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Le statut de directeur d'école dans les projets présidentiels de 2012

 

Certains candidats ou partis évoquent le statut de l'école et de son directeur.

Qu'en disent-ils ?

 

Marine Le Pen
UMP
UMP & PS

Philippe Poutou 

 

La synthèse et les résultats de la consultation IFOP - GDID sont disponibles sur le site de l'Ifop à l'adresse suivante (cliquer sur le panneau ci-dessous) :

 

 

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 17:10

 

En l’espace de quelques jours, le Café pédagogique et le SE-Unsa lancent des enquêtes dans le monde éducatif avec l’objectif louable de faire du lobbying auprès des candidats. Ces deux initiatives sont bonnes mais sont-elles nécessaires ? Et surtout, pour être force de propositions, sont-elles exemplaires et exemptes de reproches ?

Dans ces colonnes, nous avons souvent été très critiques à l’égard des enquêtes réalisées par le SNUipp pour ne pas faire preuve de la même exigence pour celles provenant d’horizons divers.


Sondage réalisé par le Café pédagogique

Pour de multiples raisons, l’honnêteté nous impose de refuser de cautionner une telle enquête même si elle nous livre certains résultats qui peuvent nous faire plaisir : ainsi, la confortable majorité favorable à la création d’un statut pour les directeurs d’école, le refus du maintien de l’aide personnalisée en l’état pour 89% des enseignants, la suppression des évaluations nationales pour74% ou encore lorsque 94% s'opposent aux suppressions des Rased...  


Le Café nous apprend que « l'objectif du sondage était de confronter les enseignants et les cadres du système éducatif aux multiples propositions des candidats à l'élection présidentielle. » Pour lancer ce sondage, le Café s’appuyait sur les propositions de candidats dont il présentait le programme en matière d’éducation : François Hollande, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly. Or, aucun de ces candidats ne fait allusion à la création d’un statut de directeur d’école ! Pourtant, cette question se retrouve dans le questionnaire sans même que son résultat ne fasse l’objet du moindre commentaire dans l’analyse finale…

Mais c’est surtout sur la méthodologie employée que nous sommes le plus critiques, comme nous l’avons été autrefois pour le SNUipp. Une méthodologie inacceptable qui prive cette enquête de toute crédibilité.

 

Que nous dit le Café ?

«Quel échantillon ? Nous avions prévu d'arrêter le sondage au premier millier de réponses complètes et validées ce qui a été atteint en moins de 48 heures avec 1050 réponses. N'ont pu se prononcer sur Internet que des lecteurs authentifiés sur le site du Café pédagogique, chacun ne pouvant se prononcer qu'une seule fois. »

 

Imaginons un instant qu’un institut de sondage choisisse son panel de cette façon… Que dirait-on ? On sait bien que les « lecteurs authentifiés » sont parmi les plus militants et que ce sont les plus militants parmi les militants qui visitent les sites Internet les premiers.

Ce n’est en rien scientifique. D’ailleurs, le café pédagogique en est conscient puisqu’il se pose la question et ressent le besoin de se justifier.

« L'échantillon est-il représentatif ? Ces 1050 personnes comprennent 81% d'enseignants, 9% de personnels de direction et 10% de cadres, formateurs etc. 36% enseignent dans le primaire, 29% en collège, 19% en lycée, 6% en L.P. On retrouve dans les réponses un éventail politique assez ouvert et des choix pédagogiques variés (par exemple 15% pour la revalorisation Sarkozy et 23% pour l'orientation précoce, ce qui tend à valider la qualité de l'échantillon).»

Suffit-il de retrouver « un éventail politique assez ouvert et des choix pédagogiques variés » dans les réponses à un sondage pour considérer que le résultat « tend à valider la qualité de l'échantillon » ?

 

Et l’on pourrait s’interroger sur les curieuses annonces du Café qui écrit :

Le 13 mars  « En moins de 24 heures, vous êtes déjà 530 à avoir participé au sondage. Les réponses de cette première journée montrent des choix déterminés et nuancés. »,

Le 14 mars « En 24 heures, vous êtes déjà plus de 1100 à avoir participé au sondage » et incite les lecteurs à continuer de participer au vote : « Participez au sondage, il ne vous reste plus que quelques heures ! » et publie les résultats en indiquant :

« Nous avions prévu d'arrêter le sondage au premier millier de réponses complètes et validées ce qui a été atteint en moins de 48 heures avec 1050 réponses »… Comprenne qui pourra !

 

Les professionnels des sondages et les journalistes spécialisés ou habitués à décortiquer les enquêtes d’opinion doivent hurler de rire… ou s’arracher les cheveux. Un tel procédé ne peut que discréditer toutes les enquêtes et sondages réalisés sur le Net.

 

Sondage du SE-Unsa

La méthodologie, pour contestable qu’elle soit, pourrait être considérée avec beaucoup de bienveillance comme « acceptable » dans la mesure où la cible visée est clairement identifiée : les directeurs d’école. Mais, hélas, rien ne peut nous assurer que seuls les directeurs d’école seront en capacité de répondre aux questions posées. En ce sens, ce sondage n’offre pas plus de garanties que le dernier réalisé par le SNUipp. Mais là n’est pas le principal reproche que nous lui ferons.

 

D’abord, et c’est regrettable, aucune question ne concerne clairement la création d’un statut de directeur d’école quand on sait que 93% des directeurs s’y sont déclarés favorables en 2006, dans le seul sondage digne de ce nom, effectué par un institut professionnel, l’Ifop, pour le compte du GDID. Surprenant que le SE-Unsa n’interroge pas les collègues sur la première de leurs revendications.

 

Ensuite et surtout, ce sondage est parfaitement inutile. A-t-on besoin d’une énième enquête pour évaluer la charge des missions du directeur d’école ? Ne connaît-on pas les difficultés des directeurs pour mener de front l’ensemble des missions et la conduite de leur classe ?

Est-il nécessaire de demander encore et toujours aux directeurs s’ils sont d’accord pour une « revalorisation significative de leur fonction », pour « faire évoluer la structure administrative de l’école » afin de « clarifier les responsabilités et les prises de décisions », pour demander « une meilleure formation », pour réclamer « une amélioration de toutes les décharges » ?

 

Enfin, de qui se moque le SE-Unsa ? Les armoires du ministère débordent de rapports et enquêtes en tous genres qui décrivent les difficultés des directeurs d’école et fournissent des pistes pour y remédier. Tout a été dit, écrit et répété sur le sujet depuis des années. Tous les candidats à la présidentielle le savent. Et s’ils l’avaient oublié, l’administration centrale et les représentants des enseignants seraient là pour le leur rappeler.

Les syndicats d’enseignants sont naturellement dépositaires de tous ces rapports. Leurs représentants ne les auraient-ils pas lus ? N’auraient-ils jamais entendu les récriminations de la base ? Ignorent-ils à ce point le malaise de la direction d’école ? N’ont-ils jamais été interpellés par le GDID ?

Le SE-Unsa a-t-il réellement besoin de ce sondage pour alerter les candidats ou le futur président ? Si tel est le cas, les directeurs ont tout lieu d’être inquiets sur la capacité d’écoute de ce syndicat qui, depuis 2006, n’aurait rien vu, rien entendu… Nous ne saurions alors trop lui conseiller de s’activer pour faire pression sur les candidats s’il veut plaider la cause des directeurs d’école ; le premier tour de l’élection présidentielle approche à grands pas…

 

Son action risque d’autant plus de s’avérer difficile que l’école ne réussit toujours pas à s’imposer comme thème majeur de la campagne présidentielle…

Drôle de campagne présidentielle, d’ailleurs, dans laquelle aucun thème ne parvient à s’imposer. Chaque jour apporte son lot de mesures décousues qui se juxtaposent sans former un véritable projet.

Et nous ne pouvons être qu’en désaccord avec le Café pédagogique qui écrit : « C'est sans doute une caractéristique de cette campagne 2012. A quelques semaines du premier tour des présidentielles, l’éducation est bien au cœur du débat politique. »

Certes, chaque candidat a mis en avant ses propositions pour l’école comme il a parlé... du nucléaire, de l’Europe, de la dette, de la sécurité, de l’immigration, de la proportionnelle, des impôts, des riches, des classes moyennes, des artisans, des PME…etc. Tout cela est important mais où est la cohérence d’un grand dessein présidentiel ?

Ainsi, apprend-on que, lors de leur examen de passage devant la FCPE le 17 mars, Eva Joly se dit favorable à la création de « 20 000 recrutements dans l’éducation nationale », François Hollande annonce « plusieurs mesures pour l'éducation, comme une modification des rythmes et de la carte scolaires, un décret accordant des droits aux représentants des parents d'élèves et une loi d'orientation une journée scolaire plus courte" allant de pair avec un raccourcissement des temps de vacances, Jean-Luc Mélenchon fait un tabac même si « sur le fond, il n'a pourtant pas brillé par sa clarté », selon Libération…

 

Bref, tout cela ressemble davantage au catalogue de La Redoute qu’à un véritable projet de gouvernement…

Entre le sondage sans valeur du Café pédagogique, celui inutile du SE-Unsa et une campagne présidentielle qui ne manifeste pas un grand intérêt pour l’éducation, les enseignants et usagers de l’école ne peuvent qu’être frustrés…

Quant aux directeurs d’école, leur sort se situe à des années-lumière du centre des préoccupations électorales… Devront-ils attendre 2017 ?


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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 13:53

 

 

Mais que certaines phrases sont difficiles à prononcer ! Rappelons-nous la façon dont le candidat Nicolas Sarkozy a bafouillé pour exprimer que si c’était à refaire, il ne retournerait plus fêter sa victoire au Fouquet’s… « Je… je… je ne… ne… je ne re… re… ». C’était pathétique. Chacun a pu apprécier la sincérité de ses regrets…

Récemment, lors de son discours sur l’éducation, le candidat Nicolas Sarkozy a fait mieux encore, puisqu’il a carrément oublié un paragraphe de son discours concernant l’arrêt du « un sur deux » en primaire. Probablement a-t-il craint qu’on ne lui ressorte l’enregistrement un peu plus tard, comme c’est le cas pour les innombrables promesses de 2007 oubliées depuis.

Aussi, Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole du candidat, a-t-elle été chargée de réparer cet oubli dès la fin du meeting de Montpellier et de préciser que cette règle s’appliquerait à partir de la rentrée de septembre 2013. Précision utile si l’on se rappelle que la même promesse faite en juin 2011 valait pour la rentrée de 2012. « nous sanctuariserons l'école primaire pour qu'à la rentrée 2012, le nombre de fermetures de classes n'excède pas le nombre d'ouvertures ».

Hélas, c’est loin d’être le cas comme le stipulent les organisations syndicales. Ainsi, pour Christian Chevalier (SE-Unsa) qui précise que sur 91 départements où l'inspection académique a annoncé ses décisions, ce sont 1582 classes qui devraient disparaître à la rentrée. De son coté, le 1er mars, s'appuyant cette fois sur 95 départements, le SNUipp évalue les fermetures à 1407 classes. Pourtant, dans « Le Journal du Dimanche » du 3 mars, Luc Chatel écarte ces chiffres et déclare. "La carte scolaire n’est pas à ce jour figée. Je vous garantis qu’à la rentrée 2012 il y aura le même nombre de classes qu’à la rentrée 2011, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure". Qui croire ?

Aussi, cette fois, NKM nous assure que, s’il est réélu, Nicolas Sarkozy tiendra sa promesse. « On est arrivé à un niveau dans lequel ce serait difficile de poursuivre les économies. Et par ailleurs, l'enjeu maintenant sur la maternelle et le primaire, c'est la formation des enseignants. Et il propose de donner plus de formation à ces enseignants qui parfois n'en ont pas toujours beaucoup reçu (...) Notamment en leur permettant d'acquérir une spécialité », a encore justifié Nathalie Kosciusko-Morizet.

Effectivement, il semble difficile d’aller plus loin dans la suppression de postes à l’école primaire ; les RASED sont réduits à la portion congrue, les remplacements ne peuvent plus être assurés, les moins de 3 ans ont quasiment disparu de l’école maternelle, les postes d’intervenants en langue n’existent plus… « Cela est possible car nous recrutons aujourd'hui des professeurs des écoles capables d'enseigner les langues vivantes à leurs élèves. Nous avons donc pu redimensionner le volume des effectifs d'assistants de langue », selon LUC CHATEL.

Ce n’est pas l’avis de l’APLV (Association des Professeurs de Langues Vivantes) qui manifeste son inquiétude : « le manque de compétences en langues de la plupart des professeurs des écoles ne permet pas d'assurer un enseignement de qualité pour tous ».

Quant à la formation, seul Luc Chatel continue d’affirmer qu’elle existe. D’ailleurs le candidat Nicolas Sarkozy s’est bien gardé de l’évoquer dans son discours sur l’éducation à Montpellier. Sans doute considère-t-il que parce qu’il a élevé le niveau de qualification jusqu’au master, il a réglé le problème de la formation professionnelle.

 

En réalité, les seules véritables annonces faites dans son discours sur l’éducation concernent le fonctionnement des établissements du second degré. Avec toujours l’objectif, non pas d’améliorer le système éducatif mais de réaliser des économies budgétaires. « Il faut réfléchir à des moyens de limiter le nombre d’enseignants. Il pourrait y avoir, en 6ème et 5ème, deux professeurs généraux, l’un enseignant les humanités (français, histoire, géographie), et l’autre les sciences, sans compter les professeurs de langues, d’EPS et d’arts plastiques ». Autre source d’économies, la modification du statut des professeurs, comme l’a indiqué le candidat Sarkozy lors de l’émission « des paroles et des actes » le 6 mars. Les professeurs de collège ont 18 heures d’obligation de service devant les élèves. L’objectif serait de les aligner sur les professeurs des écoles astreints à 26 heures. Il est donc prévu de les faire travailler 3 heures de plus devant les élèves pour parvenir à 21 heures de cours et d’assurer, ensuite, une présence supplémentaire de 5 heures dans l’établissement. Les professeurs volontaires recevront une rémunération supplémentaire de 500 € par mois, ce qui fait dire à Jean-Luc Mélenchon : « Ça met l'heure de travail autour du SMIC ».

Ce qui permet également au candidat Nicolas Sarkozy d’affirmer qu’il revalorise financièrement les enseignants. Naturellement, aucune mesure n’est prévue pour ceux du primaire qui, eux, pourtant assurent déjà 26 heures de cours…

 

Comme nous le disions plus haut, rien sur l’école primaire lors du meeting consacré à l’éducation. Tout simplement parce que, comme le dit l’entourage de Nicolas Sarkozy, « depuis 2007, beaucoup a été fait » et d’expliquer que « la réforme de l’école primaire est sans doute notre acquis le plus incontestable. Elle a permis de recentrer les programmes sur les fondamentaux et a instauré deux heures par semaine d’aide individualisée pour les élèves en difficulté. Cette aide bénéficie à 26% des élèves de primaire. Dans l’école de l’éducation prioritaire, ce chiffre atteint 33%. »

Ainsi, dit-on encore, « la réforme de l’école primaire a été recentrée sur les fondamentaux : le nombre d’élèves en difficulté en français en CE1 a ainsi baissé de 20% en quelques années ».

« Les évaluations-bilan en CE1 et CM2 montrent déjà de réels signes de progrès. L’échec scolaire recule :


en français, en CE1, il y a 20% d’élèves en difficulté en moins par rapport à 2009, année d’entrée en vigueur de la réforme. Le nombre de très bons élèves a progressé de 7,5%.


en mathématiques, en CM2, il y a 14% d’élèves en difficulté en moins.


dans les écoles relevant de l’éducation prioritaire, la part des élèves les plus faibles a diminué, passant de 32% en 2003 à 23% en 2009. »

 

Une amélioration spectaculaire des résultats qui arrive à point nommé et qui fait doucement sourire les enseignants… eux qui savent que l’aide personnalisée est le plus souvent inefficace car placée lors de la pause méridienne ou le soir lorsque les élèves en difficulté sont saturés par une longue journée de travail et que la fiabilité des évaluations de CE1 et CM2 est pour le moins très contestée.

 

Rien non plus sur les rythmes scolaires même si l’on reconnaît, dans l’entourage du candidat, « que la semaine des 4 jours, pour laquelle ont opté la majorité des écoles, n’est pas optimale pour les enfants. Il aurait fallu que l’Etat encourage davantage l’adoption de la semaine de 4,5 jours. »

 

Quant au fonctionnement de l’école… Tout au plus, répète-t-on, discrètement, dans l’entourage du candidat : « Il faut aussi améliorer le pilotage des écoles, qu’il faudrait enfin doter d’un vrai chef. » Aucun engagement, aucune discussion en cours, aucun texte en préparation… Rien. A tel point que pour répondre aux critiques faisant suite au flop du discours du candidat UMP sur l’éducation, Jean-François Copé a laissé entendre que le candidat « aurait peut-être l’occasion de revenir sur le sujet avant la fin de la campagne ».

 

Autant dire que le statut de reconnaissance que réclament et attendent les directeurs d’école n’est pas à l’ordre du jour et n’est pas la priorité du candidat Nicolas Sarkozy… comme il ne l’est pas non plus pour son principal concurrent François Hollande…

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 21:27

                                       

Les candidatures se précisent. Les candidats rôdent leurs discours, avancent leurs idées. Les thèmes sont abordés les uns après les autres. Bref, les électeurs en savent chaque jour un peu plus et peuvent se forger leur opinion.

Tous les candidats se sont exprimés sur les problèmes de l’éducation. Chacun a indiqué sa vision de l’école. A environ deux mois du premier tour, les directeurs d’école pressentent que la reconnaissance statutaire qu’ils attendent depuis si longtemps est le cadet des soucis des présidentiables.


Dans son interview du 11 février au Figaro magazine, le candidat Nicolas Sarkozy déclarait : « Nous n'avons pas été au bout de la réforme de l'Éducation nationale. Les enfants ont changé, mais l'école pas assez. […] Il va falloir augmenter fortement la présence des adultes dans l'école. Considérer que la classe est le lieu de l'enseignement, et l'école celui de l'éducation. J'aurai l'occasion de faire des propositions sur le sujet ».

Pour lui, « augmenter fortement la présence des adultes dans l’école » ne signifie pas augmenter le nombre d’enseignants. D’ailleurs, il précise « Arrêtons de raisonner en termes d'effectifs : ceux-ci ont augmenté de 34 000 ces vingt dernières années alors que, dans le même temps, le nombre des élèves diminuait de 540 000 ». Il s’agit, à ses yeux, de modifier le statut des enseignants pour les contraindre à passer plus de temps dans l’établissement.

Suite logique à la proposition émanant de certains membres de l’UMP qui considèrent que le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux ne rapporte pas assez au budget de l’Etat. Le « 1 sur 2 » de la RGPP n’est pas d'un assez bon rapport. Ils proposent d’aller plus loin et de ne pas remplacer 2 fonctionnaires sur 3…


La suite de l’interview est également intéressante. Le candidat-président y évoque la nécessaire revalorisation de la fonction d’enseignant… Que ne l’a-t-il fait avant ? « L'un des enjeux sera de revaloriser fortement la fonction d'enseignant, d'améliorer leur formation et de réfléchir à leur mission ainsi qu'à leurs conditions de travail. L'idée selon laquelle ils devaient être moins payés parce que l'école était fermée cinq mois de l'année est une idée d'un autre âge. Ce sera l'un des chantiers les plus importants. Il faudra faire preuve d'imagination. On ne peut pas s'en tenir aux archaïsmes alors que nous sommes entrés depuis douze ans dans le XXIe siècle. »

On ne peut que lui donner raison d’améliorer la formation des enseignants… détruite par ses propres ministres de l’Education nationale. Refaire ce que l’on a défait… ou l’éternel recommencement…

Faut-il encore et toujours réfléchir à leur mission ? Les armoires du ministère débordent de notes, dossiers et rapports en tous genres sur le sujet…

Quant à la revalorisation financière… admirons cette façon d’apparaître comme le rempart face à ceux qui émettraient « l'idée selon laquelle ils devaient être moins payés parce que l'école était fermée cinq mois de l'année ». Qui sont-ils donc ces affreux réactionnaires qui pensent qu’il faudrait moins payer les enseignants ? Qui a gelé le point d’indice de la fonction publique ? Qui est responsable de la baisse des salaires nets au 1er janvier 2012 ?

Décidément, il va en faire des choses, Nicolas Sarkozy quand il sera président…


Côté challenger, François Hollande
a prononcé un grand discours sur l'Ecole et la Nation, à Orléans le 9 février. Dans un texte ne comprenant pas moins de 9162 mots, pas une seule fois l’on retrouve le mot « directeur » ni l’expression « statut du directeur d’école » ! Fallait-il d’ailleurs l’attendre du candidat socialiste ? Ses conseillers pour l’éducation avaient très clairement balayé le sujet. Bruno Julliard ne s’en cache pas : « Pour être très direct, je ne crois pas que la question du pouvoir ou de l’augmentation du pouvoir des directeurs d’école, encore moins la création d’un établissement public d’enseignement autonome soient une priorité. D’abord parce que c’est coûteux, ensuite parce qu’on a probablement d’autres chantiers prioritaires qui vont mobiliser et de l’engagement politique et de l’engagement économique. »


Fin janvier, le Font de Gauche a fait connaître ses « 12 propositions pour l’école de l’égalité ». On y trouve des mesures généreuses et une ambition réelle pour l’école : un plan de lutte contre les inégalités, la défense et la transformation de l’école maternelle, la refonte des programmes, la mise en place d’une réelle formation, l’augmentation du budget consacré à l’éducation, le rétablissement de tous les postes supprimés depuis 2007 et même la création d’un statut… de représentant de parent d’élève.

Un statut de représentant de parent d’élève… Cette mesure est-elle prioritaire par rapport à un statut de directeur d’école ? Le directeur sera-t-il donc le dernier dans l’école à ne pas avoir de statut ?

Comment s’en étonner lorsqu’on voit que le premier des 12 membres du groupe « le Front de Gauche pour l’Education » n’est autre que Gérard Aschiéri… Un nom bien connu des directeurs d’école.

En février 2010, Gérard Aschiéri achève son 3ème mandat de Secrétaire général de la FSU. Il est alors remplacé par Bernadette Groison.

Dans son numéro daté du 31 janvier 2010, « Libération » concluait ainsi le portrait de Gérard Aschiéri : « Il n’a ‘’pas de projet précis ’’ pour l’après-congrès, sinon ‘’ l’envie d’écrire autour des questions d’éducation et de syndicalisme’’ »

S’il n’avait pas de projet précis, il s’est rapidement trouvé une occupation puisqu’il a été nommé au Conseil Economique, Social et Environnemental, organisme qui ne sert plus à rien sinon à « recaser » certains personnages de la vie politique, économique et sociale. Bon salaire (4000 € brut) et belle retraite mise en cause par la Cour des Comptes.


Si du côté des candidats à l’élection présidentielle, on le voit, les directeurs d’école n’ont rien à espérer durant le prochain quinquennat, peuvent-ils au moins s’appuyer sur les forces syndicales ?

Depuis fin 2011, les syndicats enseignants semblent accuser le coup de la faible mobilisation et de la perte d’influence enregistrée lors des dernières élections professionnelles. La volonté affichée d’améliorer le sort des directeurs d’école par une meilleure reconnaissance de leur « fonction » n’a pas disparu mais peu nombreux sont ceux qui y croient encore.


Fidèle à sa stratégie habituelle, le SNUipp continue de s’entourer d’experts pour alimenter sa « réflexion sans tabou sur la direction et le fonctionnement de l’école ».

Le dernier « expert » en date n’est autre que Claude Lelièvre, historien de l’Education, fidèle soutien et conseiller de Martine Aubry lors des primaires socialistes pour désigner le candidat du PS à l’élection présidentielle. Décidément, on tourne en rond.

On tourne en rond, certes… Mais pas très rond car cet historien de l’éducation, professeur émérite d'histoire de l'éducation à la Faculté des sciences humaines et sociales Paris V-Sorbonne, agrégé de philosophie, connaît davantage l’histoire de la direction d’école que le métier de directeur d’école.


Le verbatim de son interview est édifiant !

« Il faut savoir que le primaire en France a un rapport tout à fait particulier à la direction d’école puisque ce sont des collègues et pairs parmi les pairs qui sont censés diriger, plutôt animer que diriger, et leur charge est de plus en plus importante. Donc, la question qui se pose c’est certainement moins une question de changement de statut, c'est-à-dire qu’ils soient d’un autre corps que celui dans lequel ils sont parce que les enseignants tiennent beaucoup à ce qu’ils soient des collègues parmi les collègues.

C’est la tradition du primaire en France. C’est pas vrai dans bon nombre d’autres pays. C’est pas vrai dans le secondaire. Mais en revanche, il y a un manque de reconnaissance de leurs difficultés, de leur temps de travail… euh… des difficultés qu’ils ont à effectuer certaines tâches parce qu’elles sont multipliées, parce qu’il y a de nouveaux outils qui les pourchassent par mails et donc, là, il faut peut-être faire émerger l’idée d’un métier, d’une reconfiguration du métier, d’une pleine reconnaissance de ce métier et pas tellement la reconnaissance d’un autre statut, d’un autre corps parmi d’autres corps…

Au départ, au fond, le directeur était considéré comme un chef, un p’tit chef. D’ailleurs, à l’origine on disait, on dit encore mais pas dans le même sens, il y avait un directeur et des adjoints. Au fond, le directeur était considéré comme le titulaire qui s’adjoignait des suppléants et qui avait autorité et c’est seulement en 1908 qu’il y a eu une sorte de contrepouvoir organisé avec la création du conseil des maîtres pour qu’il y ait un contrepouvoir collectif au pouvoir du directeur sur le plan pédagogique. Donc, de ce point de vue là, on peut dire que c’est un acquis de l’évolution du corps mais que, au départ, c’était un p’tit chef. Mais personne ne veut le retour des p’tits chefs. Je ne pense pas non plus que les directeurs veulent être des petits chefs… »


« C’est la tradition du primaire en France ». Tout est dit. La marionnette de Philippe Lucas, dans les guignols de Canal+, ajouterait sans doute : « c’est comme ça, pis c’est tout ! »…

Pas le moindre début de commencement de réflexion sur l’évolution du métier de directeur et de ses nouvelles responsabilités au sein de l’école du XXIème siècle.


Souhaitons au candidat du PS de ne pas trop s’appuyer sur des conseillers empreints d’un tel conservatisme car l’école de la République risquerait de se retrouver bien vite au niveau de celle de 1908.

Edifiant, attristant et affligeant…

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 11:34

 

Il n’est pas un jour sans que les candidats ne soient interpellés par des groupes de citoyens, divers syndicats ou lobbies déclarés ou non.

Ainsi, a-t-on pu lire ces derniers temps à la « Une » des quotidiens :

« L'emploi : un thème primordial en ces temps de campagne présidentielle »

« La campagne présidentielle 2012 est sous le signe de l'Economie avec un grand E »

« L'Education s'invite dans la campagne pour l'élection présidentielle »

« Le logement est en train de devenir, avec le chômage, l'un des principaux thèmes de la campagne présidentielle »

« La FCPE interpelle les candidats à la présidentielle » …etc.

 

Bref, chaque jour apporte son nouveau thème de campagne sitôt oublié et remplacé le lendemain par un autre tout aussi important.

Bien qu’ils s’en défendent, les candidats ont les yeux rivés sur les sondages et autres enquêtes d’opinion. Ils adaptent, en permanence, leurs discours aux préoccupations de leurs électeurs.

 

Quelles sont donc les préoccupations des Français ? Le dernier baromètre réalisé du 6 au 9 janvier par l’institut TNS Sofres nous les livre :

 

1)     Le chômage et l'emploi 74%

2)     L'évolution du pouvoir d'achat  57%

3)     La santé et la qualité des soins 50%

4)     Le financement des retraites     43%

5)     L'école et la qualité de l'enseignement  41%

 

Ce baromètre nous indique que l’école, en recul de 4 points par rapport à Novembre 2011, n’arrive qu’en 5ème position loin derrière le chômage et l’emploi.

La conjoncture économique actuelle, l’annonce de la récession et du taux de croissance révisé à la baisse… laissent à penser que l’école restera une préoccupation de moins en moins importante aux yeux des Français.

Certes, le monde enseignant essaie d’interroger les candidats et de faire de l’Education une priorité. La FCPE les invite à en débattre le 17 mars. Toutes ces tentatives restent vaines pour l’instant. Les principaux candidats ne veulent d’ailleurs pas s’engager sur des mesures précises.

 

Le président candidat officieux poursuivra la RGPP et son corollaire de mesures de destruction d’un emploi sur deux de fonctionnaires partant à la retraite. Dans le projet présenté par l’UMP, aucune proposition ne concerne les directeurs d’école.

 

On connaît les grandes lignes du projet de François Hollande. Dans la proposition 38, il affirme qu’il mettra l’accent d’abord sur les écoles primaires et maternelles “car c’est là que les premières difficultés se manifestent et que l’échec scolaire se forme ainsi que sur les zones en difficulté. Il annonce également qu’il reverra les rythmes scolaires “qui n’ont aucun équivalent en Europe”. On y trouve évidemment des éléments quantitatifs comme la promesse maintenue de création de 60 000 postes (qui couvriront tous les métiers) dans l’éducation en 5 ans.

François Hollande se garde bien de parler du statut ou des missions des enseignants parmi ses engagements. Dans le quotidien « Le Monde », en novembre dernier, Vincent Peillon, le « monsieur éducation » du PS déclarait : "Il faut une revalorisation matérielle et morale du métier d'enseignant. Mais en même temps, il faudra faire évoluer la définition du métier, de ses tâches, de ses obligations, des services". En clair, cela signifie que les profs devront travailler plus pour gagner plus ! Vincent Peillon préfère dire « travailler mieux et différemment »…

 

Samedi 4 février, le président du MoDem, présentait son programme pour l’éducation. François Bayrou connaît bien la grande maison de la rue de Grenelle puisqu’il y a exercé les fonctions ministérielles à trois reprises. En 1993, nommé ministre de l'Éducation nationale dans le gouvernement d'Édouard Balladur, il propose une réforme de la loi Falloux, qui aurait déplafonné la possibilité, pour les collectivités locales, de subventionner les investissements des établissements d’enseignement privé. Le 24 janvier 1994, près d'un million de manifestants s'en prennent à ce projet, pour défendre l'école laïque. Après des débuts difficiles il fut raillé pour son immobilisme. Roger Fauroux, qu'il avait chargé de présider une commission sur la réforme de l'école était néanmoins critique, déclarant que François Bayrou gouvernait « avec le sondoscope en bandoulière »

 

Lors de la présentation de son projet, le candidat Bayrou rappelle à son concurrent PS qui veut créer 60 000 postes que "tout le monde le sait, sauf ceux qui consciemment ont décidé de tromper les Français, la France doit sortir du surendettement qui l'asphyxie, si elle veut préserver son modèle social et de services publics."

Il maintiendra « les moyens existants ». La question des moyens « n’est pas la question clé ». Il promet ainsi de mettre fin au non remplacement d’un enseignant sur deux partant à la retraite.

 

RGPP d’un côté, surendettement de l’autre… 60 000 emplois créés par l’un, qualifiés de tromperie par l’autre…  Bref, pas vraiment un débat… Pas vraiment de quoi faire rêver les enseignants...

 

Et encore moins les directeurs d’école pour lesquels aucune mesure n’est annoncée si ce n’est la proposition n°8 de François Bayrou qui, si elle était appliquée, les concernerait au premier chef :

 

8- Arrêter avec les surcharges administratives, la multiplication de réunions, l’avalanche des livrets de compétences. À l’école, comme dans tous les autres secteurs d’activité, la surcharge paperassière étouffe, asphyxie, et ne sert à rien. Idem avec les circulaires de toute nature !

 

Propos pleins de bon sens, évidemment, mais qui ne suffiront pas à satisfaire les directeurs d’école en quête d’une véritable reconnaissance statutaire.

En conclusion de notre article du 21 novembre 2011, nous écrivions que l’UMP et le PS s’accordent sur un point essentiel : l’impossibilité de doter le directeur d’école d’un véritable statut, l’un comme l’autre au nom des priorités budgétaires.

Nous citions alors Bruno Julliard : « Pour être très direct, je ne crois pas que la question du pouvoir ou de l’augmentation du pouvoir des directeurs d’école, encore moins la création d’un établissement public d’enseignement autonome soient une priorité. D’abord parce que c’est coûteux, ensuite parce qu’on a probablement d’autres chantiers prioritaires qui vont mobiliser et de l’engagement politique et de l’engagement économique. »

 

Nous savons aujourd’hui que François Bayrou rejoint Nicolas Sarkozy et François Hollande sur un point : l’absence d’intérêt pour les directeurs d’école. Ceux-ci apprécieront…

D’autant que demain, on oubliera l’éducation pour parler dette publique, CAC 40, taux d’intérêts, chômage, croissance, euro, agences de notation…etc., etc.

 

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 18:00

L’année 2011 se termine. Pour les directeurs d’école, elle restera une année comme les autres, sans aucune avancée concrète. Certes, des soutiens sont venus leur rappeler leur rôle irremplaçable à la tête des écoles, leur dire qu’ils méritaient une vraie reconnaissance et même un statut.

Paroles rassurantes, paroles encourageantes mais paroles… verbales. Paroles, paroles, paroles…

En cette fin d’année, les directeurs d’école sont plus que jamais découragés du manque de reconnaissance que leur manifestent les responsables politiques. Certains baissent les bras et rendent leur tablier. D’autres essaient de faire modestement leur travail. Mais la plupart ont cessé de croire aux promesses électoralistes des politiciens qui se succèdent au pouvoir depuis 30 ans…

A quelques jours de la nouvelle année, il nous a semblé important de pousser quelques coups de gueule face au déferlement de scandales et d’injustices qui touchent l’Education nationale au moment où l’on nous demande de toujours faire plus d’efforts sans contrepartie, où l’on réduit le pouvoir d’achat et que se dégradent encore et toujours les conditions de travail des directeurs d’école.

Le statut en or d’un directeur pas comme les autres… 

On connaissait les bonus des banquiers et des traders, les rémunérations exorbitantes, les stock-options et les parachutes dorés des dirigeants du CAC 40... Le site d'informations Mediapart nous révèle que les dirigeants de Sciences-Po Paris touchent aussi des super bonus.

On apprend ainsi que les primes des cadres dirigeants de la prestigieuse école de la rue Saint-Guillaume atteignent plusieurs centaines de milliers d’euros par an et qu’elles sont attribuées en toute opacité par le directeur de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, Richard Descoings.

Richard Descoings toucherait un salaire d’environ 25.000 € par mois. Une rémunération inhabituelle dans l’enseignement supérieur puisqu’elle représente 5 fois celle d’un président d’université qui touche entre 4.500 et 6.000 euros par mois environ.

A ce salaire de chef d’entreprise, s’ajoute une prime de résultat qui peut aller jusqu’à 30% de la rémunération annuelle brute globale de chacun des directeurs. Or, il faut savoir que si cette école est de plus en plus financée par les droits d’inscription qui ne cessent d’augmenter depuis quinze ans (jusqu’à 9 300 € par an pour le collège universitaire, et 13 000 € pour le master, sur l’année 2011-2012) et le mécénat d’entreprises, la rue Saint-Guillaume reste majoritairement abondée par l’Etat. En 2010, 57% de son budget provenait de subventions publiques !

 

A-t-on entendu Luc Chatel dénoncer ces super bonus de celui qui fut, un temps, annoncé comme possible ministre de l’Education nationale ?

 

A-t-on vu Abel Mestre, du quotidien « Le Monde », s’étrangler devant ce fonctionnement ultra libéral de l’équipe de direction de cette école, lui qui pourfendait la proposition d’accorder un statut d’établissement à l’école primaire ? Rappelons ce que ce journaliste, peu au fait des questions d’éducation, se permettait d’écrire début octobre : « En ce qui concerne l'école primaire, un nouvel établissement public serait créé et doté de la personnalité juridique. Il aurait une "autonomie administrative et financière", avec à sa tête un directeur "manager" qui impulserait "le projet pédagogique" de l'école. Une mesure qui entre en contradiction avec la ligne "républicaine" et étatiste développée par ailleurs par Mme Le Pen, puisqu'untel statut reviendrait de fait à avoir des écoles plus riches que d'autres et entre dans une vision très libérale – au sens économique – de l'école. »

Les 20 milliards de l’UMP pour l’école… 


A l’approche de la présidentielle, tous les candidats jouent la carte de l’école. Après avoir taclé les 60 000 recrutements promis par François Hollande, Jean-François Copé annonce « 20 milliards de dépenses nouvelles dans l’Education au sens large » dans un projet pensé « pour protéger et préparer l'avenir des enfants de France ». Ces 20 milliards incluent ainsi « la revalorisation des salaires des enseignants du primaire et du secondaire » notamment « la revalorisation des salaires des enseignants s'impliquant davantage dans le suivi personnalisé des élèves », le « développement de l'apprentissage » ou encore « l'ouverture de nouvelles places en crèche et en jardin d'éveil ».

Alors que le gouvernement a décidé de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, que les salaires sont gelés, que des postes sont supprimés dans tous les domaines rendant les conditions de travail de plus en plus difficiles, voilà qu’on nous annonce que demain on rase gratis…

« Cela n'engage pas notre candidat, mais gageons qu'un certain nombre de nos propositions vont l'intéresser », admet Jean-François Copé. On ne pourra pas dire qu’on n’avait pas été prévenus…

Le ministère accélère l'annonce des suppressions de postes d'enseignants…

 


A quelques heures du début des vacances scolaires de Noël, vendredi 16 décembre, le ministère a présenté aux organisations syndicales la répartition par académie des suppressions de postes dans l'éducation nationale pour la rentrée 2012 alors que son budget n'a pas encore été définitivement adopté par le Parlement.

 

D'ordinaire, cette annonce intervient fin décembre, début janvier. Mais l'élection présidentielle approche. "Il faut dégager le terrain pour la campagne", soutient Christian Chevalier, secrétaire général du syndicat SE-UNSA. Un terrain miné par la suppression de 14 000 postes en 2012 (dont 5 700 dans le premier degré et 6 550 dans le secondaire), qui viennent s'ajouter aux 66 000 suppressions intervenues depuis 2007.

 

En janvier 2011, l'annonce de la répartition des emplois supprimés sur le territoire avait déclenché, tout au long du premier semestre, une vague de protestations de la part des élus locaux, des parents d'élèves, des enseignants. La communauté éducative disait alors que le « mammouth » était « à l'os », qu'il ne pourrait pas supporter une nouvelle « cure d'amaigrissement ».

 

Luc Chatel soutient le contraire. « On peut continuer à ne pas remplacer une partie des départs en retraite », a-t-il déclaré fin novembre, lors d'un séminaire consacré à la RGPP, la révision générale des politiques publiques.
Le ministère ne précise pas que ses prévisions d'effectifs montrent une hausse significative du nombre d'élèves à la rentrée 2012, effet du "boom" démographique du début des années 2000 : 6 000 élèves de plus sont attendus dans les écoles primaires à la prochaine rentrée, 21 200 dans les collèges, 6 600 dans les lycées généraux et technologiques, selon les documents budgétaires débattus par les parlementaires.

 

Rappelons que le président de la République avait promis, en juin, de « sanctuariser » l’école primaire. Les recteurs devront donc encore réduire la scolarisation de moins de 3 ans (passée de 34,5 % en 2000 à 13 % en 2011). Il leur faudra aussi toucher aux « postes invisibles » : les intervenants en langues (ce qu’il en reste), les RASED, les conseillers pédagogiques…

Heureusement, demain on rase gratis…

Statistiques ou communication ?

 

« Depuis une dizaine d’années, le pourcentage d’élèves en difficulté face à l’écrit a augmenté de manière significative et près d’un élève sur cinq est aujourd’hui concerné en début de 6ème.

Si le niveau de compréhension de l’écrit des élèves moyens n’a pas évolué, la plupart des évaluations témoignent d’une aggravation des difficultés parmi les élèves les plus faibles.

Alors que la maîtrise des mécanismes de base de la lecture reste stable, les compétences langagières (orthographe, vocabulaire, syntaxe) sont en baisse, ce qui explique l’aggravation du déficit de compréhension des textes écrits, parmi les élèves les plus faibles. »

 

C’est l’Insee qui, le 16 novembre dernier, dans son « Portrait social » divulgue les résultats de deux enquêtes retenues par le ministre Luc Chatel.

 

En novembre, un collectif “Interstat” composé de syndicalistes de l’INSEE et des autres services ministériels dénonçait déjà dans un manifeste paru dans Médiapart,le manque d’indépendance des statistiques officielles et la volonté du ministère de “retenir” certaines études défavorables à la propagande ministérielle.

 

« Interstat, collectif de syndicats de l'Insee et des Services statistiques ministériels (SSM), doit s'insurger une nouvelle fois contre les pratiques de nos dirigeants politiques. L'indépendance de la statistique publique, inscrite dans la loi depuis la Loi de modernisation de l'économie d'août 2008, est une réalité que les agissements des gouvernements et de leurs entourages tentent de remettre en cause.

 

Comme en 2008, il nous faut rappeler au ministre de l'Éducation nationale, que la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) n'est pas un service statistique dont il serait le seul utilisateur, mais qu'elle fait partie du service statistique public.

 

Des publications validées et prêtes à être diffusées sont retenues en attendant une éventuelle communication du ministre sur le sujet, ou un moment plus propice pour qu'elle ne génère pas de polémique dans le débat social.

 

La rétention d'information est une atteinte à la démocratie

 

Cette rétention d'information a pour objectif de faciliter la communication du ministre. Ainsi, ce dernier a pu s'enorgueillir, lors de sa conférence de presse de rentrée (1er septembre 2011) d'améliorer les compétences des élèves malgré la hausse du nombre d'élèves et la baisse du nombre d'enseignants. Ces résultats sont pourtant sujets à caution : alors que jusqu'au milieu des années 2000, les enquêtes dont sont tirés ces résultats étaient conçues et réalisées conjointement par des statisticiens et des enseignants. Elles sont à présent menées par la Direction pédagogique du ministère (DGESCO). Or la DGESCO n'est pas un service statistique, et ne bénéficie donc pas de l'indépendance vis-à-vis du ministère dont jouissent légalement les services statistiques ministériels. »

 

Ainsi peut-on lire sous la plume de Maryline Baumard dans  Le Monde du 12 décembre que « Le jour de la parution de l'ouvrage, les statisticiens de la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) ont été priés de ne pas commenter ces résultats qui ne suivaient pas la "bonne" courbe.

 

Dix jours plus tard, le cabinet de Luc Chatel publie l'une des enquêtes. La seconde qui compare le niveau des élèves entre 1997 et 2007 est toujours au fond d'un tiroir: "Ce qui s'est passé là est assez symptomatique. Nos enquêtes sont bienvenues lorsqu'elles accompagnent la communication du ministre. Sinon, elles attendent, rappelle un chercheur, sous couvert d'anonymat. Et plus encore si elles montrent une baisse de niveau." »

 

"Il est regrettable que le ministère préfère mettre en avant les résultats contestables des évaluations CE1 et CM2, mises en place depuis quatre ans par la DGESCO, évaluations qui ont surtout pour objectif de nourrir la communication ministérielle au détriment d'une information étayée sur une méthodologie rigoureuse", estime Jean-Claude Emin, ancien sous-directeur de la DEPP.  

 

Bonne Année quand même… En 2012, on rase gratis.  

 

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 21:54

 

 

Au-delà des promesses alléchantes des divers candidats à la présidentielle, quelle est la réalité du message délivré par les hommes d’appareil qui seront probablement en charge de l’éducation nationale en cas de victoire de leur chef de file ?

Intéressons-nous plus particulièrement au statut de l’école et de son directeur. A ce titre, il n’est pas inutile de relire le verbatim du débat diffusé par le site « aufeminin.com » en juillet 2011, réunissant autour de Karim Amellal, Daniel Laurent professeur des Universités et conseiller spécial de l’Institut Montaigne, Jacques Grosperrin député UMP membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation, Bruno Julliard Secrétaire national du PS en charge de l’éducation et Marie-Caroline Missir rédacteur en chef « Education » à l’AEF.

 

Karim Amellal - « Vous faites des propositions qui consistent à accroître les pouvoirs du directeur d’école… Vous dîtes dans votre rapport que le directeur d’école n’a ni les moyens ni les pouvoirs alors qu’il a plus de responsabilités…

 

Daniel Laurent - Notre approche n’est pas idéologique. Simplement, si l’on met en place tout ce que l’on a évoqué, en particulier l’organisation par cycles, il est clair qu’il faut un directeur d’école qui ait une certaine autonomie à la fois vis-à-vis de l’administration et vis-à-vis de ses collègues. Christian Forestier qui a travaillé avec nous, qui est quand même une éminence grise au sein de l’Education nationale, nous disait « l’école primaire, c’est un trou noir, on ne sait pas ce qui s’y passe » quand il était directeur de cabinet de Jack Lang.

Il y a des programmes nationaux, l’enseignement du calcul ou du français, ça peut varier du simple au double dans la semaine, en fonction des écoles et de l’enseignant… Il y a des propositions qui ont été votées par le Parlement mais les décrets n’ont jamais été publiés pour faire l’expérimentation d’établissements publics locaux d’enseignement de telle sorte qu’on aille plus loin.

 

Karim Amellal - M. Grosperrin, qu’est-ce que vous pensez à l’UMP de doter le directeur d’école d’un véritable statut ?

 

Jacques Grosperrin - Je crois qu’il y a une difficulté, c’est vrai à ce jour, il n’y a pas de supérieur hiérarchique parce que la culture du professeur des écoles ne le souhaite pas… Oui, il y a des inspecteurs mais la difficulté actuellement c’est une difficulté financière. Faut pas se cacher les yeux, à partir du moment où il y a 55 000 écoles en France dont ¾ qui ont moins de 4 classes, qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on met un directeur d’école dans chaque école ?

 

Karim Amellal Vous y seriez favorable ?

 

Jacques Grosperrin Moi, je crois qu’il y a différentes solutions qu’on peut imaginer. Moi, je serais plutôt pour l’école du socle commun. Je pense qu’il est plus intéressant de mettre en place un établissement scolaire comme un collège et de relier les écoles primaires qui sont avoisinantes à ce collège pour faire en sorte qu’il y ait une véritable synergie qui se mette en place. Si on met en place un véritable directeur d’école dans chaque école, on va arriver à l’échec de ces écoles du socle commun. Il serait plus fondamental qu’il y ait un seul chef d’établissement et que ces écoles soient pilotées par un IEN pour faire en sorte que la liaison entre la 6ème et le CM2 soit plus efficace.

 

Karim Amellal - …pilotées par un IEN. Cela dit, il a 1300 IEN pour 300 000 enseignants…

 

Jacques Grosperrin Oui mais il faut redéfinir leurs tâches, peut-être en recruter d’autres mais il est évident qu’à ce jour il y a un véritable trou noir au sein des écoles primaires. Il faut faire attention et ne pas être démagogique avec ça, sinon on met en place un véritable directeur dans chaque école, ça aura un coût fabuleux que les finances publiques ne pourront pas assumer. Et puis ça ira dans une situation contraire à cette liaison du cycle obligatoire du CP à la fin de la 3ème, ce qui me semble l’entité administrative la plus intéressante pour la réussite de nos élèves.

 

Bruno Julliard - Pour être très direct, je ne crois pas que la question du pouvoir ou de l’augmentation du pouvoir des directeurs d’école, encore moins la création d’un établissement public d’enseignement autonome soient une priorité. D’abord parce que c’est coûteux, ensuite parce qu’on a probablement d’autres chantiers prioritaires qui vont mobiliser et de l’engagement politique et de l’engagement économique.

En revanche, il y a 3 sujets qui doivent être traités dans la gouvernance :

-       Accorder plus de pouvoir d’agir aux équipes éducatives, aux enseignants dans les écoles primaires, quand on met en place la politique des cycles ; ça veut dire qu’il faut qu’on ait des enseignants qui soient en capacité d’avoir cette autonomie pédagogique.

-       Ensuite, il faut améliorer l’accompagnement des projets éducatifs dans les écoles et ça demande une réforme importante de l’administration et notamment des inspections d’académie. Ça passe par une réorientation du travail des inspecteurs pas en nombre suffisant et aujourd’hui pas formés pour ça.

-       Et puis le dernier élément, je partage ce que vous avez dit, c’est accroître les liens entre l’école primaire et le collège.

 

Karim Amellal Marie-Caroline Missir, sur les directeurs d’école, les IEN… ?

 

Marie-Caroline Missir - De ce qui vient d’être dit, on voit très bien que nos interlocuteurs tournent autour d’une notion qui est celle de l’autonomie du pilotage, mais ils n’en parlent pas du tout de la même manière parce qu’ils ne la conçoivent pas de la même manière.

D’un côté, les établissements publics d’enseignement, le renforcement du pouvoir du directeur d’école… la droite, si je simplifie, avec différents projets, l’entend comme renforcer l’échelle locale… C’est pas du tout ce que j’ai entendu du côté de Bruno Julliard qui parle d’autonomie pédagogique.

Pourquoi ? Parce qu’on touche du doigt, ici, une question idéologique très forte et l’on en revient toujours à la question idéologique, à des choses qu’il est difficile de faire bouger, qui est celle de l’enseignant et en primaire, le directeur d’école est considéré par ses collègues au même titre, comme un enseignant normal. Il n’a pas de statut de chef d’établissement.

Pour revoir cette organisation de l’école, tous les décrets sont prêts, il n’y a qu’une volonté politique à mettre en œuvre. Mais c’est compliqué pour cette question de réticence idéologique. Est-ce qu’on est dans un système avec un enseignant qui est au-dessus des autres parce qu’il est directeur d’école ou est-ce qu’on est dans une logique d’accompagnement des élèves, d’autonomie pédagogique ?

 

Karim Amellal Ça existe pour les collèges et les lycées, pourquoi ça n’existerait pas pour les écoles primaires ?

 

Marie-Caroline Missir C’est une question culturelle. Là encore, il faudrait un syndicat autour de la table pour qu’il nous explique pourquoi ils ne le font pas. Si vous en parlez au principal syndicat du 1er degré, je peux vous assurer qu’ils sont très très très hostiles à la mise en place d’un établissement public d’enseignement.

 

Jacques Grosperrin - On le fait pour le collège parce que le collège a plus d’élèves. Il y a plus d’enseignants donc c’est plus facile à sortir budgétairement un chef d’établissement. Puis j’ai peur que ça fige et qu’on n’arrive pas à faire cette école du socle commun.

 

Daniel Laurent La création d’un poste de directeur d’école, ça soulève des problèmes, mais je retiens quand même que quelle que soit la solution retenue, il faudrait davantage de liberté au niveau local. »

 

A l’écoute de ce débat, la conclusion s’impose : UMP et PS s’opposent sur la question de l’idéologie. Double idéologie avec les mêmes conséquences pour les directeurs d'école. A droite, on estime nécessaire de doter les établissements d’un vrai chef. A gauche, on préfère évoquer l’accompagnement des projets éducatifs, l’autonomie pédagogique et l’on souhaite accorder plus de pouvoir aux équipes et aux enseignants. Quid du directeur ?     

Si les divergences idéologiques sont bien réelles, force est de constater que l’UMP et le PS s’accordent sur un point essentiel : l’impossibilité de doter le directeur d’école d’un véritable statut, l’un comme l’autre au nom des priorités budgétaires.

Tous deux sont encore sur la même longueur d’onde pour mettre en place l’école du socle commun et revoir le rôle de l’IEN.

 

Pour Jacques Grosperrin, la cause est entendue : « Il serait plus fondamental qu’il y ait un seul chef d’établissement et que ces écoles soient pilotées par un IEN pour faire en sorte que la liaison entre la 6ème et le CM2 soit plus efficace. »

La menace est peut-être plus proche qu’il n’y paraît. Le projet d’évaluation porté par Luc Chatel ravive toutes les inquiétudes. On y apprend notamment que les IEN chargés d’une circonscription du premier degré (CCPD) ne feraient pas partie du « service académique de l’inspection ».

Les IEN CCPD, à l’inverse de leurs autres collègues inspecteurs, feraient partie de la ligne hiérarchique décisionnelle à l’instar des chefs d’établissement. Dans l’école du socle commun, on aurait donc à égalité le chef d’établissement du collège (principal) et l’IEN, supérieur hiérarchique des professeurs des écoles et chargé de piloter les écoles rattachées au collège…

 

Que deviendrait le directeur dans cette école du socle commun ? Quelle serait sa place dans un dispositif entre le principal qui ne voudra jamais laisser son poste de chef d’établissement et l’IEN qui piloterait les écoles associées au collège ?

Le directeur sera-t-il réduit à gérer le « trou noir au sein des écoles » pour reprendre l’expression de Christian Forestier ?

 

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 23:18

 

 

L'UMP a réuni mardi 8 novembre sa Convention éducation à Paris. Les deux tables rondes réunissaient une douzaine de personnalités sur le thème « Du savoir pour tous à la réussite de chacun ». Parmi les invités, les ministres Luc Chatel et Laurent Wauquiez, la secrétaire d’état Jeannette Bougrab, une enseignante de maternelle et un principal de collège, Laurent Bigorgne, de l’Institut Montaigne, Jean-Robert Pitte, délégué à l’information et à l’orientation, un président d’université…

 

Cette convention fut d’abord l’occasion de dresser un constat en forme de satisfecit de l’action gouvernementale.

 

« L’enquête internationale PISA publiée en décembre 2010 montre que le système éducatif français obtient des résultats corrects, dans la moyenne des grands pays développés. Ce système peut s’améliorer. L’étude révèle ainsi deux points de fragilité au sein de notre école : une part encore trop importante d’élèves de 15 ans ne maîtrise pas suffisamment la lecture et le calcul, et une relation encore flagrante entre la situation économique et sociale des parents et les résultats des élèves. Ces élèves ont ainsi vu leurs résultats encore baisser entre 2003 et 2009.

Les évaluations 2011 effectuées en CE1 et CM2 révèlent une meilleure maîtrise des fondamentaux, qui est la priorité de notre école. Les résultats au baccalauréat 2011 ont vu accéder 71,6% d’une classe d’âge au baccalauréat : c’est un chiffre historique, de six points supérieurs aux dernières statistiques qui stagnaient depuis 15 ans.

Depuis la rentrée 2004, le nombre d’élèves handicapés scolarisés dans des établissements scolaires ordinaires a augmenté de 60%. 214 000 élèves handicapés sont ainsi scolarisés en milieu ordinaire dont plus de 90% le sont à temps complet. 41 197 personnes accompagneront près de 70 000 élèves à titre individuel.

La réforme de la formation et du recrutement des enseignants est entrée pleinement en application à la rentrée 2011. Les professeurs stagiaires ont ainsi bénéficié d’une formation préalable à l’université. Pendant leur année de stage, ils sont accompagnés par des professeurs tuteurs chevronnés et complètent leur formation didactique et pédagogique. A l’issue de leur année de stage, 87% des professeurs stagiaires de la 1ère promotion issue de la réforme, dressent un bilan positif de leur première année d’enseignement.

La revalorisation du métier d’enseignant passe aussi par les salaires : entre 2007 et 2012, le pouvoir d’achat des enseignants et des personnels d’éducation et d’orientation aura été revalorisé, pour un montant supérieur à 1,1 Md€. L’effort financier s’est notamment concentré à la rentrée 2010 sur la rémunération des professeurs débutants, qui augmente de

10% la première année, soit l’équivalent d’un treizième mois, avec une augmentation de153€ nets de plus chaque mois pour les jeunes enseignants certifiés.

Dernier constat pour l’enseignement scolaire : la réussite de chaque élève n’est pas une question de moyens. On compte aujourd’hui 34 000 professeurs de plus et 540 000 élèves de moins qu’en 1990. Entre 1980 et aujourd’hui, la dépense intérieure d’éducation par élève a augmenté de 80%. Les moyens existent donc mais il faut les mettre là où on en a le plus besoin. Les premiers progrès que nous observons en 2011 sont en fait le fruit d’une démarche qui refuse le « toujours plus de moyens » et repose sur une conception nouvelle de l’enseignement (personnalisation, autonomie,….). »

 

Bref, tout va pour le mieux dans le petit monde de l’éducation en France… Les résultats s’améliorent (dommage que les enquêtes internationales disent le contraire…), les élèves handicapés sont bien accueillis (dommage que la MDPH fonctionne si mal et que les personnes les accompagnant ne soient pas formés), la formation des enseignants est formidable (dommage qu’elle n’existe plus), les enseignants sont revalorisés sur le plan financier (sauf qu’un rapport récent nous confirme qu’ « en France, le salaire moyen des enseignants du primaire ou du secondaire est inférieur à la moyenne de l'OCDE » et que « depuis 1995, le salaire des enseignants a crû dans les deux tiers des pays de l'OCDE. Pas en France » … Vraiment dommage.)

 

Mais à part ça, madame la Marquise, mais à part ça, tout va très bien…

 

Une petite pique, au passage, à l’encontre de ceux qui critiquent la baisse des moyens et toujours les mêmes assertions pourtant maintes fois démontées de la comparaison avec les années 80…

 

Après le constat, les propositions qui se déclinent autour de 4 points : la réforme des rythmes scolaires, celle du collège, le management scolaire et la réforme du statut des enseignants. Nous en retiendrons quelques-unes.

 

PROPOSITION 1 : Encourager la création de jardins d’éveil pour les enfants de 2 à 3 ans

 

Rappelons que la suppression des classes de maternelle accueillant les enfants de cet âge est la variable d’ajustement du non renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. L’Etat se décharge sur les collectivités locales de l’accueil de ces enfants.

 

PROPOSITION 2 : Rendre l’assiduité obligatoire pour les élèves inscrits à l’école Maternelle.

 

Luc Chatel s’est opposé récemment à la proposition de loi de la sénatrice Françoise Cartron rendant obligatoire la scolarisation à 3 ans au prétexte que " la proposition de loi entraînerait la scolarisation de 700 à 750 000 élèves de plus, ce qui entraînerait une charge de 1,3 milliard d'euros, elle est donc inconstitutionnelle", a déclaré Luc Chatel. Pourtant, nous indique le ministre, "l'école maternelle scolarise aujourd'hui les enfants de 3 à 6 ans à plus de 99%". Comprenne qui pourra…

 

PROPOSITION 3 : Réorganiser les rythmes scolaires

Les écoliers français ont, en effet, les journées les plus chargées de tous les pays de l’OCDE, réparties sur le nombre de jours de classe le plus faible (140 par an) : 913 heures/an pour les 7-8 ans, contre 634 heures en Allemagne, 608 heures en Finlande et 769 heures en moyenne. Les écoliers français suivent en moyenne deux heures de cours quotidiens de plus que les écoliers finlandais qui, avec 4 heures de cours par jour à raison de 5 jours par semaine, se classent au premier rang des évaluations internationales de l’OCDE.

- un allongement de l’année scolaire de deux semaines.

- la possibilité de rendre obligatoire la semaine de quatre jours et demi

 

L’UMP oublie de rappeler qu’elle a soutenu cette calamiteuse réforme du rythme scolaire de la semaine impulsée par Nicolas Sarkozy et imposée dans l’enseignement primaire par Xavier Darcos.

 

PROPOSITION 4 : Rendre publiques les évaluations-bilan existantes des écoles primaires et des collèges

Il faut que soient rendues publiques les évaluations bilans de CE1, CM2, 5ème comme les résultats du Diplôme National du Brevet en fin de 3ème, afin de montrer la valeur ajoutée de chaque école et de chaque collège, à l’exemple des indicateurs de résultats des lycées.

Dans ce cadre, un contrat d’objectif pourrait être passé avec le directeur de l’école afin de responsabiliser chaque école primaire sur ses résultats en matière de maîtrise des fondamentaux.

 

PROPOSITION 9 : Encourager l’apprentissage précoce de l’anglais dès 3 ans

Aujourd’hui, ne pas maîtriser l’anglais est un handicap majeur. Par ailleurs, plus on apprend tôt l’anglais et plus on a des capacités pour apprendre une autre langue.

Il est nécessaire de revoir les pratiques pédagogiques pour pouvoir généraliser l’apprentissage de l’anglais dès le plus jeune âge. Cet apprentissage pourrait se faire en généralisant l’apprentissage à distance de l’anglais dès 3 ans, via des outils ludiques.

 

Là encore, l’UMP oublie que les mesures de suppression de postes ont touché les intervenants en langue étrangère. Elle n’a pas pris conscience du manque de formation des enseignants pour assurer efficacement cet apprentissage. Faute de moyens, il est demandé à « tout enseignant s’en sentant capable de mener cet apprentissage »… Faut-il alors s’étonner de la faiblesse des Français en langues étrangères ? Le bricolage continue et s’étend…

 

PROPOSITION 10: Dans un cadre national, faire bien davantage confiance aux établissements et leur donner plus de responsabilités.

Le renforcement de l’autonomie des établissements doit signifier la possibilité pour le chef d’établissement (principal de collège, proviseur de lycée, mais aussi, à terme, directeur d’école) de recruter librement son équipe enseignante et d’administration, en fonction du projet de son établissement. Une telle évolution doit naturellement s’accompagner d’une formation à la GRH des chefs d’établissement et un renforcement de l’équipe de direction.

Une réflexion doit aussi s’engager sur une évaluation du chef d’établissement en fonction des résultats qu’il obtient.

 

PROPOSITION 12: Donner un statut juridique aux établissements de premier degré et à leur directeur.

Cette mesure consiste donc à doter l’école, actuellement dépourvue de la personnalité morale à la différence des collèges et des lycées, d’un statut juridique qui en permette une gestion pédagogique moderne et efficace. Elle permettrait de créer un véritable statut d’emploi pour  les directeurs d’Etablissements Publics d’Enseignement Primaire.

Les écoles de petite taille pourraient être regroupées pour former un seul établissement, éclaté, et permettre ainsi une émulation pédagogique et une mutualisation des moyens humains, pédagogiques et financiers au bénéfice des élèves.

 

 

Réactions syndicales

 

Christian Chevalier, Secrétaire général du SE-Unsa craint « le risque de déserts scolaires du fait de l'embauche des enseignants par les chefs d'établissement » et ajoute que « l'UMP a un vrai projet pour l'Ecole : l'Ecole de la concurrence. Ce n'est pas une école de la réussite de tous les élèves ».

 

Thierry Cadart, Secrétaire général du Sgen-CFDT voit dans cette mise en concurrence « une obsession idéologique,... une tentative d'importer dans le système éducatif les principes du management des entreprises. »

 

Sébastien Sihr, Secrétaire général du SNUipp-FSU, dénonce « une conception libérale de l'école ». Et d’ajouter : « la vision éducative de l'UMP c'est le chacun pour soi. Avec les jardins d'éveil tous les parents par exemple n'auraient plus accès à l'éducation préélémentaire. »

 

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 00:35

 

Comme nous l’avions expliqué dans un précédent article intitulé "Elections professionnelles 2011 : les syndicats enseignants contraints à des coalitions", La loi du 20 août 2008 a transposé dans le code du travail les règles sur la représentativité et la négociation collective issues de la « Position commune » adoptée par les partenaires sociaux le 9 avril 2008. Il s’agit d’une réforme en profondeur, reposant notamment sur la fin de la présomption irréfragable de représentativité :

Instauration d’un critère d’audience aux élections professionnelles, ce critère fondant la légitimité auprès des salariés

• Le niveau d’audience doit être d’au moins 10% des suffrages au 1er tour de l’élection professionnelle

 

Seules les organisations ayant des élus pouvant signer des accords, les organisations les plus petites ont été contraintes de s’allier pour espérer obtenir un siège. Ainsi, la CSEN-FGAF (SNALC, SNE et SPLEN), la FAEN qui fédère le SNCL (professeurs du second degré), le SNEP (personnels du premier degré), ID (chefs d'établissements), le STIP (personnels du premier degré de Polynésie), le SNAPAI (personnels d’administration et d’intendance), le SAEM (enseignants du premier degré de Mayotte) et le SCENRAC-CFTC-Education qui syndique des enseignants exerçant sur l’ensemble du système éducatif ont présenté des listes d'union sous l'égide de l'Union pour l'Ecole Républicaine.

 

Autre nouveauté, pour la première fois cette année, le vote était électronique et surtout d’une complexité dénoncée par tous les utilisateurs.

 

L’élection du comité technique ministériel (CTM)

« Séisme, situation désastreuse, bilan épouvantable, vol de bulletins de votes… », la colère des syndicats enseignants est à son paroxysme. Il faut dire que c’est à un véritable bouleversement que nous venons d’assister avec ces élections professionnelles.

Effectivement, ces mots ne sont pas trop forts si l’on s’en réfère à la participation qui s’est effondrée. En effet, la chute est spectaculaire. Elle passe de plus de 61,3 % en 2008 à 38,5 % en 2011.

 

Les résultats, quant à eux, sont marqués par de légères évolutions, les principales étant la perte de la majorité absolue de la FSU et la disparition du SNALC. Mais le rapport de forces n'est pas radicalement modifié : la FSU conserve sa première place  malgré un léger tassement, passant de 43 % à 41 % des voix. A noter qu’elle perd la majorité absolue (7 sièges sur 15). L'UNSA, passée de 19 % à 21 % des voix, se maintient en deuxième position (4 sièges). En progrès, FO passe en troisième position (1 siège). Les trois derniers sièges sont attribués au SGEN-CFDT, à la CGT et à SUD-Education, tous trois également en progrès.

 

Dans l’élection du CTM, outre le tassement de la FSU, le fait marquant est sans aucun doute la disparition du SNALC fondu dans l'Union pour l'Ecole Républicaine dont le score est inférieur à celui des votes blancs.

 

 

SUD-Education estime que « ces élections sont scandaleuses » et déclare : « Nous ferons tout ce qui sera en notre pouvoir avec l’ensemble des personnels pour faire que cette élection soit la première et la dernière organisée par voie électronique. »

L’UDAS (Union des Alternatives Syndicales) dénonce « le caractère non démocratique du nouveau mode de scrutin électronique pour les raisons suivantes :

 Les incompatibilités matérielles ou logicielles qui ont mis les électeurs en difficultés pour voter,

 Les nombreuses erreurs du serveur qui ont dissuadé les électeurs de voter,

 La non-lisibilité des professions de foi au moment du vote, la difficulté à les trouver sur le site, et leur absence sur support papier, qui ne permettent pas de voter de manière éclairée, mais amène à un vote sur la seule notoriété des organisations syndicales.

 La connaissance par les organisations syndicales durant toute la semaine de vote des listes d’émargement. »

 

 

L’élection des Commissions Administratives Paritaires Nationales (CAPN) est également marquée par une chute brutale de la participation. Ainsi, dans le 1er degré, la participation passe de 62,62 % en 2008 à 41,01 % en 2011.

 

Les résultats sont plutôt stables.

Le SNUipp-FSU progresse de 1 point, passant de 47,05 % à 48,11 % et conserve la majorité absolue (6 sièges sur 10). Le SE-UNSA a la meilleure progression, passant de 22,95 % à 25,30 % et remporte 3 sièges. Le dernier siège revient au SNUDI-FO qui passe de 7,81 % à 9,37 %.

Les autres syndicats sont en baisse. Le SGEN-CFDT passe de 7,42 % à 6,69 %, SUD EDUCATION de 6,39 % à 5,10 %, la CGT de 2,33 % à 2,03 %, le SNE de 2,59 % à 1,26 %, le SCENRAC-CFTC de 1,34 % à 0,83 %.

 

Comme on le voit, ces élections professionnelles 2011 auront surtout été marquées par la chute brutale de la participation. Si cette baisse était prévisible, nul ne pouvait en imaginer l’ampleur. Les responsables syndicaux ont vivement réagi, accusant le ministre Luc Chatel d’avoir tout fait pour affaiblir la représentation syndicale.

 

Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, récuse l’idée d'un désintérêt envers les syndicats.  Pour elle, la baisse résulte des nombreux incidents techniques : impossibilité de voter en ligne, personnels restés sans identifiants, nombreux « oubliés » des listes. Elle considère même qu’il y a « vol de bulletins de votes », le dispositif technique mis en place par le ministère ayant empêché de voter de nombreux enseignants.

Thierry Cadart, secrétaire général du SGEN, ne conteste pas les difficultés techniques, mais ne partage pas l’analyse de Bernadette Groison. Il préfère parler de « désaffection » et met en cause la responsabilité des syndicats. « Le gouvernement aurait tort de se baser sur ces résultats pour mener une politique plus répressive. Mais d'une certaine façon, les syndicats ne répondent pas complètement aux attentes des enseignants. Les collègues s'attendent à plus de présence sur le terrain. » 

Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa met en cause la procédure très complexe et les défaillances du ministère. Comme Thierry Cadart, il se refuse à dédouaner les organisations syndicales d’une part de responsabilité dans cet échec qui « interroge sur les rapports entre syndicats et enseignants. Il n'y a pas que des facteurs techniques, il y a aussi un rapport au syndicalisme, un désintérêt de la chose publique ».

 

Dans un communiqué commun, le SGEN-CFDT et le SE-Unsa  estiment qu'il faut « renforcer le lien avec les personnels et redonner du sens au syndicalisme ».

 

2011 marque un tournant dans le paysage syndical. Le ministère de l’Education avait la particularité d’être celui où les syndicats avaient la plus grande capacité à mobiliser leurs électeurs tous les trois ans. Ce n’est plus vrai. Souhaitons que les syndicats enseignants, coupés de la base, n’aient pas contribué à faire du ministre le seul gagnant de ces élections. Il reste à espérer qu’ils en tirent toutes les leçons.

 

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 17:07

Le 29 septembre dernier, l’e-mag de l’éducation « vousnousils » titrait : « Marine Le Pen s'adresse aux enseignants en faisant le mea culpa du FN ».

« Je le sais, longtemps, il y a eu un malentendu entre nous. Longtemps, nous avons donné le sentiment de vous regarder en ennemis… Longtemps, nous n'avons pas su parler, trouver les mots et comprendre à quel point vous étiez attachés à l'intérêt général… Longtemps, nous avons commis l'erreur de penser que vous étiez complices ou passifs face à la destruction de l'école. Pour l'immense majorité d'entre vous, c'était une erreur et cette époque est révolue… »  

Si la plupart des médias ont repris ce titre et relayé les principales phrases de ce mea culpa, très peu de journaux ont évoqué la partie du discours concernant le statut de l’école et du directeur. Bien que la vidéo soit consultable sur le forum du GDID, il nous a semblé intéressant d’y revenir eu égard à la réaction qu’elle a suscité, notamment dans le journal « Le Monde ».


Lors de ce colloque sur l’éducation, Marine Le Pen a livré sa vision de l’école primaire (maternelle, statut de l’école et du directeur, rythmes scolaires, aide personnalisée).
 
 

« L’école maternelle est une chance pour la France. Une magnifique réussite que le monde nous envie. Elle est une chance pour notre natalité. Démanteler l’un des seuls points qui marchent à l’école est donc une absurdité ! Les chiffres le disent : de moins en moins d’enfants de moins de 3 ans sont admis à l’école maternelle, au profit des jardins d’éveil. C’est une sottise. Je redonnerai tout son sens et toute sa place à l’école maternelle. 

Quant à l’école élémentaire, je pense qu’elle doit être la priorité de notre action. C’est là que beaucoup se joue. Or l’école élémentaire française va mal. L’échec scolaire s’aggrave. En particulier, les élèves en difficulté avant leur arrivée au CP le restent par la suite, presque tous. Ce gaspillage des talents se retrouve dans la population active où un trop grand nombre arrivent sous-qualifiés. Le plus inquiétant est le recul de l’écriture, de la lecture, du calcul, la France enregistrant en particulier en mathématiques la plus forte baisse des scores obtenus au sein de l’OCDE depuis dix ans.  


L’école primaire doit donc être réformée en profondeur. Il faut en particulier revoir le statut de l’école, créer un nouveau type d’établissement public, doté de la personnalité juridique et d’une autonomie administrative et financière. On en parle depuis longtemps, mais rien ne bouge. Je le ferai.

Soumis à l’autorité des acteurs institutionnels (Etat et collectivités territoriales), le directeur d’école souffre en outre d’un manque cruel de légitimité pour assurer les responsabilités qui sont les siennes. Il est possible d’agir dès maintenant pour renforcer le pilotage local de la politique éducative en rénovant, en créant le statut de directeur d’école. Il doit avoir ce rôle de véritable « manager » chargé d’impulser le projet pédagogique de l’école en dialogue permanent avec l’ensemble des acteurs de la communauté éducative : professeurs des écoles, parents, commune, ministère. Son nouveau statut devra lui donner les moyens d’accomplir complètement ses missions. Une revalorisation de la rémunération et une amélioration du régime de décharge sont indispensables pour pallier les problèmes actuels de recrutement, qui sont très graves, très préoccupants. Je ferai ce statut du directeur.  


Quant à la réforme des rythmes scolaires de Nicolas Sarkozy, elle était condamnée à l’échec puisqu’elle allait contre le rythme biologique de l’enfant. Elle s’est traduite, en fait, par une basse manipulation comptable pour réduire les cours de 2 heures par semaine dans le seul but, mesquin, de faire quelques économies de bout de chandelle, de supprimer par exemple les postes d’enseignants spécialisés. Double effet négatif puisque les élèves en échec ont leur journée allongée par l’aide personnalisée qui, de fait, devient inefficace puisque ce sont souvent ces élèves qui ont les plus gros problèmes de concentration… Il faudra y revenir également. »
 
 

Comme écrit précédemment, le quotidien « Le Monde », sous la plume d’Abel Mestre, a été l’un des rares journaux à reprendre cette partie du discours. Hélas, le journaliste, peu au fait des problèmes de l’école primaire et de la situation des directeurs d’école en a fait un commentaire tout à fait contestable :

« En ce qui concerne l'école primaire, un nouvel établissement public serait créé et doté de la personnalité juridique. Il aurait une "autonomie administrative et financière", avec à sa tête un directeur "manager" qui impulserait "le projet pédagogique" de l'école. Une mesure qui entre en contradiction avec la ligne "républicaine" et étatiste développée par ailleurs par Mme Le Pen, puisqu'un tel statut reviendrait de fait à avoir des écoles plus riches que d'autres et entre dans une vision très libérale – au sens économique – de l'école. » 
 

Ce commentaire erroné est regrettable à plusieurs titres. D’abord parce qu’il est le fait d’un journaliste travaillant dans un quotidien qualifié de « journal de référence ». Ensuite parce qu’il traduit une absence de réflexion sur un sujet que manifestement ce journaliste ne connaît pas. Enfin, et surtout, parce que l’affirmation exprimée par Abel Mestre va à l’encontre de la réalité et est contredite par les faits.  

Selon le journaliste du Monde, doter l’école primaire d’un statut d’établissement « reviendrait de fait à avoir des écoles plus riches que d'autres et entre dans une vision très libérale – au sens économique – de l'école ».


Aujourd’hui, ce journaliste est démenti de façon cinglante par l’enquête réalisée par le SNUipp avec l’AMRF (Association des Maires Ruraux de France) et l’ANDEV (Association Nationale des Directeurs de l’Education des Villes) sur « l’argent de l’école ».


En effet, et en l’absence de statut, l’école primaire française souffre d’importantes disparités de financement avec un écart de 1 à 10 dans l’attribution de crédits de fonctionnement, « à savoir de 13 euros jusqu'à 130 euros par an et par élève ». Les inégalités entre écoles riches et écoles pauvres sont devenues "très criantes", soulignent ces organisations.

« Des disparités fortes sont observables en fonction des priorités des communes et de leurs capacités contributives » déclare Didier Migaud, Président de la Cour des Comptes.  

« Il faut changer la donne puisque nous sommes aujourd'hui dans un point de rupture entre le principe de gratuité et celui d'égalité… la réglementation n'a pas évolué, elle date du début du XXe siècle alors que les missions demandées à l'école ont évolué sans pour autant remettre à plat les responsabilités et les moyens que chacun devait assumer » ajoute Sébastien Sihr, Secrétaire général du SNUipp.


En ce qui concerne les crédits d’investissement, la situation est encore plus inégale. En effet, l’enquête révèle que si un quart des écoles perçoivent plus de 1800 € par an, un tiers des écoles n’obtiennent rien.

Il faut également prendre en compte le recrutement par les municipalités « riches » ou « généreuses » d’intervenants extérieurs (professeurs municipaux) comme à Paris ou quelques autres communes.

De fait, soulignent les organisations, « l’insuffisance des moyens disponibles nécessite pour la quasi-totalité des écoles le recours à des activités lucratives (kermesse, tombolas, vente diverses…) ».

 
 

Quelles solutions pour mettre un terme à ces inégalités criantes ? 


Il faut « redéfinir les responsabilités » selon Anne-Sophie Benoit, Présidente de l’ANDEV, « recenser l’intégralité des moyens nécessaires à l’école » selon Didier Migaud, Président de la Cour des Comptes.

Comme on le voit, lorsque le journaliste du « Monde » écrit que la création d’un statut des écoles « reviendrait de fait à avoir des écoles plus riches que d'autres et entre dans une vision très libérale – au sens économique – de l'école », il fait une colossale erreur d’analyse.


Contrairement à ce que pense et dénonce Abel Mestre, la solution passe probablement par la transformation de l’école en « un nouveau type d’établissement public, doté de la personnalité juridique et d’une autonomie administrative et financière » pour que l’on puisse parler d’égalité des chances.

En effet, comme le dit Vanick Berberian, Président de l’AMRF, « C’est à l’Etat qu’il appartient d’assurer l’équité ».   

 

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 17:05

reflexion

 

Les élections professionnelles ont cela de positif qu'elles obligent les organisations syndicales à débattre de sujets trop souvent occultés pour diverses raisons. La campagne électorale est l'occasion d'évoquer des thèmes parfois volontairement délaissés. Concurrence oblige, le SNUipp se voit actuellement contraint de multiplier les propos bienveillants à l'égard des directeurs d'école.

C'est le cas, notamment, avec la forte exigence exprimée en 2006 dans l'enquête Ifop commandée par le GDID et qui a montré que la demande de reconnaissance du métier était portée par 93 % des directeurs d'école. Depuis, le dossier n'a pas avancé d'un iota malgré les nombreux rapports remis aux différents ministres, ces derniers prenant appui sur le refus obsessionnel des syndicats hostiles à un statut de directeur. 

Certains signes d'évolution, certes timides, ont pu être perçus, ici ou là, dans les déclarations de certains dirigeants de syndicats enseignants. Depuis quelques mois, le SNUipp semble, à son tour, prendre conscience de l'impérieuse nécessité de ne pas se couper définitivement des directeurs d'école à l'approche des élections. L'enjeu est de taille...

En guise d'ouverture vers les collègues, le SNUipp nous fait part de l'avancée de sa réflexion sur un sujet qui leur est cher : celui du statut du directeur. Nous avons souhaité reproduire ce texte dans son intégralité.

 

 

« La question d’un statut pour les directeurs d’école est souvent évoquée. L’enquête réalisée par le SNUipp fait apparaître que cette préoccupation est d’autant plus forte que la taille de l’école est importante. Ce qui n’est sans doute pas un hasard. Derrière cette question, il y a un légitime besoin de reconnaissance de la fonction et également l’exigence de clarifier les responsabilités juridiques et administratives de celles et ceux qui exercent les fonctions de directeur d’école. 

Le SNUipp a toujours travaillé à faire avancer les revendications des directrices et directeurs d’école. Non sans quelques résultats d’ailleurs. La grève administrative des directeurs d’école, conduite dans un cadre unitaire, a permis, entre autre, la généralisation d’une journée de décharge aux écoles de 5 classes, puis son extension aux écoles de 4 classes. Ce qui représente près de 13 000 écoles (26 % des écoles) et plus de 3000 emplois en ETPT.

Dans un contexte où on supprime massivement des emplois à l’éducation nationale, cela mérite d’être rappelé. Ceci dit, tout n’est pas réglé.  

 

L’obscure clarté du statut  

 

Trois séries de questions méritent d’être posées lorsqu’on évoque la création d’un statut spécifique. On ne peut que regretter qu’elles ne soient pas assez souvent explicitement posées. 

 Peut-on évoquer un statut du « directeur d’école » sans réfléchir en parallèle au statut juridique de l’école ? Peut-on parler de direction d’école sans renvoyer au fonctionnement même de l’école ? Pour le SNUipp ce lien est fondamental. Du côté de l’institution, il n’échappera à personne que ceux qui avancent l’idée d’un statut pour la direction sont ceux-là même qui proposent la création d’établissement public du premier degré. L’important ici n’est pas de savoir si c’est bien ou si c’est pas mal mais de mieux cerner les enjeux de cette question. Avant de répondre à la question du statut, il vaut mieux se demander d’abord de quelle école avons-nous besoin ? Cela évitera bien des désagréments par la suite.

  

Le directeur d’école doit-il rester ou non un enseignant ? Si le fait de devenir directrice ou directeur d’école confère des responsabilités nouvelles, est-on en droit de parler d’un métier différent ? La question mériterait au moins d’être posée car tout ce qui peut être envisagé en matière d’évolution statutaire dépend plus ou moins directement de cette question.  

 

Enfin, de quel statut parle-t-on ? Le problème du mot statut est qu’il est lui-même très ambigu. Il n’est pas tout à fait juste de laisser entendre, par exemple, que les directeurs d’école « n’ont pas de statut ».

 

Primo, ils sont fonctionnaires de l’Etat et sont donc régis par les statuts généraux de la fonction publique ;  

Deuxio, ils sont, pour ce qui concerne la gestion de leur carrière, assujettis au statut particulier du corps auquel ils appartiennent ;

Tertio, le décret n°89-122 du 24 février 1989 relatif aux directeurs d’école définit le cadre statutaire des fonctions qu’ils exercent (définition des fonctions, conditions de nomination et d’avancement).

 

Dans la situation actuelle et juridiquement, les directrices et directeurs d’école sont donc plutôt régis par un statut d’emploi. Ces emplois sont accessibles dès lors qu’ils ont été inscrits sur la liste d’aptitude et le fait d’être nommé dans un de ces emplois entraîne un repositionnement sur la grille indiciaire.

 

Cette situation peut-être jugée très insuffisante, notamment au regard des avantages matériels que procure la fonction, mais pas seulement.  

 

Vers un nouveau statut des directeurs d’école ? Selon quel scénario ?  

 

Être pour ou contre un nouveau statut n’a de sens que si on est capable de dire ce que l’on met précisément derrière.

 

Le problème, c’est qu’en restant dans le vague, on permet à ceux qui s’en font une idée bien plus précise d’avancer à couvert. On peut lire, dans le rapport Reiss, que « le statut juridique des directeur d’école pourrait être celui d’un détachement dans le corps des personnels de direction ou dans un emploi fonctionnel ». Il y a en effet plusieurs façons d’envisager les évolutions statutaires liées à la direction d’école. Il est important d’examiner les principales hypothèses avant de pouvoir apporter une réponse.  

 

1° Première hypothèse : la création d’un corps spécifique des directeurs d’école ?

La création d’un corps entraîne ipso facto la création d’un statut particulier pour ce nouveau corps : recrutement, nomination, avancement, etc. Cette hypothèse n’a jamais été évoquée par le ministère car dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP), la tendance dans la fonction publique est à la fusion de corps et à l’extinction de certains corps, plutôt qu’à la création de nouveaux. Mais la question qui serait immédiatement posée est la suivante : qui accède à ce nouveau corps, compte tenu du fait que, dans une fonction publique de carrière, le mode de recrutement normal dans un corps se fait par le biais d’un concours ?  

 

2° Deuxième hypothèse : le détachement dans le corps des « personnels de direction » ?  

 Cette hypothèse tient compte du fait qu’il existe déjà un corps des chefs d’établissement au sein de l’éducation nationale, spécialement crée en 2001. Si certaines écoles devenaient des établissements publics, cette hypothèse prendrait une acuité nouvelle. Le statut de chef d’établissement a été obtenu en contrepartie d’une clause de mobilité (la mutation n’est plus un droit mais une obligation) et de conditions particulières d’évaluation. Il n’est pas sûr que les contreparties imposées satisfassent beaucoup de collègues actuellement directeurs/trices.

3° Troisième hypothèse : les emplois fonctionnels ?  
Les emplois fonctionnels sont des postes de responsabilité dans lesquels les personnels sont nommés pour une durée déterminée, éventuellement renouvelable. Au terme du renouvellement, l’agent est soumis à une obligation de mobilité. La nomination dans un emploi fonctionnel induit un détachement du corps d’origine vers l’emploi et un reclassement à partir de la grille indiciaire spécifique à l’emploi. Un statut d’emploi décrit les missions, les conditions d’accès et de rémunération propres à chaque catégorie d’emploi. Contrairement aux deux premières hypothèses, on est complètement dans leposte à profil. La création des emplois fonctionnels et leur multiplication au sein de la fonction publique déroge au principe selon lequel le grade est distinct de l’emploi, en ce sens que le grade est précisément le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper les emplois qui lui correspondent. Actuellement un professeur des écoles peut devenir directeur d’école en vertu de son grade, parce que les emplois de directeurs d’école peuvent être pourvus par des professeurs des écoles. Le glissement vers les emplois fonctionnels s’éloigne des principes d’une fonction publique statutaire, à l
aquelle une immense majorité de fonctionnaires et d’enseignants restent attachés parce qu’elle offre, sous contrôle des commissions administrative paritaire, des perspectives de carrière identiques pour tous. 
 

 

4° Quatrième hypothèse : la création d’un grade à accès fonctionnel (GRAF) ?

C’est un peu le nouvel OVNI de la fonction publique. Luc Chatel y a fait vaguement allusion lorsqu’il avait présenté pour la première fois son « pacte de carrière » pour les enseignants. L’idée du GRAF est assez simple : sont éligibles au GRAF les agents de catégorie A ayant effectué au moins 8 ans de détachement sur statut d’emploi durant les dix dernières années, ou, dans leur corps d’origine, 10 ans d’exercice de fonctions « correspondant à un niveau de responsabilité élevé » durant les 12 dernières années. Sur cette base, il appartenait à chaque ministère d’identifier précisément les emplois permettant de prétendre au GRAF. L’idée initiale semblait plutôt être destinée aux agents qui exercent des fonctions d’encadrement ou « managériale ». L’avantage du GRAF sur l’emploi fonctionnel tient au fait que si l’agent n’occupe plus son emploi, il reste titulaire de son grade (et donc de son GRAF). Toutefois les propositions sont encore imprécises et les discussions dans la fonction publique sont au point mort, se heurtant à l’interdit qui pèse aujourd’hui sur toute nouvelle dépense publique.  

 

Ce sont là quelques pistes d’évolution statutaire qui ont pu être ou qui peuvent être envisagées. On voit que cette question n’est pas simple. Et les réponses ne sont pas non plus sans dangers. Pourtant, toutes ces réponses sont loin d’être suffisantes. Au-delà de la question du statut, ou plus précisément de la forme juridique que devrait prendre ce statut, un certain nombre de questions resteraient complètement ouvertes : Quelles missions incombent aux directeurs d’école ? Quelle est la portée de leurs responsabilités juridiques et administratives ? Comment éviter la multiplication des tâches administratives que beaucoup s’accordent à trouver intempestives ?  

 

La création d’un corps et d’un statut des personnels de direction pour le second degré n’a pas diminué la charge de travail des chefs d’établissement ni réduit le poids de leur responsabilité juridique ou administrative. Bien au contraire.

Ce n’est pas le statut en lui-même qui règle toutes les questions auxquelles sont confrontés les directeurs/trices d’école. Le SNUipp n’a pas la prétention de pouvoir apporter une réponse définitive à toutes ces questions mais il ne tient pas non plus faire accroire que par un mot enchanteur on règle toutes les questions.  

 

Pour le SNUipp, la réflexion sur la direction et le fonctionnement de l’école doit se poursuivre avec la profession. La question du temps, la question de l’aide administrative à la direction d’école, la question des besoins de formation spécifiques, la question des moyens financiers qui sont aussi au cœur des préoccupations des collègues nécessitent de construire des réponses collectives, dans l’unité la plus large. »

 

Si le SNUipp nous fait part de l’avancée de sa réflexion, il ne fait que poser des questions sans leur apporter de réponse. « La réflexion doit poursuivre avec la profession ». Hélas, elle n’a que trop duré. Combien d’années, combien de rapports, combien d’enquêtes… faudra-t-il encore aux syndicats, et notamment au SNUipp pour aboutir à un début de réponse ?

 

Une phrase est pour le moins surprenante dans le communiqué du SNUipp :

 

« Dans la situation actuelle et juridiquement, les directrices et directeurs d’école sont donc plutôt régis par un statut d’emploi. » Comment une fonction peut-elle être « plutôt » régie par un statut ? Elle l’est ou ne l’est pas… Cette affirmation n’a aucun fondement juridique. Voilà qui est très curieux dans un texte qui se veut précis dans le domaine juridique… Le SNUipp ne serait-il pas certain de ce qu’il avance ? Du coup, en perdant de sa valeur, son argumentation s’apparente fortement à du racolage à quelques jours des élections professionnelles… 

 

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