles places en crèche et en jardin d'éveil ».

Alors que le gouvernement a décidé de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, que les salaires sont gelés, que des postes sont supprimés dans tous les domaines rendant les conditions de travail de plus en plus difficiles, voilà qu’on nous annonce que demain on rase gratis…

« Cela n'engage pas notre candidat, mais gageons qu'un certain nombre de nos propositions vont l'intéresser », admet Jean-François Copé. On ne pourra pas dire qu’on n’avait pas été prévenus…

Le ministère accélère l'annonce des suppressions de postes d'enseignants…

 


A quelques heures du début des vacances scolaires de Noël, vendredi 16 décembre, le ministère a présenté aux organisations syndicales la répartition par académie des suppressions de postes dans l'éducation nationale pour la rentrée 2012 alors que son budget n'a pas encore été définitivement adopté par le Parlement.

 

D'ordinaire, cette annonce intervient fin décembre, début janvier. Mais l'élection présidentielle approche. "Il faut dégager le terrain pour la campagne", soutient Christian Chevalier, secrétaire général du syndicat SE-UNSA. Un terrain miné par la suppression de 14 000 postes en 2012 (dont 5 700 dans le premier degré et 6 550 dans le secondaire), qui viennent s'ajouter aux 66 000 suppressions intervenues depuis 2007.

 

En janvier 2011, l'annonce de la répartition des emplois supprimés sur le territoire avait déclenché, tout au long du premier semestre, une vague de protestations de la part des élus locaux, des parents d'élèves, des enseignants. La communauté éducative disait alors que le « mammouth » était « à l'os », qu'il ne pourrait pas supporter une nouvelle « cure d'amaigrissement ».

 

Luc Chatel soutient le contraire. « On peut continuer à ne pas remplacer une partie des départs en retraite », a-t-il déclaré fin novembre, lors d'un séminaire consacré à la RGPP, la révision générale des politiques publiques.
Le ministère ne précise pas que ses prévisions d'effectifs montrent une hausse significative du nombre d'élèves à la rentrée 2012, effet du "boom" démographique du début des années 2000 : 6 000 élèves de plus sont attendus dans les écoles primaires à la prochaine rentrée, 21 200 dans les collèges, 6 600 dans les lycées généraux et technologiques, selon les documents budgétaires débattus par les parlementaires.

 

Rappelons que le président de la République avait promis, en juin, de « sanctuariser » l’école primaire. Les recteurs devront donc encore réduire la scolarisation de moins de 3 ans (passée de 34,5 % en 2000 à 13 % en 2011). Il leur faudra aussi toucher aux « postes invisibles » : les intervenants en langues (ce qu’il en reste), les RASED, les conseillers pédagogiques…

Heureusement, demain on rase gratis…

Statistiques ou communication ?

 

« Depuis une dizaine d’années, le pourcentage d’élèves en difficulté face à l’écrit a augmenté de manière significative et près d’un élève sur cinq est aujourd’hui concerné en début de 6ème.

Si le niveau de compréhension de l’écrit des élèves moyens n’a pas évolué, la plupart des évaluations témoignent d’une aggravation des difficultés parmi les élèves les plus faibles.

Alors que la maîtrise des mécanismes de base de la lecture reste stable, les compétences langagières (orthographe, vocabulaire, syntaxe) sont en baisse, ce qui explique l’aggravation du déficit de compréhension des textes écrits, parmi les élèves les plus faibles. »

 

C’est l’Insee qui, le 16 novembre dernier, dans son « Portrait social » divulgue les résultats de deux enquêtes retenues par le ministre Luc Chatel.

 

En novembre, un collectif “Interstat” composé de syndicalistes de l’INSEE et des autres services ministériels dénonçait déjà dans un manifeste paru dans Médiapart,le manque d’indépendance des statistiques officielles et la volonté du ministère de “retenir” certaines études défavorables à la propagande ministérielle.

 

« Interstat, collectif de syndicats de l'Insee et des Services statistiques ministériels (SSM), doit s'insurger une nouvelle fois contre les pratiques de nos dirigeants politiques. L'indépendance de la statistique publique, inscrite dans la loi depuis la Loi de modernisation de l'économie d'août 2008, est une réalité que les agissements des gouvernements et de leurs entourages tentent de remettre en cause.

 

Comme en 2008, il nous faut rappeler au ministre de l'Éducation nationale, que la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) n'est pas un service statistique dont il serait le seul utilisateur, mais qu'elle fait partie du service statistique public.

 

Des publications validées et prêtes à être diffusées sont retenues en attendant une éventuelle communication du ministre sur le sujet, ou un moment plus propice pour qu'elle ne génère pas de polémique dans le débat social.

 

La rétention d'information est une atteinte à la démocratie

 

Cette rétention d'information a pour objectif de faciliter la communication du ministre. Ainsi, ce dernier a pu s'enorgueillir, lors de sa conférence de presse de rentrée (1er septembre 2011) d'améliorer les compétences des élèves malgré la hausse du nombre d'élèves et la baisse du nombre d'enseignants. Ces résultats sont pourtant sujets à caution : alors que jusqu'au milieu des années 2000, les enquêtes dont sont tirés ces résultats étaient conçues et réalisées conjointement par des statisticiens et des enseignants. Elles sont à présent menées par la Direction pédagogique du ministère (DGESCO). Or la DGESCO n'est pas un service statistique, et ne bénéficie donc pas de l'indépendance vis-à-vis du ministère dont jouissent légalement les services statistiques ministériels. »

 

Ainsi peut-on lire sous la plume de Maryline Baumard dans  Le Monde du 12 décembre que « Le jour de la parution de l'ouvrage, les statisticiens de la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) ont été priés de ne pas commenter ces résultats qui ne suivaient pas la "bonne" courbe.

 

Dix jours plus tard, le cabinet de Luc Chatel publie l'une des enquêtes. La seconde qui compare le niveau des élèves entre 1997 et 2007 est toujours au fond d'un tiroir: "Ce qui s'est passé là est assez symptomatique. Nos enquêtes sont bienvenues lorsqu'elles accompagnent la communication du ministre. Sinon, elles attendent, rappelle un chercheur, sous couvert d'anonymat. Et plus encore si elles montrent une baisse de niveau." »

 

"Il est regrettable que le ministère préfère mettre en avant les résultats contestables des évaluations CE1 et CM2, mises en place depuis quatre ans par la DGESCO, évaluations qui ont surtout pour objectif de nourrir la communication ministérielle au détriment d'une information étayée sur une méthodologie rigoureuse", estime Jean-Claude Emin, ancien sous-directeur de la DEPP.  

 

Bonne Année quand même… En 2012, on rase gratis.  

 

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 17:07

Le 29 septembre dernier, l’e-mag de l’éducation « vousnousils » titrait : « Marine Le Pen s'adresse aux enseignants en faisant le mea culpa du FN ».

« Je le sais, longtemps, il y a eu un malentendu entre nous. Longtemps, nous avons donné le sentiment de vous regarder en ennemis… Longtemps, nous n'avons pas su parler, trouver les mots et comprendre à quel point vous étiez attachés à l'intérêt général… Longtemps, nous avons commis l'erreur de penser que vous étiez complices ou passifs face à la destruction de l'école. Pour l'immense majorité d'entre vous, c'était une erreur et cette époque est révolue… »  

Si la plupart des médias ont repris ce titre et relayé les principales phrases de ce mea culpa, très peu de journaux ont évoqué la partie du discours concernant le statut de l’école et du directeur. Bien que la vidéo soit consultable sur le forum du GDID, il nous a semblé intéressant d’y revenir eu égard à la réaction qu’elle a suscité, notamment dans le journal « Le Monde ».


Lors de ce colloque sur l’éducation, Marine Le Pen a livré sa vision de l’école primaire (maternelle, statut de l’école et du directeur, rythmes scolaires, aide personnalisée).
 
 

« L’école maternelle est une chance pour la France. Une magnifique réussite que le monde nous envie. Elle est une chance pour notre natalité. Démanteler l’un des seuls points qui marchent à l’école est donc une absurdité ! Les chiffres le disent : de moins en moins d’enfants de moins de 3 ans sont admis à l’école maternelle, au profit des jardins d’éveil. C’est une sottise. Je redonnerai tout son sens et toute sa place à l’école maternelle. 

Quant à l’école élémentaire, je pense qu’elle doit être la priorité de notre action. C’est là que beaucoup se joue. Or l’école élémentaire française va mal. L’échec scolaire s’aggrave. En particulier, les élèves en difficulté avant leur arrivée au CP le restent par la suite, presque tous. Ce gaspillage des talents se retrouve dans la population active où un trop grand nombre arrivent sous-qualifiés. Le plus inquiétant est le recul de l’écriture, de la lecture, du calcul, la France enregistrant en particulier en mathématiques la plus forte baisse des scores obtenus au sein de l’OCDE depuis dix ans.  


L’école primaire doit donc être réformée en profondeur. Il faut en particulier revoir le statut de l’école, créer un nouveau type d’établissement public, doté de la personnalité juridique et d’une autonomie administrative et financière. On en parle depuis longtemps, mais rien ne bouge. Je le ferai.

Soumis à l’autorité des acteurs institutionnels (Etat et collectivités territoriales), le directeur d’école souffre en outre d’un manque cruel de légitimité pour assurer les responsabilités qui sont les siennes. Il est possible d’agir dès maintenant pour renforcer le pilotage local de la politique éducative en rénovant, en créant le statut de directeur d’école. Il doit avoir ce rôle de véritable « manager » chargé d’impulser le projet pédagogique de l’école en dialogue permanent avec l’ensemble des acteurs de la communauté éducative : professeurs des écoles, parents, commune, ministère. Son nouveau statut devra lui donner les moyens d’accomplir complètement ses missions. Une revalorisation de la rémunération et une amélioration du régime de décharge sont indispensables pour pallier les problèmes actuels de recrutement, qui sont très graves, très préoccupants. Je ferai ce statut du directeur.  


Quant à la réforme des rythmes scolaires de Nicolas Sarkozy, elle était condamnée à l’échec puisqu’elle allait contre le rythme biologique de l’enfant. Elle s’est traduite, en fait, par une basse manipulation comptable pour réduire les cours de 2 heures par semaine dans le seul but, mesquin, de faire quelques économies de bout de chandelle, de supprimer par exemple les postes d’enseignants spécialisés. Double effet négatif puisque les élèves en échec ont leur journée allongée par l’aide personnalisée qui, de fait, devient inefficace puisque ce sont souvent ces élèves qui ont les plus gros problèmes de concentration… Il faudra y revenir également. »
 
 

Comme écrit précédemment, le quotidien « Le Monde », sous la plume d’Abel Mestre, a été l’un des rares journaux à reprendre cette partie du discours. Hélas, le journaliste, peu au fait des problèmes de l’école primaire et de la situation des directeurs d’école en a fait un commentaire tout à fait contestable :

« En ce qui concerne l'école primaire, un nouvel établissement public serait créé et doté de la personnalité juridique. Il aurait une "autonomie administrative et financière", avec à sa tête un directeur "manager" qui impulserait "le projet pédagogique" de l'école. Une mesure qui entre en contradiction avec la ligne "républicaine" et étatiste développée par ailleurs par Mme Le Pen, puisqu'un tel statut reviendrait de fait à avoir des écoles plus riches que d'autres et entre dans une vision très libérale – au sens économique – de l'école. » 
 

Ce commentaire erroné est regrettable à plusieurs titres. D’abord parce qu’il est le fait d’un journaliste travaillant dans un quotidien qualifié de « journal de référence ». Ensuite parce qu’il traduit une absence de réflexion sur un sujet que manifestement ce journaliste ne connaît pas. Enfin, et surtout, parce que l’affirmation exprimée par Abel Mestre va à l’encontre de la réalité et est contredite par les faits.  

Selon le journaliste du Monde, doter l’école primaire d’un statut d’établissement « reviendrait de fait à avoir des écoles plus riches que d'autres et entre dans une vision très libérale – au sens économique – de l'école ».


Aujourd’hui, ce journaliste est démenti de façon cinglante par l’enquête réalisée par le SNUipp avec l’AMRF (Association des Maires Ruraux de France) et l’ANDEV (Association Nationale des Directeurs de l’Education des Villes) sur « l’argent de l’école ».


En effet, et en l’absence de statut, l’école primaire française souffre d’importantes disparités de financement avec un écart de 1 à 10 dans l’attribution de crédits de fonctionnement, « à savoir de 13 euros jusqu'à 130 euros par an et par élève ». Les inégalités entre écoles riches et écoles pauvres sont devenues "très criantes", soulignent ces organisations.

« Des disparités fortes sont observables en fonction des priorités des communes et de leurs capacités contributives » déclare Didier Migaud, Président de la Cour des Comptes.  

« Il faut changer la donne puisque nous sommes aujourd'hui dans un point de rupture entre le principe de gratuité et celui d'égalité… la réglementation n'a pas évolué, elle date du début du XXe siècle alors que les missions demandées à l'école ont évolué sans pour autant remettre à plat les responsabilités et les moyens que chacun devait assumer » ajoute Sébastien Sihr, Secrétaire général du SNUipp.


En ce qui concerne les crédits d’investissement, la situation est encore plus inégale. En effet, l’enquête révèle que si un quart des écoles perçoivent plus de 1800 € par an, un tiers des écoles n’obtiennent rien.

Il faut également prendre en compte le recrutement par les municipalités « riches » ou « généreuses » d’intervenants extérieurs (professeurs municipaux) comme à Paris ou quelques autres communes.

De fait, soulignent les organisations, « l’insuffisance des moyens disponibles nécessite pour la quasi-totalité des écoles le recours à des activités lucratives (kermesse, tombolas, vente diverses…) ».

 
 

Quelles solutions pour mettre un terme à ces inégalités criantes ? 


Il faut « redéfinir les responsabilités » selon Anne-Sophie Benoit, Présidente de l’ANDEV, « recenser l’intégralité des moyens nécessaires à l’école » selon Didier Migaud, Président de la Cour des Comptes.

Comme on le voit, lorsque le journaliste du « Monde » écrit que la création d’un statut des écoles « reviendrait de fait à avoir des écoles plus riches que d'autres et entre dans une vision très libérale – au sens économique – de l'école », il fait une colossale erreur d’analyse.


Contrairement à ce que pense et dénonce Abel Mestre, la solution passe probablement par la transformation de l’école en « un nouveau type d’établissement public, doté de la personnalité juridique et d’une autonomie administrative et financière » pour que l’on puisse parler d’égalité des chances.

En effet, comme le dit Vanick Berberian, Président de l’AMRF, « C’est à l’Etat qu’il appartient d’assurer l’équité ».   

 

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 15:22

 

A l’approche des élections professionnelles, les directrices et les directeurs d’école découvrent combien l’organisation du scrutin représente une lourde charge supplémentaire pour chacun d’eux.

Loin d’alléger la tâche des directeurs, la procédure de vote électronique ne fait que l’amplifier. Chaque jour, de nouvelles consignes envahissent la messagerie des écoles. Des consignes provenant du ministère, de l’Inspection académique, souvent redistribuées sous forme de doublons par les IEN pour le cas où elles n’auraient pas été bien comprises… Des consignes, parfois contredites par un autre message, et qui doivent s’appliquer, comme trop souvent, le lendemain quand ce n’est la veille…

L’Administration a même le toupet, parfois, de demander aux directeurs de se déplacer dans les inspections pour récupérer certains documents ! Et comble de l’ironie, c’est au moment où l’aide administrative est supprimée que le travail des directeurs se trouve alourdi par de nouvelles tâches liées au mode de scrutin inauguré cette année…

Les syndicats se montrent peu diserts sur le sujet. Certes, le SNUipp dénonce « la complexité du scrutin ». Il y voit une « volonté délibérée du gouvernement ». Selon lui, « tout est fait pour organiser une baisse de la participation et donc amoindrir la capacité de mobilisation et d’expression de toute la profession ». Et d’ajouter que « l’édition et la transmission des listes sont de la responsabilité des inspections »… Quant aux autres syndicats... ils sont trop occupés par leur propre campagne électorale.

Malgré son intervention auprès du Ministère où il pensait avoir été entendu, le SNUipp constate que, dans de nombreux départements, les IA n’ont tenu aucun compte des recommandations ministérielles. Le syndicat demande alors aux directeurs d’école « d’aller au plus simple pour l’organisation de ce scrutin ». En l’occurrence, le plus simple, c’est l’organisation complète du scrutin… Autant dire que cette intervention syndicale n’a en rien réglé le problème de la surcharge de travail des directeurs.  

 

Parmi les nombreuses obligations exigées du directeur, l’impression des professions de foi des différentes organisations syndicales pose le problème de son coût, outre celui du temps à y consacrer. Toutes les écoles, loin de là, ne sont pas dotées d’imprimante laser à impression rapide… Personne ne semble y avoir pensé. Et à vrai dire, tout le monde s’en fiche.

Concernant le coût, ni le Ministère, ni les IA ne se préoccupent de savoir avec quel financement les directeurs imprimeront le matériel électoral (imprimante, papier, encre) alors même que l’école ne dispose d’aucun budget spécifique de fonctionnement. Certaines écoles seront contraintes d’utiliser le crédit municipal, souvent limité, alloué aux copies réservé à leurs élèves. Si l’Administration n’en a cure, que penser du silence assourdissant des syndicats ?

Dans de nombreux départements, la grogne monte et commence à envahir les messageries électroniques. De plus en plus nombreux sont les directeurs d’école décidés à boycotter le travail qui leur est imposé par cette campagne électorale.

Les syndicats ont tort de feindre de l’ignorer. Ils risquent de ne pas mobiliser les enseignants et d’affaiblir leur représentativité. C’est peut-être ce que recherche le gouvernement, comme le dit le SNUipp…

 

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 17:20

Le magazine « L’ECOLE aujourd’hui » consacre son numéro de rentrée (septembre 2011) à la direction d’école.
Nous invitons nos fidèles lecteurs à se le procurer afin d'en prendre pleinement connaissance. Il comporte notamment un reportage très intéressant sur le travail de deux directeurs travaillant en binôme dans une école relevant du dispositif ECLAIR.

 

 

Tâches administratives de plus en plus lourdes, difficultés quotidiennes de relations avec les parents, responsabilité accrue… Le cahier de doléances des directeurs et directrices d’école se remplirait vite s’il était ouvert dans les IA ! Et pourtant, le nombre de directions vacantes n’augmente pas sensiblement d’année en année.

 

Depuis les textes de 1989, le rôle et la responsabilité du directeur se sont considérablement accrus : intégration, PPRE, évaluations nationales, pour ne citer que ces dernières activités. Les tâches administratives n’ont pas été réduites par l’entrée de l’informatique dans les bureaux de direction (« base-élèves » en est l’exemple le plus marquant).

 

Malgré ces constations, l’ensemble des directeurs fait un travail indispensable pour que nos écoles fonctionnent, même si une grande majorité souhaite que quelque chose bouge pour eux : 93 % des directeurs interrogés par l’IFOP pour le compte du GDID en 2006 sont favorables à un statut non hiérarchique des directeurs d’école.

 

Que faut-il faire ? Créer des EPEP et donner un statut fort à leur directeur comme le propose Frédéric Reiss, repenser le statut des maîtres-directeurs vite abandonné en 1987, ou leur donner une aide réelle pour leur gestion technique et administrative ?        Daniel Nielsen

 

Entretien avec Frédéric Reiss

 

Regroupements scolaires, établissements publics du primaire, socle étendu jusqu’à la 3ème, Frédéric Reiss fait part de ses propositions pour revaloriser la fonction de directeur d’école.

 

L’école aujourd’hui : Avant de rédiger votre rapport, vous avez rencontré de nombreux directeurs d’école. Quel constat en avez-vous tiré ?

Frédéric Reiss : Les tâches des directeurs se sont considérablement alourdies au fil des années. Tous m’ont dit « on croule sous les charges ». Même si, dans la loi, on dresse la liste de toutes les responsabilités que les directeurs ont, il en ressort clairement qu’ils n’ont pas les moyens de les assumer. Il y a tellement de choses auxquelles ils doivent veiller qu’en cas de conflit dur, ils sont totalement démunis. Il faut aussi faire une distinction entre les directeurs des petites écoles rurales et ceux qui sont en milieu urbain. Les propositions que je fais ne peuvent pas être les mêmes. Il n’y a pas de réponse universelle.


L’école aujourd’hui : Vous préconisez de redéfinir le métier de directeur, de faire de son statut un véritable emploi. Qu’apportera ce nouveau statut ?

 

F. R. : L’objectif ultime est de faire baisser le nombre d’enfants qui sortent du système scolaire à 16 ans sans diplôme ni qualification. Tous les rapports ( Institut Montaigne, Cour des Comptes, par exemple) disent qu’en France nous ne mettons pas assez l’accent sur l’école préélémentaire et élémentaire. Ce statut donnerait au directeur une certaine autonomie dans son établissement.

 

A titre personnel, je pense que le directeur d’école, qui fait souvent un boulot formidable, mérite d’être le leader pédagogique de son école. Il faut qu’il ait les moyens, après discussion, d’imposer le projet d’école et la façon de le faire. Ce nouveau statut lui permettra d’organiser son école comme il l’entend : répartir les classes entre les enseignants, faire fonctionner le projet d’école dans la durée pour avoir du personnel stable. Toutefois, même s’il sera consulté, les inspections pédagogiques resteront du ressort de l’IEN. Ce ne sera pas le directeur qui décidera de l’avancement ou non de ses collègues. Dans une école de 13 ou 14 classes, le directeur deviendrait le représentant de l’Etat et de son école en toutes circonstances.

 

L’école aujourd’hui : Et pour les petites écoles ?

 

F. R. : Les petites écoles peuvent être regroupées. Pour moi, un directeur n’a pas besoin d’être physiquement présent dans son école à tous les endroits. Des écoles peuvent fonctionner en réseau avec un responsable de site sur chaque site, le directeur étant là où il a été affecté. Toutefois, le directeur doit obligatoirement venir du sérail, contrairement aux principaux et proviseurs, et doit garder le contact avec la classe.

 

L’école aujourd’hui : Avec ce nouvel emploi, vous évoquez un plan de carrière. Quel peut-il être ?

 

F. R. : Je suis de ceux qui pensent qu’il faut plus de souplesse entre le premier et le second degré. Pour les enfants en difficulté, la marche à monter entre le CM2 et la 6ème est trop haute. Je verrais très bien des échanges de services entre le premier et le second degré. Pour que cela puisse marcher, dans une deuxième étape qui serait celle du socle commun, cette école qui irait du CP à la 3ème, pourrait avoir comme patron un principal ou un directeur d’école, dont les statuts seraient à égalité.

 

Je veux éviter que, par usure, les directeurs d’école quittent leur fonction au bout de quelques années pour redevenir simple enseignant. Une véritable carrière motiverait sans doute plus d’enseignants chevronnés et éviterait que des directions soient confiées au dernier arrivant dans l’école.

 

Propos recueillis par Daniel Nielsen pour « l’Ecole Aujourd’hui »

 

Françoise Cartron, Sénatrice PS de Gironde et ancienne directrice d’école réagit au rapport de Frédéric Reiss.

 

« Monsieur Reiss souhaite que les directeurs deviennent des managers, des gestionnaires, alors qu’ils sont actuellement des enseignants partiellement déchargés pour assurer l’administration d’une école… Par ailleurs, soyons conscients d’une chose : le postulat de départ justifiant l’expérimentation des EPEP, sous l’autorité des du seul chef d’établissement, complètement déchargé et bénéficiant d’un statut renforcé, était de créer une « émulation » au sein d’un nouvel établissement. Sous couvert d’avancée pédagogique, il paraît évident que les EPEP étaient avant tout un outil d’intensification de la RGPP (Révision générale des politiques publiques), en permettant notamment des fermetures de classes moins « visibles » lors des regroupements que dans les écoles de petite taille.

 

Je tiens aussi à préciser que les équipes d’enseignants auraient pu se voir imposer un EPEP en dehors de toute considération d’intérêt pédagogique puisque la demande aurait été faite à l’initiative d’une ou plusieurs communes ou d’un EPCI (Etablissement public de coopération intercommunale)n et non sur la base d’un projet pédagogique.

 

L’enjeu essentiel est que les activités du directeur d’école soient recentrées autour de l’animation pédagogique, des relations autour de l’animation pédagogique, des relations extérieures, avec les familles et les pouvoirs institutionnels. En parallèle, il est nécessaire que pour la gestion technique et administrative, il puisse bénéficier d’une aide elle-même clairement définie et pérenne. Je ne suis pas contre la reconnaissance d’un statut aux directrices et directeurs d’école. En revanche, je m’oppose fortement à la définition du chef d’établissement telle que la propose monsieur Reiss. »

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 09:49

 

A tout seigneur, tout honneur, l’élection présidentielle de 2012 est lancée. Pas une semaine sans qu’un nouveau thème soit abordé par le Président candidat.

Mardi 21 juin, c’était au tour de l’Education nationale d’être sur le devant de la scène électorale. Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il n’y aurait aucune fermeture de classe dans les écoles primaires à la rentrée 2012, hors critères démographiques. Il faut dire que les élus UMP "s'inquiètent de plus en plus ouvertement des effets des suppressions de postes et de fermetures d'écoles sur leur réélection".

« Nous avons un problème majeur d'école primaire…. A la rentrée 2012, nous ne procéderons hors démographie à aucune fermeture de classe de l'école primaire », a déclaré le chef de l'Etat. Et d’ajouter : « Le un sur deux continuera, mais nous sanctuariserons l'école primaire pour qu'à la rentrée 2012, le nombre de fermetures de classes n'excède pas le nombre d'ouvertures ».

Propos qui n’ont pas manqué d’inquiéter syndicats et fédérations de parents d’élèves. Comme le nombre de départs en retraite devrait être moins important en 2012, il y aura environ 14.000 suppressions de postes dans l'Education. Pour y parvenir sans fermeture de classes primaires à la rentrée 2012, plusieurs solutions sont envisagées : suppressions de postes administratifs, de Rased, formations le mercredi et non plus sur le temps scolaire. La réforme du lycée professionnel (réduction de la durée d'étude d'un an) devrait permettre d’économiser plusieurs milliers de postes... Probablement faut-il s’attendre à voir diminuer encore et toujours le nombre de postes de remplaçants.

Pour justifier l’inflexibilité du gouvernement sur les suppressions de postes, le Président a précisé : « Je n'ai pas été élu pour que la France soit dans la situation de la Grèce, de l'Irlande, du Portugal. » Et d’ajouter : « Sur les vingt dernières années, avec le un sur deux, il y a 540 000 élèves de moins et 34000 enseignants de plus… C'est financé avec vos impôts… ». Argument constamment repris par Luc Chatel et dont nous avons déjà eu l’occasion de dire combien il est fallacieux (cf notre article intitulé « école : l’heure du bilan »).

Les réactions ont été vives à cette annonce et marquées surtout par le scepticisme des syndicats, politiques et parents d’élèves. En réalité,  Cette promesse (...) d'un moratoire (...) est un énorme aveu d'échec et une opération électorale dont personne n'est dupe ” déclare Bruno Julliard, secrétaire national à l'Education. Et il ajoute “Cette promesse présidentielle est donc une opération électorale qui aura la même postérité que toutes les belles promesses annoncées avant les élections: elle est faite pour rassurer avant, mais pas pour être tenue après!

 

Autre scrutin : les élections professionnelles. Comme nous l’écrivions le 25 mars dernier, les élections professionnelles d’octobre 2011 seront l’occasion de profonds changements dans la suite des accords de Bercy sur le dialogue social.  

La loi du 20 août 2008 a transposé dans le code du travail les règles sur la représentativité et la négociation collective issues de la « Position commune » adoptée par les partenaires sociaux le 9 avril 2008. Il s’agit d’une réforme en profondeur, reposant notamment sur la fin de la présomption irréfragable de représentativité :

Instauration d’un critère d’audience aux élections professionnelles, ce critère fondant la légitimité auprès des salariés

• Le niveau d’audience doit être d’au moins 10% des suffrages au 1er tour de l’élection professionnelle

 

C’est ainsi que s’opèrent des regroupements parfois surprenants (relire notre article sur les "syndicats enseignants contraints à des coalitions").

C’est le cas, notamment, de trois syndicats très minoritaires (SNE-CSEN, SCENRAC-CFTC et SNEP-FAEN). Si les deux premiers affichent clairement leur volonté de doter les directeurs d’école d’un statut, la position du troisième est quelque peu différente.

Comme nous l’indiquions dans l’article cité en référence, « Le SNEP-FAEN souhaite une valorisation de la fonction de directeur.

Ceci implique que tous les directeurs soient déchargés à plein temps sur toutes les écoles ou perçoivent une indemnité conséquente en fonction de ses missions et de la taille de l’école.

Cela lui permettrait de pouvoir assurer ses charges administratives mais aussi d’avoir le temps d’accueillir les parents à rencontrer…

De plus, étant enseignant et par conséquent devant des heures d’enseignement, il interviendrait dans les classes pour un dédoublement 2H par jour pour la lecture et l’écriture.

Conscient du coût de cette proposition, le SNEP propose que le directeur de l’école remplace les collègues de l’école sur les remplacements courts (une demi-journée maximum). Ainsi, l’administration utiliserait mieux les postes de ZIL (et le remplaçant connaîtrait parfaitement le fonctionnement de l’école et des enfants).

Enfin, de par son expérience de la profession, le directeur pourrait avoir un rôle de conseiller pédagogique, notamment pour épauler les jeunes collègues.

Le directeur serait donc le maître supplémentaire et « ressource » de l’école mais aussi le responsable administratif et pédagogique. Mais en aucun cas il ne doit évaluer ses collègues, que ce soit pédagogiquement ou administrativement, et endosser un rôle d’inspecteur ; et ce, parce qu’il est partie prenante de l’équipe pédagogique.

Bien sûr, le SNEP demande que cet élargissement des missions du directeur soit accompagné d’une reconnaissance financière conséquente. »

 

Premières conséquences, cette « Union pour l’Ecole Républicaine » a dû trouver un compromis pour satisfaire les trois organisations syndicales qui la composent. Une sorte de « minimum syndical » qui gomme le mot « statut », notamment pour les directeurs au profit de « reconnaissance du métier… ».

Ainsi, peut-on lire dans « La Voix de l’école », organe du SNE :

« Ces organisations se sont regroupées autour de valeurs communes et ont défini des objectifs et des revendications communs, dont :

-       La défense de notre statut de fonctionnaire d’Etat

-       La défense de notre pouvoir d’achat…

-       La lutte contre les fermetures de postes…

-       La reconnaissance des métiers spécifiques : directeurs d’école, maîtres spécialisés, conseillers pédagogiques

-      

Le communiqué fait la différence entre « statut de fonctionnaire »  et « reconnaissance des métiers ». Les mots ont, naturellement, été choisis et ne sont pas le fruit du hasard. Il s’agit, à n’en pas douter, d’un compromis tel que cité plus avant.

 

A l’approche des élections, les syndicats ont bien pris conscience de l’importance du directeur comme relais de l’information dans les écoles et n’ignorent pas le rôle qu’il peut jouer auprès de ses adjoints pour les motiver ou non à participer au vote électronique. Craignant même son influence, ils le flattent sans vergogne. Ainsi, le SNUipp et le SE rivalisent-ils pour « exiger » du ministre la création d’emplois statutaires et pérennes pour doter les directeurs d’une « aide administrative » (SNUipp) ou d’un « secrétariat administratif » (SE).

Ne faudrait-il pas commencer par reconnaître statutairement le directeur d’école, lui donner la possibilité d’effectuer ses missions et ses tâches avant de créer ces emplois ? Les directeurs ne risquent-ils pas de voir leur situation actuelle perdurer sous prétexte qu’ils ont les « moyens » de faire fonctionner leur école ? N’est-ce pas, après tout, ce qui arrangerait les grandes centrales syndicales de voir disparaître le « risque » d’avoir un directeur d’école vraiment reconnu par un statut ?

Pourquoi toutes ces organisations syndicales (SNUipp, SE, SGEN…) ne mettent-elles pas le même empressement et la même vigueur à réclamer un statut pour les directeurs qu’elles ne le font pour les « aides administratives » ? Mystère…

 

L’approche des élections suscite également un renouvellement des idées pour se démarquer des adversaires potentiels. Surprenante, la proposition de la CFTC-éducation « Pilotage des écoles : pourquoi ne pas partir du particularisme parisien ? » Mais que, diable, n’y avait-on pas pensé plus tôt… serait-on tenté de dire.

« La première chose urgente à faire est de nous interroger sur ce que la France souhaite vraiment mettre en place pour piloter les écoles du 1er degré. Cette question est essentielle. Il est temps d'y répondre. Il est évident qu'une école ne peut se dispenser d'un pilote.

Ensuite la deuxième question : quel type de personnel est-il opportun de placer à la tête de cette école ?

Enfin dernière question : pour répondre aux missions qui seront confiées aux directeurs d'école, quelle formation initiale doit leur être apportée ?

Bien sûr tout cela a un coût. Mais ce coût doit-il être supporté uniquement par l'Education Nationale alors qu'aujourd'hui les missions du directeur dépassent largement ce cadre et que celles-ci sont de plus en plus nécessaires au bon fonctionnement de l'école ?

Pourquoi ne pas envisager un financement externe à l'Education Nationale comme c'est le cas par exemple pour la Ville de Paris. Celle-ci en effet, en prenant à son compte le complément de charge (financement des postes), permet à tous les directeurs de la capitale d'avoir une décharge complète. Les directeurs peuvent ainsi rendre un service complet de direction pour leur école, pour la population.


Cette expérience intéressante pourrait être étendue en la modulant selon la taille des communes. Elle prouve en tous les cas que le pilotage d'une école par une seule entité permet de régler nombre de situations qui ne sont souvent conflictuelles que par le partage plus ou moins flou des responsabilités.


Un enfant qui arrive à l'école en garderie le matin dépend tout d'abord d'une structure qui est sous la responsabilité de la mairie ou d'une association. Durant la matinée son temps devient un temps scolaire. Il passe entre midi et deux sur un temps municipal, redevient élève durant l'après midi et termine sa journée sous la responsabilité d'une nouvelle structure qui peut-être, comme le matin, soit municipale soit associative.


Ce qui signifie dans la journée entre la garderie du matin et l'étude du soir il y a au moins 2 ou 3 formes juridiques qui ont géré l'enfant. Avec des entités juridiques différentes, il est évident que la cohérence éducative a du mal à être respectée s'il n'y a pas une volonté forte de chaque intervenant.


L'école ne doit avoir qu'un seul pilote et ce pilote doit être le directeur.


Comme cela a déjà évoqué plus haut, le financement de ces postes pourrait être assumé en partie par les collectivités territoriales qui au final se retrouveraient gagnantes à avoir un personnel interlocuteur réel qui prendrait en charge tous ces temps de vie l'enfant.

Cela permettrait de bâtir de vrais programmes et de vrais projets éducatifs locaux qui tiendraient compte de la réalité du terrain, des capacités dont disposent à la fois l'école, le centre de loisir et le centre d'accueil pour les moments périphériques. Et aussi bien sûr les programmes scolaires et la volonté politique de la mairie de faire aboutir tel ou tel projet. »

 

Sauf que Paris n’est pas la France. Paris est une ville riche. L’immense majorité des communes n’ont pas les capacités financières de la capitale. Lors des premières discussions sur les rythmes scolaires, l’Association des Maires de France a tiré la sonnette d’alarme sur l’impossibilité pour les communes de prendre en charge les animations hors temps scolaire libéré. Idem pour les jardins d’éveil qui pourraient prendre la relève des classes de 2 à 3 ans dans le but de supprimer des milliers de postes d’enseignants. Et que de discussions à n’en plus finir entre communes accueillant les élèves suite à un regroupement pédagogique ! Et, in fine, cette proposition ne contribuerait-elle pas à repousser aux calendes grecques l’obtention d’un statut tel que le réclament les directeurs d’école ?

 

Bref, chacun peut le constater, à l’approche des élections professionnelles, les directeurs semblent attirer beaucoup de gestes d’attention autour de leur situation qui se dégrade de jour en jour. Mais si les propositions gravitent autour d’eux, elles ne sont pas réellement destinées à trouver une véritable solution à leurs problèmes.

 

« Les promesses n'engagent que ceux qui y croient », avait coutume de dire Jacques Chirac…

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 22:09

 

Le 8 mars 2011, lors d’une séance de questions à l’Assemblée Nationale, Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, déclarait solennellement :

« Madame la députée, vous avez raison de rappeler l’importance des contrats aidés dans l’éducation nationale. Ils sont, en effet, essentiels au fonctionnement quotidien de nos établissements scolaires. D’abord, pour épauler nos directeurs d’écoles dans le premier degré ; ensuite, pour améliorer la vie scolaire au quotidien dans l’ensemble de nos établissements ; enfin, pour accompagner les enfants handicapés, ce que, vous l’avez indiqué à juste raison, le Gouvernement a élevé au rang de priorité. »


Peu de temps après, l’on apprenait le non renouvellement des assistants d’éducation dans les écoles primaires ainsi qu’une forte réduction des contrats uniques d’insertion (CUI).

Dès le 9 septembre 2010, dans un article intitulé « L’aide administrative aux directeurs d’école remise en cause », nous avions attiré l’attention sur les nouveaux méfaits de la RGPP… Après avoir réussi à supprimer des dizaines de milliers de postes d’enseignants et de personnels administratifs sans trop de heurts, cette fois, la résistance s’organise et des voix se font entendre de toute part pour crier : trop, c’est trop !

 

Syndicats d’enseignants, fédérations de parents d’élèves, élus politiques, directeurs d’école manifestent leur indignation.

 

La situation des personnels dont le contrat ne sera pas renouvelé est également à prendre en compte. L’Etat n’a pas respecté ses obligations de formation pour favoriser le maintien dans l’emploi tel que le prévoit le Contrat Unique d’Insertion. Le SNUipp, le SE, le SGEN et Educ’Action ont alerté le gouvernement. Le Premier Ministre ne peut recevoir ces syndicats en raison « des contraintes d'un emploi du temps très chargé ».
Les ministres de l'Education Nationale et du Travail n'ont pas répondu à leur courrier. « Nous considérons, à ce jour, qu'ils font peu de cas de la situation de ces personnels dont la précarité est le lot quotidien », déclarent ces organisations syndicales.

Dans le Nord, Marc Gosselin, directeur de cabinet du recteur de Lille, accepte de recevoir le SGEN-CFDT et déclare : « Dès le mois de mars, en comité technique paritaire, nous avons annoncé que les assistants d'éducation, qui résultaient de la première mise en place des emplois jeunes, n'avaient plus de légitimité et de raison d'être dans le 1er degré où de nouvelles politiques d'accompagnement sont menées par les enseignants ». Il confirme que les 300 assistants d'éducation « seront redéployés dans le second degré. Mais on ne connaît pas encore le contingent global ».
Le directeur de cabinet ajoute que « 887 contrats uniques d'insertion » seront affectés au 1er degré, avec une priorité donnée à la prise en charge du handicap « et, potentiellement, à l'aide administrative au directeur d'école ». Au final, « il n'y a pas de perdants », assure Marc Gosselin.

Pas de perdants à en croire le directeur de cabinet du recteur… Si l'on excepte certains directeurs d’école qui pourraient se retrouver avec trois postes en moins dans leur établissement à la prochaine rentrée : plus d’EVS pour l’aide administrative, plus d’assistant d’éducation pour animer les salles informatiques ou les bibliothèques et plus d’ASEH pour le suivi d’enfants handicapés. Sans doute, considère-t-il que le travail d’un directeur d’école ne nécessite pas ce luxe qui lui était généreusement octroyé pour l’aider dans sa mission administrative…

 

L’exaspération des directeurs d’école est à son comble. Ici ou là, certains réclament à leurs syndicats plus de pugnacité et de volonté pour défendre leur cause. D’autres suggèrent à leurs représentants syndicaux de mettre en place une grève administrative via le boycott d’Internet : réponses aux mails, Base élèves, Affelnet, remontées des évaluations ou diverses enquêtes aussi inutiles que chronophages…

Quelques-uns prennent même l’initiative de lancer une pétition sur le Net. C’est le cas dans l’Académie de Lille où « des directeurs inquiets », tels qu’ils se baptisent, ont pris l’initiative de faire circuler un texte auprès de l’ensemble des directeurs de l’académie et de l’envoyer aux parlementaires du département (députés et sénateurs).

Nous reproduisons, ci-dessous, leur courrier :

 

« Monsieur,

Nous souhaitons porter à votre connaissance, par la présente, les décisions suivantes prises par le gouvernement :

Les contrats des assistants d’éducation vont subir prochainement un avenant les contraignant de quitter nos écoles élémentaires pour être redéployés dans les collèges et les lycées.

De ce fait, nos élèves vont se trouver dans des situations plus que difficiles à la rentrée prochaine. En effet, ces personnes font partie intégrante des équipes éducatives, à savoir :

ü  Fonctionnement des classes pupitres et informatiques par la prise en charge d’élèves,

ü  Bon fonctionnement de la maintenance en informatique,

ü  Initiation et renforcement sur les compétences du B2i et des « TICE »,

ü  Assistance des enseignants pour la prise en charge de groupes d’élèves en difficulté ou non au sein de nos classes ainsi qu’en EPS.

ü  Aide dans les recherches et la gestion des bibliothèques et centres documentaires auxquels les élèves ont besoin d’accéder.

 

Les contrats aidés (aides administratives aux directeurs d’école) sont également en danger : A cette heure, nous ignorons toujours si les directeurs pourront continuer à assumer leur charge administrative toujours grandissante sans ces aides devenues précieuses et indispensables.

Nous vous demandons votre soutien dans nos démarches de façon à continuer notre mission éducative pour l’intérêt général.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de notre considération la plus distinguée.

 

Des directeurs inquiets pour l’avenir de leur école »

 

A noter le supplément EVS-AE au FSC 355 du SNUipp (juin 2011) dont l’un des articles est ainsi titré : « Depuis 2005, le SNUipp-FSU avec les EVS ». Hélas, le SNUipp en fait trop dans sa démonstration de soutien des EVS. A tel point, qu’il se trompe de date sur leur création…

« Les emplois de vie scolaire sont arrivés dans les écoles en 2005 dans le cadre de l'application du protocole sur la direction d'école. Prévus pour apporter une aide administrative à la direction d'école, les EVS, quelle que soit la nature de leur contrat (CAE ou Avenir), ont aussi progressivement été affectés à des missions d'accompagnement d'élèves en situation de handicap ».

Rappelons que le protocole date de mai 2006 et que le SNUipp y était totalement hostile. Et que ce n’est que plus tard que le SNUipp se rangea aux côtés des EVS. Comme il le dit dans le paragraphe suivant : « Dès 2008, le SNUipp était aux cotés des EVS pour réclamer le droit pour chacun d'eux d'aller au terme possible de leurs contrats, alors que le ministère envisageait déjà de pratiquer un turn-over sur les postes existants.

La situation devenant de plus en plus criante en 2009, le SNUipp est à l'initiative d'une pétition intersyndicale collectant environ 60 000 signatures pour réclamer une solution pour chacun… »

 

Bref ! A vouloir trop prouver…

 

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 22:04

 

A un an de l’élection présidentielle, il ne fait mystère pour personne que Nicolas Sarkozy va se représenter aux suffrages des citoyens pour un second mandat. Ses conseillers, ses soutiens, son parti sont entrés dans une phase active : celle de valoriser l’action des 4 premières années du quinquennat.

Les adversaires politiques du Président s’efforcent, eux aussi, à comparer les réalisations et les promesses du candidat de 2007. Opération pas toujours facile à réaliser car l’UMP supprime discrètement les sites de propositions 2007 affichées sur Internet.

Dans le domaine de l’éducation, et plus particulièrement celui de l’école, le ministre Luc Chatel s’évertue à magnifier le travail effectué depuis 2007. Sur toutes les antennes des médias, il justifie, explique, glorifie les réformes qui ont jalonné ces quatre années. Hélas, faute de journalistes spécialisés au fait des réalités du terrain, il ne se trouve que très rarement de contradicteurs sur son chemin…

 

Le remplacement des enseignants absents

 

Le ministre répète à l’envi que « 96,2 % des absences d’enseignants sont remplacées ». Qui relève que ce taux ne correspond pas à la réalité ? Aucun journaliste ne semble savoir que dans le secondaire les absences de moins de 15 jours ne sont pas remplacées et que la situation est critique dans le primaire, tant le manque de remplaçants est criant du fait des suppressions de postes qui ont d’abord touché les enseignants sans classe. Pourtant, la grogne des parents d’élèves ne cesse de croître comme en témoignent les associations de parents dans l’Essonne, le Rhône et de nombreux autres départements ou la saisine de la Halde en Seine-Saint-Denis… Faute de contradicteur, le ministre peut continuer de tenir son discours dans tous les médias…

 

Le budget de l’Education nationale

 

« Depuis 1980, le budget moyen par élève a augmenté de 80% assène Luc Chatel avant d’ajouter que « le Parlement a voté cette année le budget le plus important qui n’ait jamais été voté : 65 milliards d’euros

Certes, la dépense moyenne par élève (salaires des personnels, fonctionnement des écoles, transports scolaires, manuels, ...) est passée, en primaire, de 2 920 euros en 1980 à 5 620 euros en 2008, en euros constants. Effet garanti auprès de l’opinion !

En effet, la date de référence (1980) n’est pas choisie au hasard. Elle permet d’englober la revalorisation du métier d’enseignant entreprise en 1989 par Lionel Jospin en alignant les professeurs des écoles sur les certifiés du secondaire. Ce qui a induit une hausse importante de la masse salariale dans le primaire. D’autres mesures ont également eu un impact financier important (réduction du temps de service en lycée professionnel ou du nombre d’élèves par classe).

Là encore, peu de contradicteurs dans les médias pour rappeler au ministre que la dépense publique consacrée à l’éducation est passée de 6,5% du PIB en 1997 à 6 % en 2007 (rapport de l’OCDE : « Regards sur l’Education »).

Personne encore, ou presque, pour interroger le ministre sur la récente étude (décembre 2010) du  Centre d’analyse stratégique, un organisme rattaché au Premier ministre. On y découvre, en effet, que le taux d’encadrement des élèves du primaire en France est « un des plus faibles des pays de l’OCDE » avec « 5 enseignants pour 100 élèves ». Loin derrière le Portugal, la Grèce ou l’Espagne mais aussi la Suède, la Belgique ou l’Autriche, pays dans le nombre d’enseignant pour 100 élèves oscille entre 6 et 10.

Des chiffres qui confirment les constats établis en mai dernier par la Cour des comptes qui parlait d’une sous dotation de 15 % pour l’école primaire, de 5 % pour l’école maternelle par rapport aux pays comparables.

 

Les suppressions de postes

 

Rarement interrogé sur les comparaisons avec les autres pays de l’OCDE, Luc Chatel n’hésite pas à en remettre une couche pour justifier les suppressions de postes. Ainsi, l’entend-on souvent déclarer qu’ « en septembre 2011, il y aura 35.000 professeurs de plus qu’au début des années 1990, alors que l’on compte 500.000 élèves de moins.».

Une fois encore, il nous faut déplorer la faiblesse médiatique qui accepte pour argent comptant les allégations du ministre qui peut ainsi montrer que les suppressions de postes sont indolores et sans conséquences néfastes pour le fonctionnement de l’école.

Simplement le ministre omet-il de rappeler que cet accroissement d’enseignants au cours des 20 dernières années s’explique notamment par l’allongement de la scolarité moyenne des élèves (nouvelles filières dans les lycées), l’amélioration du fonctionnement de l’école souhaité par le législateur (intervenants en langue, en informatique, décharges de directeurs de 4 classes,  allègement des effectifs d’élèves par classe …).

Poursuivre les suppressions de postes, c’est revenir sur ces améliorations et créer de mauvaises conditions de fonctionnement de l’école. C’est « donner l’impression qu’on en aurait trop fait », souligne Guy Barbier, Secrétaire national du SE-Unsa. Et, comme le constate Sébastien Sihr, Secrétaire général du SNUipp-FSU « le système a montré ses faiblesses : 20% des élèves en difficulté en fin de CM2, des élèves qui décrochent… Au lieu de fermer des classes comme aujourd’hui, il faut au contraire relancer l’investissement dans le primaire. »

 

Plus extravagante encore, dans la surenchère aux suppressions de postes, la déclaration de Georges Tron, Secrétaire d’Etat à la Fonction Publique qui affirme qu’il y a encore de la marge puisque « 18 000 professeurs dans le secteur primaire ne sont pas directement en relation d’enseignement avec les enfants ».


Intervention surprenante car elle succède à une autre déclaration du même Georges Tron qui estimait, quelques jours plus tôt, dans un entretien à Libération que la politique de réduction des effectifs de la fonction publique devrait être suspendue après la présidentielle. « Je pense que la règle intangible de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne devrait pas se poursuivre après 2012 ». Et d’ajouter que
le « un sur deux » avait atteint ses limites notamment dans l’Education nationale…

Probablement, le Secrétaire d’Etat a-t-il été rappelé à l’ordre pour affirmer le contraire quelques jours plus tard. Son ministre de tutelle, François Baroin, ministre du Budget, n’avait d’ailleurs pas tardé à le démentir publiquement : « «Il n’y aura pas de changement de ligne. Le principe du "un sur deux" vaudra jusqu’en 2013, il n’y aura pas de modification de la loi.»

 

Néanmoins, la « sortie médiatique » de Georges Tron a été perçue comme « la provocation de trop » pour les syndicats qui s’interrogent sur les intentions gouvernementales. En effet, d’où Georges Tron tient-il ce chiffre jamais entendu dans les sphères ministérielles ?

Fait-il allusion aux membres des RASED dont l’effectif a considérablement été réduit ces dernières années du fait de la mise en place de l’aide personnalisée, elle-même induite par la suppression des cours le samedi ?

Songe-t-il aux 2500 conseillers pédagogiques attachés aux circonscriptions et qui accompagnent les débutants privés de formation par la récente réforme ou aux 7000 maîtres formateurs qui, eux, n’ont qu’une journée de décharge de cours par semaine ?

Pense-t-il aux titulaires remplaçants dont l’effectif a fondu comme neige au soleil et qui ne sont plus en nombre suffisant pour remplacer les enseignants absents ?

Estime-t-il superflues les décharges syndicales estimées à environ 300 en primaire pour l’ensemble des syndicats, selon Sébastien Sihr et Christian Chevalier ?

Ou, juge-t-il inutiles les décharges attribuées aux directeurs d’école pourtant considérées comme nettement insuffisantes par l’ensemble des acteurs de l’Education nationale ?

 

Comme le souligne Luc Cédelle, journaliste au quotidien « Le Monde », « le chiffre de 18 000 avancé par M. Tron n’est donc pour l’instant - le ministère de l’Education nationale ne l’ayant pas du tout confirmé - plus un chiffre fantôme qu’un nombre d’enseignants fantômes. A moins qu’il ne s’agisse - c’est une pure spéculation, mais certains la trouveront tentante - de « lâcher » un chiffre dans la sphère médiatique à la seule fin d’y habituer les consciences et d’observer, dans une habile répartition des rôles entre ministres, les réactions qu’il produit… ou pas. »

 

A ce titre, le « baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy » établi par l’Institut Thomas More est intéressant car il permet le suivi exact de l’ensemble des mesures annoncées par le Président de la République et le gouvernement.

Dans le domaine de l’Education, le bilan est plutôt jugé négativement par ce « think tank » d’opinion qui attribue « une mauvaise note pour un chantier pourtant majeur, qui sanctionne une grande lenteur à engager les réformes promises.

Après quatre ans, à peine 20% des mesures sont réalisées et près de 40% sont aujourd'hui en retard ou abandonnées. C'est le prix à payer d'une politique d'effets d'annonce : l'éducation est l'un des trois thèmes qui en compte le plus (117 contre 60 en moyenne)...

 

Détail de la note globale 6/20

Efficacité de l'action (coef 3) 3,96/20

Mise en oeuvre des réformes (coef 2) 6,98/20 

Cohérence de l'action (coef 1) 9,43/20 »

 

Bref, à écouter les différentes interventions de ministres s’efforçant de justifier l’injustifiable, on comprend mieux l’intérêt des amis du Président de faire disparaître rapidement les promesses du candidat en 2007...

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 00:06

-> suite...

 

 

Qu’on évoque la création d’EPEP (cf article précédent), qu’on aborde les problèmes spécifiques liés au fonctionnement de l’école primaire ou encore la mise en place de l’école du socle commun, la question centrale et cruciale reste celle du statut de l’école et de son directeur.

 

Toutes les études ou enquêtes, tous les rapports, commandités par l’institution ou réalisés par une administration externe, mettent clairement l’accent sur l’impérieuse nécessité de modifier le statut de l’école primaire et de doter son directeur d’un statut en adéquation avec la transformation de sa fonction en un véritable métier.

 

Or, malgré les multiples recommandations qui s’amoncellent rue de Grenelle, le ministère ne bouge pas d’un iota et maintient sa position attentiste sur l’épineux problème du statut de l’école et de son directeur. Longtemps, les différents ministres se sont retranchés derrière le sempiternel prétexte du « refus des syndicats enseignants ». Refus bien réel mais faux prétexte.

Chacun sait que le ministère ne craint plus les organisations syndicales tant il connaît leur faiblesse et le faible impact de leurs éventuelles réactions pour mettre à mal la « paix sociale » en ces temps de crise.


Pour diverses raisons, les gouvernements successifs sont les principaux responsables du mauvais fonctionnement de l’école primaire et de ses piètres résultats.

L’éducation n’est plus la priorité des priorités malgré le budget du Ministère qui représente le premier poste du budget de l’Etat (21% en 2010).

La création d’établissements publics coûterait cher aux collectivités territoriales par le biais d’un transfert de compétences. Les élus locaux n’en veulent pas sachant que le transfert de compétences ne s’accompagne pas toujours, loin s’en faut, d’un transfert de finances.

La création d’un statut de directeur, pourtant souhaité par les politiques, aurait un coût important (aide administrative, décharges supplémentaires, relèvement indemnitaire…) incompatible avec le budget de l’Etat en cette période de vaches maigres, nous dit-on.

Bref, le courage politique n’est pas au rendez-vous.

 

Côté syndicats, lorsqu’on évoque le statut de l’école et de son directeur, même si la plupart des principales centrales y sont opposées, c’est d’abord le SNUipp-FSU qui est sur la sellette. Essentiellement parce qu’il est le plus important syndicat enseignant du premier degré et qu’il a la position la plus tranchée sur le sujet.

Selon ce syndicat, la désaffection pour la fonction s’explique par le décalage entre les conditions d’exercice et ce qui est mis à disposition des directeurs (rémunération, moyens, réussite sociale…).

 

Ce qui sous-tend les revendications de cette organisation syndicale :

-       Temps supplémentaire de décharge

-       Reconnaissance du conseil des maîtres comme instance de décision

-       Création d’emplois administratifs stables

-       Redéfinition et allègement des tâches

-       Revalorisation de la rémunération

-       Amélioration de la formation

-       Temps de concertation inclus sur le temps de service

 

Il faut d’ailleurs noter que le SNUipp a longtemps considéré la direction d’école non comme un métier mais comme une fonction appartenant au métier d’enseignant. Sur ce dernier point, une évolution est intervenue récemment : « Nous savons qu’être directeur, c’est avoir de nombreuses responsabilités, c’est gérer des relations avec la mairie et avec des partenaires extérieurs de plus en plus nombreux. En cela, on peut parler de métier », souligne Sébastien Sihr.

De crainte, sans doute, qu’on ne lui fasse remarquer que la reconnaissance du métier doit s’accompagner d’un statut, le secrétaire général du SNUipp s’empresse d’ajouter : « En revanche, nous avons toujours dit que nous étions opposés à une structure hiérarchique dans les écoles du premier degré. Le directeur ne peut pas être un supérieur, mais quelqu’un qui organise, qui pilote, en étant intégré à la vie de l’école. Nous ne pensons pas que créer un statut répondrait aux difficultés liées à ce métier. »

C’est globalement ce qu’exprime également le SNPI-FSU (Syndicat National des Personnels d’Inspection) qui « souhaite que les directeurs d'école soient clairement reconnus pour la valeur de leurs missions fonctionnelles. Si le décret de 1989 doit être actualisé pour que les missions et compétences des directeurs soient clarifiées, il n'est pas besoin de créer un corps de directeurs des écoles ni de donner aux directeurs d'école un pouvoir disciplinaire ou d'évaluation sur les enseignants de leur école. En revanche, deux dispositions doivent être développées prioritairement. D'une part, augmenter le temps de décharge et doter chaque directeur d'école d'un assistant administratif à temps partiel ou complet pour le seconder. D'autre part, respecter le temps nécessaire à une vraie formation initiale et instaurer une formation continue permanente pour la direction d'école. »


Pourquoi ce syndicat d’inspecteurs met-il en parallèle la création d’un corps de directeurs et le pouvoir disciplinaire ou d’évaluation ? Sur le premier point, l’allégation mériterait, pour le moins, d’être explicitée. Ses adhérents considèrent-ils que l’existence d’un corps de directeurs d’école leur serait préjudiciable ? Y voient-ils un risque d’affaiblissement des pouvoirs de l’IEN sur les enseignants du premier degré ?

Le second point (pouvoir disciplinaire) semble davantage là pour jouer un rôle d’épouvantail et de repoussoir de la première mesure évoquée. Faut-il rappeler que personne n’a jamais réclamé ni ne réclame qu’un pouvoir disciplinaire soit attribué aux directeurs d’école ?

 

Lors de son congrès de Nevers, en 2007, le SNUipp a rappelé les raisons qui le font s’opposer à l’instauration d’un statut. Ce serait « un mauvais coup porté à l’unité de la profession enseignante du premier degré en éloignant le directeur de ses adjoints sans apporter de réelles améliorations à la direction et au fonctionnement de l’école ainsi qu’à la réussite de tous les élèves ».

Là encore, l’explication est un peu courte et peut d’autant plus être assimilée à une position idéologique que pédagogique que le SNUipp refuse catégoriquement d’aborder le sujet autrement que sous la forme d’allégations régulièrement assénées par ses représentants.

S’il entend les appels des psychologues scolaires, des conseillers pédagogiques, des EVS…, force est de constater qu’une surdité sélective l’empêche d’entendre celui des directeurs d’école.

 

Refusant de reconnaître les résultats de l’enquête Ifop de 2006 commanditée par le GDID qui montrait le souhait d’un statut par 93% des directeurs, sourd à l’appel à la discussion lancé par le même GDID, le SNUipp pourra-t-il longtemps encore ignorer les directeurs d’école et leur volonté toujours et massivement réaffirmée d’être reconnus, soutenus et aidés par un statut digne du métier qu’ils exercent en ce début de XXIème siècle ?

Une absence d’écoute et un refus de défense des directeurs de plus en plus ressentis comme une forme de mépris que les directeurs d’école ne supporteront pas indéfiniment…

 

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 18:49

 

Le 26 janvier dernier, AEF et Educ-info ont organisé une journée de réflexion sur les moyens de l’école avec pour objectif de tenter de répondre à cette question : « Quelles conséquences les 57 000 suppressions de postes (depuis 2007) ont-elles sur la qualité du système éducatif ? »

 

Luc Chatel y a expliqué que « la contrainte budgétaire actuelle doit permettre d'ouvrir les yeux et de changer de regard et d’esprit » et rappelé que  « depuis vingt-cinq ans dans l'Éducation nationale et quel que soit le gouvernement, la principale politique a consisté à ajouter des moyens aux moyens. ». Comment passer du « toujours plus » au « toujours mieux » ?

« La tension sur les moyens est une contrainte nouvelle qui s’impose sur le long terme », a reconnu pour sa part Claude Thélot, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, rappelant, en référence à l’enquête PISA qu’en terme de résultats, « notre système dérive doucement » et que cet « affaissement est grave. » Estimant qu’« il y a une certaine fécondité dans la contrainte », cet ancien directeur de l’évaluation et de la prospective au ministère de l’Education nationale a proposé de « mieux typer les priorités », c’est à dire « éviter de diminuer les moyens à l’aveugle ».

Pour Claude Thélot, « la liaison entre les moyens et la réussite est faible, pas nulle mais faible ». Aussi, suggère-t-il de ne pas faire de dépenses nouvelles sans contrepartie. « Il n’est pas normal d’augmenter le salaire des enseignants sans contrepartie ».


Eric Maurin, économiste de l’éducation à l’EHESS rappel
le qu’« il ne faut pas croire que donner plus de moyens sur telle ou telle action éducative ne donne rien. Il y a des rendements de l’éducation qui se mesurent ». Analyse partagée par Thierry Cadart, secrétaire générale du Sgen-CFDT : « L'affaiblissement des résultats du système éducatif est très important. Pourquoi s'interdirait-on de faire le lien entre une baisse des résultats et une baisse des moyens ? »

Pour Eric Maurin, la taille des classes compte, mais il ne faut pas que la baisse soit marginale. « Pour que les performances des élèves s’améliorent, il ne suffit pas de faire passer leur nombre de 23 à 22 avec des professeurs inexpérimentés, mais il faut passer de 23 à 17 en gardant les mêmes profs. »

Ainsi, l’étude menée en 2004 par Thomas Piketty (directeur d’études à l’EHESS et chroniqueur à Libération) trouve des améliorations sensibles de résultats dans le primaire lorsqu’on passe, par exemple, de 22 élèves à 17.


Certes, comme nous le répète le ministre, beaucoup de moyens ont été accordés à l’Education nationale sans que les résultats soient à la hauteur des dépenses de la nation. Il est exact que les dépenses d’éducation ont augmenté au rythme de 5% par an entre 1987 et 1993, contre 1 à 2% jusqu’alors. Mais, Eric Maurin le rappelle, « c’est l’époque où l’on crée les bacs professionnels, double les places en section de technicien supérieur (STS) et en institut universitaire de technologie (IUT), où l’on achève la mise en place du collège unique. » Pour lui, cet investissement n’est pas inutile. « C’est un investissement qui a de super rendements pour la collectivité. Des emplois mieux rémunérés génèrent plus d’impôts, moins de chômage, et donc moins de dépenses sociales. Chaque fois que l’on a fait l’effort d’augmenter d’un an la formation d’une classe d’âge, on génère un surcroît de ressources pour la société qui va bien au-delà de ce que coûte l’investissement initial. Ne pas investir, c’est renoncer à ce bénéfice. »


Pour Jean-Michel Blanquer, directeur général de l'enseignement scolaire (DGESCO),
il faut mettre des moyens sur trois facteurs de réussite : des « professeurs formés et heureux », un « pilotage offert aux chefs d'établissement » et « un climat scolaire correct ».

La formation des enseignants ? Une catastrophe dénoncée par tous les acteurs du système éducatif. Le président de la république, lui-même, lors de ses vœux le 19 janvier 2011, a appelé « à la réouverture du chantier de la formation des enseignants. » Un chantier conçu exclusivement par une approche des coûts financiers. Pour Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l’IUFM de Créteil, “Il y a tous les ingrédients d’une crise majeure d’accès au métier enseignant”, ce que l’on a commencé à voir avec les chiffres des inscriptions aux concours.

Dans des académies comme Clermont, Lille ou Montpellier, où le rectorat n’a pas choisi de ventiler les journées de stages sur l’année mais de les « masser » sur deux ou trois semaines, certains chefs d’établissement refusent de laisser partir les profs stagiaires, faute d’avoir quelqu’un pour les remplacer.

Ce manque de moyens de remplacement commence à créer de fortes tensions également dans le primaire. En Seine-Saint-Denis, 20 écoles sur les 28 que compte la ville d'Epinay-sur-Seine sont occupées par des parents d'élèves en colère. Devraient s'y ajouter 14 écoles de Saint-Ouen et quelques autres réparties dans quatre autres villes du département.

Un rapport secret établi en octobre 2008 par le cabinet d'audit Roland Berger du temps où Xavier Darcos était ministre de l'éducation nationale, intitulé "Etude sur le dispositif de remplacement et de suppléance des enseignants du premier degré", explique les dessous du remplacement. Un inspecteur y confie comment "en période de pic, on a une gestion politique du dossier. On gère en priorité les écoles où les élus et les parents d'élève sont remuants. Une fois la crise passée, on démonte le cirque et on replante le chapiteau ailleurs", alors qu'un autre ajoute "notre priorité, c'est plutôt l'élémentaire par rapport à la maternelle".

La situation de la Seine-Saint-Denis n’aurait qu’un aspect conjoncturel, selon l’IA. Hors le pic de la grippe, le taux de remplacement serait de l’ordre de 97% si l’on excepte les absences imprévues... Ne nous y trompons pas : cette situation catastrophique se retrouve dans toutes les académies. Elle a été aggravée par les suppressions massives de postes de remplaçants opérées prioritairement dans ce secteur car c’est là que la ponction était la plus indolore et la moins visible… Dans de nombreux départements, la comptabilité des absences non remplacées tenue par les fédérations de parents d’élèves et les syndicats l’atteste.


Le moral des enseignants ne cesse de baisser comme le confirment toutes les enquêtes les plus récentes. Le pilotage des établissements ne fait pas l’objet d’une véritable réforme de fond. Qu’il s’agisse de l’école qui doit « être enfin dotée du pilotage de proximité dont elle a un besoin impérieux pour retrouver son efficacité » (lettre du GDID à Nicolas Sarkozy) ou des collèges et lycées soumis au régime des primes accordées aux chefs d’établissement. Or, cette prime de fonction et de résultats risque de rendre le « climat scolaire » un peu plus pesant encore. Ainsi, dans une tribune relayée par le site EducPros.fr, les signataires membres des instances d’Éducation & Devenir la qualifient de “décision imbécile”. “Imbécile parce que décider d’attribuer une prime sans fixer au préalable les critères de son attribution, c’est courir le risque d’en faire une « prime de servilité » ” écrivent-ils. Et ils enfoncent le clou en insistant : “Imbécile parce qu’elle prétend renforcer l’autorité du chef d’établissement alors qu’elle l’affaiblit puisqu’elle isole le chef d’établissement des personnels en ouvrant la voie du soupçon.

Autre dommage collatéral de la réduction des moyens : l’aide administrative aux directeurs d’école. Pour des raisons budgétaires, le ministère de L’Education Nationale voulait supprimer de façon considérable l’aide administrative à la direction d’école.

Après sa reconduction à la tête du ministère de l’Education Nationale et suite à nos nombreuses interventions, Luc CHATEL a soutenu un amendement au Sénat permettant de reconduire ce dispositif. Hélas, sitôt voté, le financement de 20 millions d’euros est affecté prioritairement aux missions d’accompagnement des élèves en situation de handicap. Au détriment des directeurs… L’art de déshabiller Pierre pour habiller Paul, à défaut de faire mieux avec moins…

 

« Des réformes ont été mises en œuvre, puis démises… Des rapports ont été écrits et transmis au ministre (juin 2010 rapport de l’institut Montaigne, septembre 2010 rapport du député REISS, octobre 2010 rapports M. Attali…pour ne citer que les derniers). Et malgré cela, aucune amélioration n’est venue soulager le quotidien des directrices et directeurs d’école. Pire, on nous supprime le peu d’aide que les EVS pouvaient nous apporter, on nous conteste le bonus pour accéder à la hors-classe et, alors que rien ne le justifie (puisque cela ne concerne que 15 à 20% des élèves) et que notre manque de temps est de notoriété publique, on impose aux directeurs, surchargés de travail, un face à face devant les élèves pour l’Aide personnalisée… » écrit le GDID dans une lettre ouverte au Président de la République.

L’aide personnalisée… Un artifice pédagogique pour masquer une réalité comptable liée au dogme de la suppression d’un fonctionnaire sur deux admis à la retraite. On se souvient de l’analyse faite en septembre 2008, par Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation Nationale. Au journaliste qui exprimait sa perplexité : « Comment ces 2 heures d’aide personnalisée peuvent-elles entrainer des suppressions de postes ? », il avait répondu qu’avec ce dispositif, le ministère pourrait dire que l’enseignant apporte lui-même toute l’aide dont l’enfant en difficulté scolaire a besoin et qu’il rend désormais inutile l’intervention de personnels extérieurs à la classe, comme ceux des RASED. Et de conclure tout logiquement que l’institution de l’aide personnalisée visait en fait à réaliser une économie massive de postes.

Même la PEEP, association de parents d’élèves, considérée comme proche des conceptions du pouvoir, "constate qu’une majorité de ses élus, sur tout le territoire, est inquiète par la dégradation des conditions d’accueil et d’enseignement des élèves au sein de notre service public d’éducation". Elle demande à ses élus dans les C.A. d'établissement et les autres instances de l'éducation nationale de manifester leur désaccord. "La PEEP n’approuve pas la simple logique comptable de l’Etat  qui ne s’accompagne pas d’une refonte profonde et nécessaire de notre système éducatif".


La grogne se fait de plus en plus entendre.
Les proviseurs et les principaux ont été appelés par leurs principaux syndicats (le SNPDEN-Unsa, Indépendance et direction et le Sgen-CFDT) à boycotter la réunion programmée par la rectrice de Lille sur la réforme du lycée. Avec 806 postes en moins pour 1 700 élèves en plus à la rentrée, l’académie de Lille est l’une des plus touchées. En conséquence, les syndicats estiment que les moyens ne permettront pas de mettre en place la réforme du lycée, ni de renforcer le collège. Le 17 janvier déjà, à Rennes, les chefs d’établissement avaient dénoncé des «choix budgétaires contraires à l’intérêt du service public».

 

"Les suppressions de postes dans l'Education nationale ne nuisent en rien au système éducatif" ou encore "La quantité n'est pas la réponse aux problèmes du système éducatif"… On ne compte plus les petites phrases de Luc Chatel, qualifiées de « bonnes blagues » par certains syndicalistes. De « bonnes blagues » qui ne font sourire ni les enseignants, ni les parents d’élèves…

 

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 17:10

 

Le 31 janvier, Bernard Toulemonde, Inspecteur général honoraire de l’Education nationale était l’invité d’Emmanuel Davindenkoff au micro de France Info. Le thème de cette interview : l’Education nationale passe de l’administration au management.

Il nous a semblé intéressant de retranscrire, en entier, cette interview au cours de laquelle Bernard Toulemonde a retracé les différentes étapes qui ont conduit à la réforme progressive des ressources humaines de la rue de Grenelle. Propos également intéressants car l’ex-IGEN donne sa vision du « bon chef d’établissement » tout en reconnaissant que c’est « un colosse aux pieds d’argile » ou encore que « le roi est nu ». (pour écouter cette interview, cliquer ICI)

 

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« E.D. - Bernard Toulemonde, vous êtes Inspecteur général honoraire et surtout vous êtes un des meilleur spécialistes de l’administration de l’Education nationale à moins qu’il faille dire management aujourd’hui ?

B.T. - Lentement mais sûrement, oui, effectivement, on est en train de passer d’une administration classique à une administration de management de l’Education et la date de début, en gros, c’est 1987 quand le ministre a créé la Direction de l’Evaluation et de la Prospective (DEP) et le mouvement s’accélère.

Il s’accélère pour trois raisons : La première, c’est la compétition internationale. On sait que l’éducation joue un grand rôle dans la compétition internationale et donc l’Europe fixe des objectifs aussi aux systèmes éducatifs.

C’est aussi les consommateurs d’école, les usagers aujourd’hui ; ils exigent des résultats.

E.D. - En clair, nous… enfin, les parents, les citoyens…

B.T.  - Et même les enseignants pour leurs propres enfants et enfin, c’est la raréfaction des moyens publics. C’est un point très important : faire moins… euh… faire mieux en tout cas avec moins ou en tout cas avec autant.

Et donc, on constate depuis 1987 qu’en réalité on a eu trois phases : Dans la première phase, on s’est intéressé aux élèves, c'est-à-dire qu’on a évalué les élèves.

E.D. - C’est le moment où on voit fleurir les palmarès des lycées et autres qui viennent des chiffres des ministères…

B.T. - Voilà. Et ça, c’est le risque effectivement qu’il n’y ait qu’un palmarès mais l’Education nationale a cherché justement à sortir du palmarès et à faire des évaluations des élèves sur des enquêtes très, très précises, très pédagogiques et donner aux enseignants les moyens d’évaluer les forces et les faiblesses de leurs élèves.

Dans un deuxième temps, on s’est intéressé aux établissements, aux académies et même à l’Education nationale en général. C'est-à-dire qu’on a fait des évaluations des établissements scolaires. L’Inspection générale a fait des évaluations des établissements scolaires, des académies et puis la Direction de l’Evaluation et de la Prospective a sorti tous les documents sur l’état de l’école. C’est un livre qui est bien connu sur la géographie de l’école…

Et depuis 2005, on est rentré dans une troisième phase. Cette fois on s’intéresse aux personnels et on a ajouté un petit mot : Evaluation et Performance.

E.D. La Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP)

B.T. - …et de la Performance.

E.D. – Il fallait bien en faire quelque chose un jour. Alors on en fait quelque chose avec, entre autres, ces primes pour les chefs d’établissement. La fameuse prime, les 6000 € tous les trois ans, annoncée par Luc Chatel à ce même micro, il y a quelques jours. Qu’est-ce que ça a de nouveau ?

B.T. – Oh, ça a… c’est nouveau très partiellement. Pourquoi ? Parce que les chefs d’établissement, aujourd’hui, heureusement, les proviseurs et les principaux de collège, ils ont un régime indemnitaire relativement important. C’est vrai que beaucoup d’entre eux se donnent beaucoup à leur tâche et le régime indemnitaire, en gros, par an, c’est de 4000 à 7000 € pour les chefs et pour les adjoints de 3,5 à 6000 € par an. Et alors…

E.D. – Le régime indemnitaire, c’est la prime en langage courant.

B.T. – Oui, c’est toutes les primes de… responsabilité, de ceci, de cela… qu’ont les chefs d’établissement. Et l’idée, au fond, du ministre c’est d’ajouter une prime de performance, cette fois. Prime de performance qui serait de 6000 € sur 3 ans, c'est-à-dire de 2000 € par an.

Alors, en réalité, à ce moment-là, ça s’appelle les PFR, c'est-à-dire les primes de fonction et de résultats ; ça, l’ensemble de la fonction publique, aujourd’hui, tous les fonctionnaires sont soumis à ce nouveau régime de primes qui s’appelle la prime de fonction et de résultats.

E.D. – Question : pour les chefs d’établissement, un des critères qui sera pris en considération, Luc Chatel l’a dit, ce sont les résultats des élèves. Les enseignants n’y sont pas pour rien dans les résultats de leurs élèves or un chef d’établissement n’a aucun pouvoir managérial, puisqu’on emploie ce terme, sur les enseignants. Le roi est nu.

B.T. Absolument. Le roi est nu et je dis que c’est un colosse aux pieds d’argile. C'est-à-dire qu’il est comme un PDG dans son établissement mais en réalité il n’a pas autorité sur l’essentiel de son établissement, c'est-à-dire les enseignants. Alors, dire que c’est par rapport aux résultats de ses élèves, non, franchement. D’ailleurs les chefs d’établissement ne sont pas d’accord sur ce point-là et ne peuvent pas garantir ça.

Qu’est-ce qu’un bon chef d’établissement ? Au fond, est-ce celui qui est docile par rapport aux ordres qu’il va recevoir ?

E.D. – Ce qui est une des craintes des syndicats enseignants qui ont même parlé de servilité.

B.T. – Tout à fait. Est-ce que c’est celui dont on n’entend pas parler parce qu’il achète la paix sociale dans son établissement ? Celui-là, il ne dit rien, il ne demande rien à personne. Il se débrouille dans son petit coin.

Ou bien, le bon chef d’établissement, c’est celui qui mouille sa chemise, qui mobilise ses personnels et il n’a que sa force de conviction ? Il n’a d’autre pouvoir que sa force de conviction. Est-ce que c’est celui-là le bon chef d’établissement ? Eh bien, moi, je crois que c’est ça.

E.D. Faire reposer une politique publique sur la seule force de conviction, c’est quand même peut-être un peu léger… Est-ce qu’un jour on va aller vers le salaire au mérite des enseignants ? Parce que c’est aussi la crainte qu’il y a derrière. Parce que si on parle performance des chefs d’établissement et des établissements, à un moment, on parle de performance des enseignants…

B.T. – Absolument. Mais déjà aujourd’hui, les enseignants l’oublient et ne le disent pas, ils avancent. Et leur avancement aujourd’hui, il est soit au grand chois, soit au choix, soit à l’ancienneté.

E.D. – Ils n’avancent pas tous de la même manière…

B.T. – Ils n’avancent pas tous de la même manière. Leur salaire n’est pas le même en fonction de leur notation car c’est ça l’essentiel, c’est la note. Aujourd’hui, ce système de notation des enseignants des enseignants est archaïque. Tout le monde est d’accord là-dessus, simplement, les syndicats ne veulent pas de système avec l’évaluation au mérite. Mais je pense qu’il faut trouver un autre système de gestion des ressources humaines.

E.D. – Peut-être qu’on vous retrouvera un jour pour parler de performances des enseignants… »

 

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Les directeurs d’école peuvent à maintes reprises s’approprier les propos de Bernard Toulemonde notamment lorsqu’il justifie le régime indemnitaire des chefs d’établissement en déclarant : « C’est vrai que beaucoup d’entre eux se donnent beaucoup à leur tâche ». Ou encore lorsqu’il décrit les qualités du « bon chef d’établissement ». Là aussi, plus encore que les personnels cités par l’ex-IGEN, le directeur d’école « mouille sa chemise » et a besoin d’une « force de conviction »  hors du commun pour mobiliser son équipe et faire tourner son établissement. Car lui, sans statut, ne peut compter que sur sa seule « force de conviction »… et rien d’autre. Pas même les primes. Et comme le dit très justement Emmanuel Davidenkoff, « faire reposer une politique publique sur la seule force de conviction, c’est quand même peut-être un peu léger… ».

Quand le ministre et les syndicats enseignants le comprendront-ils enfin ?

 

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