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Le statut de directeur d'école dans les projets présidentiels de 2012

 

Certains candidats ou partis évoquent le statut de l'école et de son directeur.

Qu'en disent-ils ?

 

Marine Le Pen
UMP
UMP & PS

Philippe Poutou 

 

La synthèse et les résultats de la consultation IFOP - GDID sont disponibles sur le site de l'Ifop à l'adresse suivante (cliquer sur le panneau ci-dessous) :

 

 

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 12:09

Mercredi 20 janvier, des parents et enseignants de Seine-Saint-Denis ont manifesté sous les fenêtres du  ministre de l’Education nationale pour lui signifier leur ras-le-bol de voir de plus en plus de maîtres absents non remplacés. A l’appui de leur exaspération, une comptabilité des jours sans cours (1 738 jours d’absences non remplacées depuis septembre 2009).

La grippe H1N1 puis la gastro en sont-elles les seules causes ? Comme nous l’avons souvent dénoncé, les suppressions de postes liées au non remplacement d’un fonctionnaire sur deux en sont la raison principale. Pour les syndicats d’enseignants, à force de restrictions budgétaires, « on a attaqué l’os ». Pour le ministère, rien à voir avec les moyens.

 

Invité de Jean-Pierre Elkabbach, sur Europe 1, Luc Chatel a annoncé qu'il allait « travailler avec les organisations syndicales sur plusieurs pistes » pour améliorer le système de remplacement des enseignants absents. Le ministre a ensuite détaillé les trois pistes, qui, selon lui, devraient apporter une solution au problème dénoncé par les parents et les enseignants :

 

Une plus grande réactivité. « Aujourd'hui, on remplace trop lentement les professeurs absents », il y a « un délai de carence de 14 jours, pendant lesquels le lycée doit se débrouiller avec un professeur absent » et « c'est seulement au bout de 14 jours que le rectorat intervient, il faut que dès le premier jour les autorités académiques soient mobilisées », a expliqué le ministre.

 

Rappelons que ce délai de carence n’existe pas dans le premier degré et que la situation n’est pas meilleure pour autant. Combien de classes sans maîtres ? Combien de journées perdues ? Combien de surcroît de travail et de fatigue pour les enseignants qui doivent accueillir ces élèves ? Combien de difficultés supplémentaires pour les directeurs d’école qui doivent gérer dans l’urgence l’absence d’un collègue ?

 

Une plus grande souplesse. « Si vous avez un manque de professeurs de mathématiques à Paris et que vous avez des professeurs de mathématiques disponibles à Créteil, et bien les professeurs de Créteil ne peuvent pas aller à Paris. Donc on va assouplir ce dispositif » entre académies, a ajouté Luc Chatel.

 

Cette souplesse ne permettra que quelques arrangements à la marge… Tous les départements connaissent les mêmes difficultés, la même pénurie de moyens de remplacement.

 

Un vivier de remplaçants. « Troisième exemple : nous devons diversifier et enrichir notre vivier de remplacement, par exemple avec des partenariats avec Pôle emploi, en mobilisant ici ou là de jeunes retraités de l'Education nationale ou en travaillant avec des étudiants qui ne sont pas encore admis aux concours », a poursuivi le ministre.

 

Cette troisième piste ressemble étrangement à l’agence nationale du remplacement que souhaitait créer Xavier Darcos et que Luc Chatel ne jugeait pas pertinente.  

 

Interrogé pour savoir si les difficultés de remplacement n'étaient pas une conséquence des suppressions de postes de professeurs, le ministre a répondu : « Non, ce n'est pas un problème nouveau, il est nettement antérieur à la question de la réduction des postes dans l'Education nationale ».

Il est vrai qu’en 2005, déjà, François Fillon pensait améliorer une situation jugée délicate. En 2008, Xavier Darcos avait promis la création d’une agence nationale du remplacement que Luc Chatel n’a pas jugée pertinente. Le ministre de l’Education nationale attend pour la fin du mois un rapport interne, avec un état des lieux et des recommandations.

 

Certes, le problème est récurrent, mais faut-il un nouveau rapport pour constater que la situation ne fait que se dégrader d’année en année et qu’elle devient critique depuis que le gouvernement s’est lancé dans une politique idéologique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Politique justifiée en quelques mots par Luc Chatel au micro d’Europe 1 : « Les professeurs ne sont pas assez payés dans notre pays… Moins d’enseignants mieux rémunérés, telle est la politique que nous menons. »

Explication bien courte qui méritait d’être développée. En effet, seuls les débuts de carrière seront concernés par des augmentations de salaire. Rien pour l’immense majorité des enseignants en place.

Il est regrettable que des journalistes aussi chevronnés que Jean-Pierre Elkabbach ne réagissent pas devant de telles affirmations, se contentent de vagues explications et ne cherchent pas à obtenir une meilleure information…

 

Il se dit aussi que courant février, une circulaire ministérielle autoriserait les directeurs d’école, les principaux de collège et les proviseurs de lycée à rechercher des remplaçants (piste n° 3) pour pallier les insuffisances de l’Administration…

On voit tout de suite les limites d’une telle démarche. Qui ? Quand ? Comment ? Avec quels moyens ? Quels contrats ? Bref, un beau bricolage pas du tout à la mesure du problème…

 

Chef de rayon « bricolo bricolette » ? La nouvelle mission confiée aux directeurs d’école ?

 

Relire nos derniers articles sur le sujet :

-       La règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans le collimateur de la Cour des Comptes

-       Une cause du malaise enseignant : la faillite du remplacement des maîtres absents

 

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Published by Les directeurs en lutte - dans Propositions du Ministère
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 17:02

En pleine préparation de son congrès de mars 2010, le SE-UNSA dresse un bilan de son action édictée par le précédent mandat. Ainsi, Philippe Martin, secrétaire départemental 59, publie-t-il un « rapport d’activité départemental » sur la « direction d’école ».

 

Direction d’école : dossier non clos

 

En mai 2006, était signé entre le ministère de l’Education nationale et le SE-UNSA le protocole sur la direction d’école. Que n’avons-nous entendu à l’époque ?

Et puis le temps a passé. La fuite de nos directeurs syndiqués n’a pas eu lieu et le SE-UNSA a été confirmé comme syndicat majoritaire des écoles dans notre département.

Avec le recul, considérons à nouveau les avancées :

-          Généralisation des décharges pour les directeurs d’école à 5 classes et extension à toutes les écoles à 4 classes ; décharges de rentrée pour les petites écoles ;

-          Dotation d’une aide administrative dans chaque école en ayant fait la demande ; le SE-UNSA sait bien que certaines d’entre elles n’ont pu en bénéficier et intervient régulièrement pour que le quota d’aide administrative soit abondé :

-          Augmentation de l’indemnité de direction ; celle-ci sera augmentée une seconde fois en 2007 pour atteindre 1295 euros.

Et puis il ya eu la signature du protocole sur les 108 heures signé par le SE-UNSA et le SGEN-CFDT. A cette occasion :

-          Une décharge de service a été attribuée aux directrices et directeurs d’école pour organiser l’aide personnalisée (de 10 heures pour les petites écoles à une décharge de service totale pour les plus grosses) ;

L’indemnité de direction a été augmentée de 200 à 600 euros.

Pourtant, le SE-UNSA considère-t-il que le dossier est clos ? Non, bien sûr, et les débats qui auront lieu lors du congrès de Brest, en mars prochain, iront, notamment, dans le sens

-          d’une augmentation du temps de décharge,

-          d’une revalorisation de l’indemnité et de la bonification indiciaire,

-          de la dotation dans chaque école d’un secrétariat administratif dont les missions seront pérennisées, dont les emplois seront stables et qualifiés.

Depuis plusieurs années maintenant, le gouvernement tente d’imposer les EPEP. Au-delà des EPEP, c’est l’évolution du fonctionnement et de la direction d’école qui interroge notre syndicat, comme les autres d’ailleurs… sauf qu’au SE-UNSA les débats ont lieu pour faire avancer des pistes concrètes, y compris lorsqu’ils sont contradictoires. A nouveau, à Brest, le SE-UNSA débattra du fonctionnement de l’école, de sa structuration juridique, de son autonomie financière à seule fin de l’amélioration de l’efficacité pédagogique.

 

 

Le SE-UNSA n’échappe pas à l’autosatisfaction rencontrée dans les syndicats ou partis politiques à la veille d’un congrès. L’équipe en place est globalement contente du travail accompli. Tout aussi naturellement, elle agrémente son bilan d’un bémol pour justifier ses difficultés à remplir totalement son mandat d’où la nécessité souvent réaffirmée de reconduire les dirigeants afin de parachever leur œuvre… Rien que de très classique.

 

Constatons, cependant, que le SE-UNSA fait abstraction de bon nombre de critiques qui lui ont été adressées durant cette mandature. Certes, si l’obtention d’une décharge pour les écoles de 4 classes a été saluée comme une juste et réelle avancée, rappelons que les conditions de sa mise en place ont été souvent difficiles. Les PE2 ont parfois été imposés sans concertation ni sur le jour de décharge ni sur le contenu de leurs interventions. Le suivi et la formation de ces jeunes stagiaires a souvent été une charge supplémentaire pour nombre de collègues directeurs. Enfin, rappelons, l’incertitude qui se fait jour avec la disparition de ces PE2 à la prochaine rentrée scolaire.

Le SE-UNSA présente aussi comme une avancée la double augmentation de l’ISS. L'honnêteté commande de la relativiser car cette augmentation ne représente que la modeste somme de 2 fois 15 euros…

Quant à la part fixe de l’indemnité versée comme une prime et allant de 200 à 600 euros, rappelons que l’immense majorité des collègues travaillent dans des écoles de moins de 10 classes et ne touchent donc, pour la plupart, que 200 ou 400 euros. Peut-on, pour autant, admettre que cette augmentation soit à la mesure de la reconnaissance de leur métier ?

 

Ce syndicat semble également se féliciter d’avoir signé le protocole sur les 108 heures. Là encore, il faut relativiser « l’avancée » que constitue l’attribution d’une décharge de service pour organiser l’aide personnalisée. Nous savons que certains IA  et IEN n’ont pas été très coopératifs pour simplifier le travail des directeurs. Nous ne comprenons d’ailleurs toujours pas pourquoi certaines catégories de personnels ont été exemptées de l’aide personnalisée pendant que l’immense majorité des directeurs y étaient contraints.

 

A quelques mois de son congrès, l’équipe dirigeante du SE-UNSA présente ses perspectives pour le prochain mandat. Curieusement, ces mesures sont annoncées avant les débats du congrès… Ce qui signifie qu’elles « coulent de source » et qu’elles constituent une revendication permanente hors mandat (augmentation du temps de décharge et revalorisation financière).

Quant à la demande de « dotation dans chaque école d’un secrétariat administratif dont les missions seront pérennisées, dont les emplois seront stables et qualifiés », qui peut croire qu’elle puisse aboutir rapidement et être exaucée par un quelconque gouvernement ? Pas même les dirigeants du SE-UNSA qui savent bien que cette mesure n’a aucune chance d’être retenue en ces temps de RGPP et de coupes budgétaires. D’ailleurs, la structure de la grande majorité des écoles ne nécessite pas « un secrétariat administratif ». Les directeurs ont surtout besoin d'une décharge pour assurer eux-mêmes le bon fonctionnement de leur école.

Qui peut également croire que ces « emplois seraient stables et pérennisés » alors qu’ils ne sont actuellement assurés que par des personnes en contrat aidé, sans formation et mal rémunérées ?

Comment croire que ces personnels seraient « qualifiés » alors même que la formation des enseignants est revue à la baisse pour de simples raisons budgétaires ? A l'évidence, le SE-UNSA verse sciemment dans la démagogie en avançant ce type de mesure qu'il sait irréaliste et irréalisable.
 
 

Philippe Martin semble aussi minimiser l'impact de la signature du protocole en mai 2006. Comment vérifier que les directeurs syndiqués n’ont pas quitté le navire ? Est-ce le fruit du hasard si les directeurs d’école ont été si nombreux à répondre à la consultation IFOP commandée par le GDID en septembre 2006 ? Le SE-UNSA aurait-il oublié que 93 % des collègues ont manifesté leur désir d’être reconnus par un véritable statut professionnel ?

N'oublie-t-il pas également que les élections professionnelles ont traduit une érosion de 1,6 point sur le plan national malgré une participation en hausse de près de 2 points. En outre le SE-UNSA a recueilli moins de 25 % des suffrages exprimés.

Certes, il est bon que les débats aient lieu au sein du SE-UNSA à propos de la direction d’école. En effet, ce n’est pas le cas dans toutes les organisations syndicales. Mais les directeurs attendent davantage que des débats. Il est temps que le SE-UNSA prenne clairement position sur la question du statut et qu’il inscrive enfin cette mesure au premier rang de ses revendications. Il est temps que le SE-UNSA considère la reconnaissance institutionnelle des directeurs d’école comme une priorité absolue de son action « à seule fin de l’efficacité pédagogique », comme il dit…

 

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 12:29

Le débat actuel ne cesse de tourner autour de ce que les médias et analystes appellent « la politique du chiffre ».

Politique du chiffre dans les reconduites aux frontières.

La polémique est permanente. De multiples reportages nous ont montré le va-et-vient des Roumains qui reçoivent une prime de départ volontaire pour mieux revenir quelques mois plus tard avant d’être de nouveau « expulsés », comptant ainsi plusieurs fois dans les statistiques…

 

Politique du chiffre dans le domaine de l’insécurité.

Libération nous confirme ce que chacun pressentait, à savoir que la politique sécuritaire mise en place par Nicolas Sarkozy passe par des chiffres et des quotas.

Ainsi, apprend-on qu’à Châlons-en-Champagne, le « chef de l’unité de sécurité de proximité » détaillait les « objectifs chiffrés en matière de voie publique pour l’année 2009 ». Le capitaine de police y fixe des quotas à atteindre. « Chaque brigade de roulement de jour devra à minima procéder à 65 interpellations hors IPM (ivresse publique et manifeste) et délits routiers, à 10 interpellations de personnes faisant l’objet de fiches de recherches, établir 230 TA (timbres-amende) pour des infractions au code de la route hors stationnement et 75 TA pour comportement dangereux », etc. La brigade anti criminalité de Châlons-en-Champagne avait pour ordre de réaliser « 162 interpellations » et de retrouver 24 personnes recherchées.

Bref, l’essentiel étant de faire du chiffre en multipliant les élucidations « faciles » au détriment des enquêtes longues et pas toujours couronnées de succès.

 

Politique des quotas pour atteindre 30% de boursiers dans les grandes écoles.

Une politique qui peut paraître « juste » à première vue mais qui pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Hakim El Karoui, normalien, président et fondateur du club du XXIe siècle, qui réunit les élites issues de la diversité souligne la complexité du débat et la nécessité d'agir en amont.

« Il faut aller vers plus de boursiers en grandes écoles, c’est une évidence. Mais je ne suis pas favorable aux quotas. Si l’on veut 30 % d’élèves boursiers à HEC, l’ENA ou Polytechnique, avec la méthode des quotas, cela signifie de fait qu’il faut mettre en place un concours parallèle.
Par exemple, Polytechnique garderait les 400 premiers reçus à son concours et irait chercher ensuite les boursiers dans les rangs suivants. Il y aurait donc un concours pour les riches et un pour les pauvres, fondé en outre sur un critère assez fluctuant : celui des bourses.
 »

 

Politique du chiffre encore dans la Fonction Publique.

Nous n’avons cessé de dénoncer le non renouvellement d’un fonctionnaire sur deux qui n'est pas la meilleure façon de résorber le déficit public quand on sait que la gabegie en postes se situe essentiellement dans les collectivités territoriales.

L’Education nationale en est d’ailleurs la première victime avec des incidences parfois inattendues comme le rapporte le SE-Unsa 59.

« Le Ministre pourra toujours claironner que l’Académie du Nord/Pas de Calais gagnera 55 postes à la rentrée prochaine ; la réalité sur le terrain sera toute autre.

En effet, ces 55 postes devront compenser la perte des moyens de décharge des directeurs à 4 classes  assurés par les PE2 lors de leur stage filé.

Les PE2 sont cette année près de 600 (392 pour le Nord, 210 pour le Pas de Calais) et occupent dans les écoles 150 postes (sur 1/4 de décharge). 150 - 55 = près de 100 postes que le 1er degré de l’Académie du Nord perdra à la rentrée 2010.  

Où seront récupérés ces postes ?

Dans les écoles maternelles ou élémentaires ou dans les brigades de remplacement puisque le département ne compte quasiment plus de postes hors classes (ceux-ci ayant déjà été largement supprimés ces dernières années) ? »

 

On le voit, la politique menée dans le but de réduire le déficit public est davantage la traduction d’une idéologie libérale que le fruit d’une véritable réforme réfléchie et concertée.

C’est ce que déplore Jacques Marseille lorsqu’il déclare "Sarkozy n'a pas engagé les réformes structurelles"

Jacques Marseille avait salué le programme et l’élection de Nicolas Sarkozy et accompagné le besoin d’une rupture. Aujourd’hui, l’essayiste libéral regrette "le temps perdu" et "l’autosatisfaction".

Et lorsqu’on lui demande si « La suppression d’un poste de fonctionnaire sur deux va dans le bon sens », Jacques Marseille répond :

« C’est un slogan, ce n’est pas une réforme. Il fallait analyser chaque fonction, supprimer des services qui ne servent à rien, quitte à en créer d’autres. Il fallait revoir totalement notre système de formation, seul sésame pour retrouver une dynamique d’emploi. Ces actions n’ont pas été engagées et je crains qu’elles ne le soient pas avant 2012. »

 

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 23:29

Philippe Seguin, premier président de la Cour des Comptes, n’a pas manqué de fustiger la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux en présentant le rapport de la Cour sur « les effectifs de l’Etat » de 1980 à 2008.

« L'État se révélant incapable d'analyser les besoins et de programmer ses effectifs en conséquence, sa politique du personnel est dictée principalement par des considérations budgétaires de court terme », a souligné Philippe Seguin.

Il a en outre regretté que cette règle forfaitaire de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux "résulte d'une démarche purement quantitative", sans évaluer la qualité des missions de service public.

Cette règle, limitée en termes de réduction des dépenses et du déficit, l’est également dans le temps. En effet, la pyramide des âges de la fonction publique est telle qu'elle ne pourra fonctionner à très long terme, estime-t-on à la Cour des Comptes. En effet, à partir de 2013, le nombre de départs en retraite dans la fonction publique d'Etat devrait tomber à environ 10.000 par an, ce qui reviendrait à une économie de seulement 5.000 postes.

Pour M. Séguin, étant donné la "dégradation accélérée de nos finances publiques", "il y a urgence à mettre en place une politique globale de gestion du personnel public", gestion actuellement "éclatée" et lacunaire selon le rapport.

 

La baisse des effectifs dans la Fonction publique d'Etat a été plus importante que prévue, avec 28.000 équivalents temps pleins (ETP) supprimés en 2008, contre 22.921 fixés par la loi de finances, selon un communiqué de l'Elysée publié mercredi à l'issue du Conseil des ministres, précise le journal « l’Expansion ». L'écart "traduit l'anticipation par certains ministères de suppressions de postes prévues dans le cadre du budget 2009-2011", précise un communiqué du ministère du Budget et de la Fonction publique.

Ces réductions d'effectifs interviennent dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), nous en avons largement fait écho sur ce blog (relire nos nombreux articles sur le sujet).

 

Les syndicats enseignants n’ont pas attendu pour tirer la sonnette d’alarme. Pour le SE-Unsa, « l’addition est particulièrement salée ».

« Le Comité Technique Paritaire Ministériel du 16 décembre a mis à son ordre du jour la répartition des moyens pour la rentrée 2010. Un dénominateur commun à toutes les données qui nous ont été communiquées : faire plus avec moins ! La difficulté de la tâche explique sans doute la communication tardive des documents, moins de 24 heures avant l’ouverture des travaux.

Dans le premier degré, la répartition de 1 650 emplois camoufle mal la diminution importante des moyens pour les écoles. En effet, dans le contexte de la réforme de la formation des enseignants, ce sont 9 182 emplois de stagiaires qui disparaissent. Chacun d’eux exerçait à quart temps devant les élèves. Ce sont donc près de 2 300 équivalents temps plein qui se volatilisent ainsi. Dans le même temps, on annonce l’arrivée de 5 400 élèves supplémentaires dans les écoles. Moins de postes pour plus d’élèves : en la matière l’imagination n’est pas fertile : c’est encore la scolarisation des deux ans et les remplacements qui vont payer leur écot à cette politique ».

[…] « Au moment où l’Etat réussit à trouver trois milliards pour les restaurateurs, il fait payer une addition particulièrement salée à l’Education nationale : les 16 000 emplois économisés représentent une économie de 500 millions d’euros. »

Pour le SE-UNSA, « cette stricte politique budgétaire, qui ne voit dans l’Education nationale qu’un gisement d’économies d’emplois, va à rebours d’une politique ambitieuse : celle de l’investissement dans l’Education », déclare Christian Chevalier, Secrétaire Général du SE-Unsa.

 

Côté FSU, les réactions sont tout aussi indignées. "Arrêtons ce jeu de massacre en période de crise", a réagi Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, premier syndicat dans la Fonction publique d'Etat (2,5 millions de fonctionnaires), sur France Info.

"Pas étonné" par ces chiffres, il a expliqué que "depuis la mise en œuvre de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances), on parle de plafond d'emplois : c'est-à-dire que chaque ministère, chaque administration a un nombre maximum d'emplois dont il peut disposer mais il n'est pas obligé d'atteindre ce maximum, il peut faire des économies supplémentaires".

"C'est manifestement ce qui se fait depuis plusieurs années, et je crains que pour 2009 et 2010 on ait le même phénomène de suppressions d'emploi qui viennent s'ajouter à celles déjà prévues par le législateur", a-t-il ajouté.

 

Paradoxalement, les effectifs de l'ensemble de la fonction publique française ont augmenté de 36% entre 1980 et 2008. Comme nous l’avons déjà expliqué, la progression de l'emploi public résulte essentiellement des collectivités territoriales (+71%). Et, malgré d'importants transferts de compétences aux collectivités, la décentralisation n'a entraîné aucune baisse ni même stabilisation des effectifs de l'Etat, a relevé Philippe Séguin.

"Les effectifs s'ajustent très peu à la baisse de la demande ou des besoins mais sont au contraire très réactifs aux nouvelles sollicitations", a-t-il ajouté.

Ainsi, les effectifs du ministère de l'Agriculture et de ses opérateurs ont doublé alors que le poids de l'agriculture dans l'emploi et la richesse nationale était divisé par deux.

Philippe Seguin note que la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux profite en outre aux "administrations pléthoriques et sous-productives" qui ont moins de mal que les autres à "rendre des effectifs". "On récompense donc les mauvais élèves, ceux qui, au fond de la classe et depuis très longtemps, résistent aux efforts de productivité", tranche Philippe Séguin. "Les personnels de l'État, des collectivités et des hôpitaux sont la principale force du service public. Nous ne pouvons leur offrir comme seule perspective une rationalisation froide et permanente", ajoute-t-il.

 

C’est pourtant cette perspective que réserve le ministère de l’Education nationale à ses personnels comme le confirme l'édition annuelle de l'Etat de l'école, une publication ministérielle, qui vient de sortir. Cette étude est un bon indicateur du désinvestissement public. Ainsi, apprend-on que, de 2000 à 2009, près de 140 000 emplois d'enseignants ont disparu (1 124 389 à 985 573).

Cette « rationalisation froide et permanente » est, sans nul doute, l’un des éléments qui contribuent au malaise que nous rencontrons dans l’enseignement et dont nous avons rendu compte dans de récents articles.

 

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 12:12

Nos deux derniers articles (*) concernaient le malaise enseignant. Ce mal-être est profond puisque « près d'un enseignant en fin de carrière sur deux n'attend qu'une seule chose : partir le plus vite possible » selon l’enquête du « Carrefour santé social ».

Les enseignants sont souvent perçus dans l’opinion comme des salariés travaillant relativement peu (horaire hebdomadaire moindre que le salarié du privé et nombreuses vacances...). Certes, de plus en plus ces dernières années, la difficulté du métier est mise en avant dans les médias. Le public prend ainsi conscience qu'il n'est pas de tout repos.

 

Qu’est-ce qui rend ce travail si difficile ? Les réponses sont multiples même si reviennent le plus souvent le comportement des élèves, le bruit, le volume de travail. Mais si on laisse les enseignants parler spontanément, ils mettent en avant le manque de considération et de reconnaissance, une critique qui vise l'institution. L'épuisement psychologique  vient ensuite. Certaines catégories d'enseignants sont plus touchées que d'autres. Il s'agit d'abord des professeurs de collège, ensuite des enseignants de technologie, une discipline qui se sent peu considérée, et des directeurs d'école dont la fonction est peu reconnue par l'institution.

 

Créé, début 2005, par Jean-Michel Laxalt, président de la MGEN, le "Carrefour santé social" est un lieu d’échanges et de réflexion. Il associe la MGEN, les fédérations FSU et UNSA Éducation et Sgen-CFDT, ainsi que les syndicats SNES/FSU,   SNUipp/FSU, SE-UNSA, SNPDEN. Très rapidement, les partenaires rassemblés au sein du "Carrefour santé social" se sont donné pour mission de conduire des travaux sur les thématiques de la santé et du travail.

Cette enquête, sous forme d’un questionnaire déclaratif et anonyme a été mise en ligne sur les sites Internet de la MGEN, de l’Unsa Éducation, de la FSU et des syndicats SNES, SNUipp/FSU, SE UNSA, Sgen-CFDT et SNPDEN. Les partenaires ont diffusé un questionnaire sur leurs sites respectifs. Le but : recenser les opinions de leurs internautes sur leurs conditions de travail et de santé, comprendre leurs motivations à réduire ou prolonger la durée de leur service et enfin évaluer leurs attentes et leurs aspirations.

 

Profil des répondants à l’enquête

93% sont adhérents à la MGEN et 60% sont syndiqués.

Les répondants sont pour la plupart professeurs des écoles (55,2% des répondants), certifiés (25,3%) ou agrégés (6,4%), exerçant à temps complet pour 88,7% d’entre eux. Ils exercent essentiellement en école élémentaire (51,6%), dans les collèges (23,0%) et dans des lycées d’enseignement général, technique ou professionnel (19,3% en tout).

 

Appréciation sur leur travail

La majorité des répondants ont une perception positive de leur métier (54,5%), alors qu’un peu plus de 6% ne sont pas du tout satisfaits.

Une grande partie des répondants jugent leur travail intéressant (47,2%), même s’il est jugé fatigant (55,2%) ou même stressant (43,3%).

Les professeurs de l’enseignement supérieur ont une perception beaucoup plus positive de leur métier : plus que les autres enseignants, ils jugent avec les agrégés leur métier épanouissant, valorisant et en soulignent le caractère enrichissant.

Les professeurs enseignants au collège sont les plus négatifs sur leur métier, qu’ils perçoivent moins « passionnant », moins « enrichissant », moins « valorisant », plus « éprouvant, pénible, décourageant » et surtout plus « stressant » que leurs collègues.

A noter : le qualificatif « enthousiasmant » n’est quasiment jamais choisi.

 

Commentaires spontanés sur l’appréciation du métier

Ces verbatim sont majoritairement composés de critiques des conditions de travail et d’attentes ou de suggestions d’amélioration de leur situation professionnelle en fin de carrière.

Les professeurs en collège (PEGC) représentent la catégorie d’enseignants qui émettent le plus de critiques spontanées sur leurs conditions de travail :

Le manque de considération, de reconnaissance constitue la critique la plus fréquente, surtout de la part des professeurs des écoles. Ce reproche s’adresse :

-       principalement à l’institution Education Nationale, à qui ils font grief notamment de multiplier les réformes et les changements successifs de programmes,

-       puis à leur hiérarchie directe dans les établissements,

-       aux parents d’élèves,

-       et enfin aux inspecteurs, critiqués pour des inspections, jugées trop rares, davantage orientées sur la sanction et peu sur le conseil.

L’« épuisement psychologique » des enseignants en général (stress, troubles du sommeil) est le deuxième motif d’expression libre.

 

A noter, la lassitude particulière de deux catégories de professeurs :

Les professeurs de technologie (évolution permanente des programmes, discipline peu considérée et difficultés ressenties à suivre les évolutions constantes à la fois des technologies et des programmes)

 

Les Directeurs d’école sans décharge de classe ou avec une décharge jugée insuffisante, qui souffrent du manque de considération de leur fonction et estiment devoir assumer une surcharge importante de travail insuffisamment rémunérée.

« Le Ministère de l'Education Nationale va-t-il se moquer encore longtemps des directeurs d'école primaire (…) qui sont taillables et corvéables à merci, qui doivent effectuer des tâches de plus en plus nombreuses, assumer des responsabilités de plus en plus lourdes, être les interlocuteurs de nombreuses personnes, structures ou associations...sans être rémunérés pour le temps passé et les risques encourus et qui doivent, très souvent, également enseigner dans des conditions de plus en plus difficiles !

Beaucoup libèrent leur direction, laissant la place à des jeunes insuffisamment formés ou à des adjoints non volontaires, commis d'office. Ce qui était il y a quelques années une promotion devient maintenant la dernière fonction à demander ».

« J'ai adoré ce métier mais je suis très contente de partir, tant je suis épuisée et écœurée surtout depuis que j'ai fait la folie de prendre une direction. »

 

Médecine du travail et politique de prévention

L’absence de médecine du travail et le souhait de voir le ministère de l’Education Nationale appliquer la législation du travail reviennent de façon récurrente dans l’expression des attentes.

 

Attentes vis-à-vis de l’employeur Education Nationale

Les attentes de reconversion en fin de carrière conduisent une partie des enseignants à formuler des revendications à l’employeur Education Nationale :

Formation continue tout au long de la carrière d’enseignant qui permet une adaptation continue de l’exercice professionnel et bilan de compétences.

 

Attentes vis-à-vis des syndicats

Les enseignants et plus particulièrement les professeurs des écoles, les enseignants en collèges, en lycées professionnels ont souhaité exprimer reproches et attentes à l’égard des syndicats :

Attentes d’une aide pour le calcul des retraites, notamment dans le cas complexe de multi-carrières et pour les enseignants en situation de handicap

Reproches : une prise en compte insuffisante dans les négociations avec le gouvernement sur la retraite, la pénibilité du travail, les interruptions dans la carrière pour élever des enfants, l’écart de comptabilisation des enfants dans le calcul de la retraite entre secteur privé et Education Nationale des enseignants ayant atteint le nombre de trimestres de cotisation avant l’âge de 60 ans et qui sont obligés de continuer à travailler jusqu’à cet âge, sans en retirer d’avantage financier.

 

L'usure d'une bonne partie du corps enseignant est, à n’en pas douter, un défi qui s’impose à tout ministre de l’Education nationale.

Cette nouvelle enquête met en avant le malaise des directeurs d’école. A ce titre, elle n’apporte rien qui ne soit déjà connu des pouvoirs publics et des syndicats. Pour autant, elle n’apparaîtra pas inutile si elle permet d’accréditer un peu plus l’impérieuse nécessité d’apporter une solution au problème. Et l’on ne pourra plus longtemps se contenter de la réponse du ministre de l’Education nationale, Luc Chatel : « Je suis également ouvert à une réflexion sur le rôle des directeurs d’école, dont les responsabilités se sont effectivement accrues au cours des dernières années sans qu’un statut propre soit créé à leur destination. C’est par cette question qu’il faudra commencer par s’interroger avant d’envisager une évolution du statut des établissements ».

La responsabilité des syndicats enseignants est également engagée. Leurs responsables ne pourront plus indéfiniment se cacher derrière des motions de congrès ou des propos lénifiants à la veille de chaque élection professionnelle pour faire patienter encore et toujours les directeurs d’école. Le temps de la réflexion n’a que trop duré. Il est temps de passer à l’action.

Luc Chatel aura-t-il les moyens d’aider les directeurs d’école ? Les syndicats auront-ils la volonté de les entendre ?

 

(*) A lire ou relire

- Malaise et désenchantement dans l’Education nationale
- Une cause du malaise enseignant : la faillite du remplacement des maîtres absents

 

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 23:07

Les suppressions de postes concernent de plus en plus les enseignants affectés au remplacement de leurs collègues absents. Cette situation, fruit de la politique de restrictions budgétaires, est source de malaise chez les enseignants. Malaise des directeurs d’école qui doivent gérer dans l’urgence la répartition des élèves entre les classes des maîtres présents. Malaise accentué par le fait que ces mêmes directeurs doivent souvent faire face à l’incompréhension des familles qui ne comprennent pas que leur enfant puisse rester sans enseignant parfois plus d’une semaine. Malaise des adjoints qui voient leurs effectifs gonfler de façon régulière et souvent de façon importante. Malaise des élèves répartis qui font les frais des coupes sombres de postes d’enseignants…

 

Nous publions, ci-dessous, l’article de Maryline Baumard (Le Monde) ainsi que la réponse du ministère de Luc Chatel.

   

Article paru dans « Le Monde »

A cette époque de l'année, on entre dans une zone de turbulences : ce sont environ 10 000 classes de primaire et de maternelle qui se retrouvent sans enseignants. Absents pour cause d'arrêt maladie. C'est tous les ans le même scénario, grippe A ou pas.

 

Chaque année, dans le premier degré, 45 % des enseignants ont au moins un arrêt maladie, et 8,3 % en ont plus de trois. Chaque arrêt ayant une durée moyenne de 6,2 jours, ce sont près de 2 millions de jours d'école sans "le maître" ou "la maîtresse". Lorsqu'on inclut les congés maternité ou de formation, on arrive à une absence moyenne de 11,1 jours par enseignant et par an. Comme il est difficile de laisser une classe sans maître, il faut remplacer.

 

Un rapport confidentiel commandé par le ministère de l'éducation à un cabinet d'audit - que Le Monde s'est procuré - pointe, outre cet absentéisme, deux fois plus élevé que dans le privé, les nombreux dysfonctionnements du système de remplacement. Preuve manifeste que les conditions de travail se sont largement dégradées.

 

Première anomalie : les remplaçants sont plus souvent absents que les enseignants titulaires. Près de 17,4 jours par an en moyenne. "Il y a beaucoup de "bras cassés". Ils ne sont pas totalement indisponibles, mais ils sont souvent refusés par les directeurs d'école ou bien se mettent en maladie dès qu'ils n'ont pas l'affectation souhaitée", note un inspecteur d'académie interrogé dans le cadre de cet audit.

 

Ce rapport avait été commandé par le précédent ministre de l'éducation, Xavier Darcos, en vue d'une réforme des remplacements. Luc Chatel a lancé une mission sur le sujet et devrait annoncer une réorganisation au début de l'année 2010.

S'il rejette l'idée d'une "agence nationale" lancée par son prédécesseur, il pourrait offrir des outils de gestion aux académies, voire autoriser un élargissement des zones de remplacement. "Le Vélib' va bien au-delà du périph, non ?", lance-t-on en guise de boutade dans l'entourage du ministre.

En attendant, les académies bricolent, essayant de concilier l'intérêt des enfants et celui des parents mécontents. "En période de pic, on a une gestion politique du dossier. On gère en priorité les écoles où les élus et les parents sont remuants. Une fois la crise passée, on démonte le cirque et on replante le chapiteau ailleurs", explique un autre responsable académique dans ce rapport d'audit qui avait été dévoilé par RTL, en juin.

 

L'affaire se complique quand on sait que le groupe formé par les remplaçants sert de point de chute pour accueillir les enseignants en difficulté. "Le potentiel de remplaçants, c'est une marge de gestion pour du personnel fragile en difficulté. C'est une soupape pour éviter des situations critiques devant les classes", a confié un inspecteur au cabinet d'audit.

Cette situation s'explique par l'absence de propositions de reconversions faites aux enseignants qui ne peuvent plus faire face à une classe. Ce qui assigne à ce bataillon de 30 000 remplaçants du premier degré une mission bien plus large que la simple gestion des remplacements... Et ce, alors que l'ensemble des enseignants du primaire et du secondaire sont touchés par les coupes budgétaires, qui ont fait disparaître 50 000 postes depuis 2007.

 

Les syndicats demandent des postes, le rapport pointe, lui, d'autres marges d'optimisation. "55 % des congés de 24 heures et 81 % des congés de 48 heures ont lieu juste autour du week-end et suggèrent un léger potentiel de réduction ", plaide l'audit qui souligne par ailleurs la remontée des maladies en plein mois de mai.

 

En ce qui concerne les collèges et les lycées, le système de remplacement est différent, mais la problématique reste identique : remplacer des enseignants qui tombent tous malades en même temps. Face à la progression de l'absentéisme, la tentation est grande de recourir à des personnels non titulaires.

C'est le choix du recteur de Créteil, Jean-Michel Blanquer, toujours prêt à innover, qui a adressé un courrier, le 18 novembre, aux chefs d'établissements des lycées et collèges. "Afin de rendre le remplacement plus efficient", il leur demande de "repérer dans leur entourage personnel ou parmi la population de vie scolaire (les surveillants), des étudiants ou des personnes titulaires au minimum d'une licence ou ayant des compétences avérées susceptibles d'alimenter valablement le vivier de contractuels ou de vacataires".

Les syndicats et la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) y ont vu immédiatement un "aveu sans détour" des conséquences de la politique de suppressions de postes d'enseignants et un "cache-misère". Des critiques infondées selon le rectorat qui fait valoir que le nombre prévu de contractuels ou de vacataires n'est pas plus important cette année, que la procédure est "la même que d'habitude" et que ce courrier s'inscrit dans un souci de "mobilisation maximale" sur le dossier du remplacement.

 

Habituelle ou non, l'embauche de vacataires est aussi une des propositions du rapport d'audit. Il montre en effet qu'un vacataire coûte 20 % de moins qu'un titulaire. A l'heure où chaque ministre est prié de faire des économies, Luc Chatel étudie toutes les pistes. "Plusieurs types de ressources pourraient être envisagés, en particulier les jeunes retraités et les étudiants en master", plaide le rapport. Les seconds sont jugés "très pertinents en particulier sur les congés de 15 jours à 2 mois". Les jeunes retraités de l'éducation nationale, auxquels plusieurs académies font déjà appel, sont jugés une solution possible pour les "congés de moins d'une semaine".

 

A l'heure actuelle, il n'y a pas d'impératif de remplacement avant deux semaines d'absence dans le secondaire. Le système des petits arrangements entre enseignants d'un même établissement ne fonctionne pas, même s'il a été rendu possible par un texte paru au Bulletin officiel du 1er septembre 2005. "Il est quasiment impossible à organiser avec la charge d'heures supplémentaires assurées par les enseignants", constatait récemment le secrétaire général du syndicat des chefs d'établissements (SNPDEN), Philippe Tournier.

 

Réponse du ministère

Le ministère a confirmé l'existence de ce rapport réalisé par le cabinet Roland Berger, tout en soulignant qu'il "ne fallait pas stigmatiser les enseignants et dresser les gens les uns contre les autres".

"Il n'y a pas de problème pour la plupart des remplacements dans le premier degré", a-t-on indiqué dans l'entourage de Luc Chatel.

"C'est un rapport qui a plus d'un an. Il faut regarder sur quelle population sont calculées ces statistiques, une population féminine à 85%, qui a naturellement plus de congés pathologiques (post-maternité, comptabilisés comme des congés-maladies, ndlr) que d'autres populations. On trouverait les mêmes statistiques chez les infirmières", a-t-on expliqué au ministère.

 

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 16:43

Selon l'enquête "Enseigner en collège et lycée en 2008", menée auprès d'un échantillon représentatif de 1 200 enseignants et publiée en octobre par le ministère de l'éducation nationale, 67 % d'entre eux affirment ressentir personnellement ce qu’il convient d’appeler le « malaise enseignant ». Ils n'étaient que 53 % en 2005. Les enquêtes réalisées dans le primaire traduisent la même réalité. La plupart des enseignants invoquent un manque de reconnaissance professionnelle. Les directeurs d’école sont bien placés pour savoir ce que recouvre cette expression.

 

Dans un article intitulé « L’éducation nationale sans rêve ni moteur » (Le Monde du 24/11/2009), Luc Cédelle analyse ce malaise.

 

« Le message qui émane du corps enseignant, à travers syndicats, associations et témoignages individuels, est celui du désenchantement…L'éducation nationale ne croit plus en rien. Elle ne croit plus aux grands discours mobilisateurs sur son dessein républicain. Dites aux enseignants qu'ils sont le creuset de la nation, les gardiens de la citoyenneté ou les passeurs de la culture : ils se demanderont quel coup fourré se cache sous ces compliments convenus.

La volonté [de Nicolas Sarkozy] de réconcilier la droite avec le monde éducatif s'est perdue dans les sables de la réduction des postes, répétée d'année en année (49 400 suppressions de 2007 à 2010, soit environ 6 % des effectifs), et de la généralisation des logiques gestionnaires inspirées du privé.

L'éducation nationale ne croit pas au discours gestionnaire. Il faut être député UMP pour penser que les économies en cours vont "contraindre à se réformer" un système qui, au contraire, se crispe chaque jour un peu plus.

Quant à la logique libérale du grand coup de balai, emportant le "carcan" des statuts de la fonction publique et poussant à son terme le principe du "libre choix" par les familles des établissements scolaires, personne dans l'éducation nationale ne l'a jamais perçue autrement que comme une étrange utopie. Sa transformation en hypothèse crédible est même le seul motif qui pourrait réveiller, droite et gauche confondues, ce volcan endormi.

L'éducation nationale ne croit plus tellement au discours syndical : les professeurs se sentent plus agressés que jamais, mais ne s'investissent pas dans leur défense collective. Chaque année, au bout de deux ou trois journées de grève à peu près réussies, la démarche syndicale s'enlise et le gouvernement n'a qu'à laisser passer l'orage.

Hormis une frange d'activistes où les jeunes se font rares, l'éducation nationale ne croit pas non plus, ou ne croit plus, en l'ambition pédagogique comme moyen de faire reculer l'échec scolaire et réaliser ses objectifs de démocratisation.

Bref, beaucoup d'individus et de groupes, dans le monde enseignant, ont encore foi en un idéal. Mais la majorité s'enfonce dans un scepticisme inébranlable et un chacun pour soi qui brise d'avance toute dynamique collective. En roue libre, tournant sur sa lancée, l'éducation nationale reste sans rêve, sans moteur. »

 

Malaise et désenchantement à l’égard des syndicats

Lors de la dernière grève, le 24 novembre dernier, chacun a pu ressentir le ras-le-bol des grèves inefficaces et inutiles. Faut-il chercher plus loin l’explication de la division des organisations syndicales et donc la faible mobilisation qui en résulte ? Certaines organisations l’ont bien compris et s’interrogent sur de nouvelles actions possibles.

 

 

Malaise et désenchantement à l’égard de la rigueur budgétaire

 

Suppressions de postes

Les suppressions de postes par dizaines de milliers ont accrédité l’idée que le système éducatif n’était plus une priorité pour les pouvoirs publics. Les enseignants ont le sentiment que le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux prime sur la qualité de l’enseignement.

L’exemple de l’Académie de Créteil est révélateur du désordre qui règne dans les services de l’Etat. A force de supprimer des postes de remplaçants parce qu’ils sont invisibles et donc indolores, la situation est tendue au point que le rectorat ne parvient plus à remplacer les professeurs absents.

 

Dans une lettre aux chefs d'établissements, le recteur de Créteil les invite à chercher des personnes "ayant des compétences avérées" pour effectuer des remplacements. Pour les syndicats ce courrier est un aveu d'indigence budgétaire.

 

"Vous avez peut-être dans votre entourage personnel ou parmi votre population de vie scolaire, des étudiants ou des personnes titulaires au minimum d’une licence ou ayant des compétences avérées qui pourraient venir valablement alimenter le vivier de contractuels ou de vacataires" écrit Jean-Michel Blanquer recteur de Créteil, dans un courrier envoyé aux chefs d'établissement.

Il leur demande également de faire appel pour enseigner aux assistants d'éducation, " car, « comme leur nom l’indique », il y a « éducation » dans leur appellation". Cependant, le décret qui fixe leurs missions ne le prévoit pas… A aucun moment n’est posée la question de leur aptitude à enseigner, s’indigne le SE-Unsa.

 

Pour le Se-Unsa, "cette lettre est un aveu sans détour des difficultés lourdes que rencontre aujourd’hui notre système éducatif pour assurer dans de bonnes conditions l’ensemble des heures d’enseignement dues aux élèves".  Un communiqué intersyndical (Cgt, Sud, Se-Unsa, Sgen, Snetaa du 93) et de la Fcpe 93 dénonce "les conditions inacceptables dans lesquelles se déroulent les remplacements". Sur l'académie plus de 2 500 enseignants non titulaires feraient office de remplaçants.

 

« Je vous invite également à repérer sur le district, des enseignants volontaires pour effectuer des HSA ou HSE dans un établissement de votre secteur et à me les faire connaître. Cette population ainsi repérée pourrait parfois être sollicitée pour aider à résoudre certaines situations (petits BMP à l’année ou suppléance de moyenne durée). 

Les familles ont parfois l’impression qu’aucune prise en charge des élèves n’est assurée, notamment dans le cas où une absence de courte durée, répétitive, devient de fait de moyenne ou longue durée », poursuit le recteur.

 

Le projet de budget 2010 prévoit la suppression de 16.000 postes supplémentaires l'année prochaine, ce qui porte le chiffre à 50.000 suppressions en trois ans dans l'Education.

Il y aura encore des suppressions de postes en 2011, a laissé entendre le ministre. "Le président de la République ne m'a pas demandé et n'a pas annoncé qu'il allait revenir sur sa politique du non-renouvellement d'un fonctionnaire sur deux".

Luc Chatel a déclaré qu'il n'était pas question de revenir sur cette orientation. "Cette politique nous permet de mettre en place la revalorisation financière des enseignants, qui est très attendue", a-t-il dit sur RTL.

 

Revalorisation : le master pour 30 euros ?

Sensée revaloriser la profession enseignante, la « masterisation » semble bien être un jeu de dupes. Selon le Snes, le ministère proposerait une revalorisation minime. "Les enseignants néo-recrutés seraient directement rémunérés à l’actuel 3ème échelon revalorisé de 30 euros (échelon atteint actuellement à la fin de l’année de stage)". Pour les premiers échelons, la revalorisation se limiterait à "30 euros de plus par mois sur les 6 premières années et 12 euros de plus à compter de 2016".

« La suppression des 2 premiers échelons, présentée comme une mesure permettant un gain substantiel, est en réalité la conséquence de la disparition, dans le nouveau processus de formation, de l’année actuelle de stagiarisation (PE2) », dénonce le SNE-CSEN.

 

Malaise et désenchantement à l’égard des injustices

Les enseignants paient le plus lourd tribut à la mise en place de la RGPP, nous l’avons maintes fois écrit (relire nos différents articles sur le sujet). Or, nous l’avons aussi également dénoncé, la gabegie budgétaire n’est pas, loin s’en faut, l’apanage de la Fonction publique d’Etat.

Un récent rapport de la Cour des comptes, qui dresse un bilan de 25 ans de décentralisation, nous apprend que depuis 1980 les effectifs des collectivités locales ont grimpé de 63%, soit 650 000 agents de plus, quand ceux de l'Etat ne progressaient que de 16%, soit moins que l'accroissement de la population du pays.

Toujours selon ce rapport, depuis 2001 les dépenses des collectivités locales ont connu une très forte hausse, chiffrée par la Cour à 54%.

Aujourd'hui, les budgets cumulés des collectivités du pays pèsent quasiment le même poids que le budget de l'Etat. Pourtant c’est l’Etat, seul, qui n'a eu de cesse depuis des années de réduire ses effectifs, de fermer des collèges, des tribunaux, des casernes (45 000 postes en moins dans l'armée en 7 ans), des commissariats, des gendarmeries et demain des directions départementales (la célèbre DDASS aura disparu le 1er janvier prochain).

 

Sous l'effet de la RGPP (révision générale des politiques publiques), lancée par Nicolas Sarkozy dès son entrée à l'Elysée, le mouvement s'est encore accéléré. D'ici 2011, la gendarmerie et la police auront de nouveau perdu près de 10 000 postes

Chaque année en effet, l'Etat verse 55 milliards d'euros aux collectivités, ce qui constitue son premier budget de dépenses, à égalité avec l'éducation nationale.

 

Le malaise est d’autant plus palpable que les enseignants peuvent comparer leur revalorisation à celle des conseillers ministériels et personnels des ministères.

René Dosière pointe dans un communiqué l'augmentation de 11,1% des effectifs des cabinets ministériels et de 17,2% pour les seuls conseillers.

Le député de l'Aisne qui épluche depuis des années le budget de l'Elysée et s'est attaqué au printemps au train de vie du gouvernement, fonde ses observations sur l'étude du document relatif aux personnels des ministères, annexé au Projet de loi finances (PLF) 2010.

Le budget global de rémunération des employés des ministères a pour sa part explosé de 56,8% pour atteindre 38,57 millions d'euros cette année, souligne le député.

Ainsi la rémunération brute mensuelle des conseillers a-t-elle progressé de 12,8%, à 7.157 euros, pour un coût total de 21,3 millions d'euros sur l'année.

"Ces augmentations démesurées sont incompréhensibles dans la période de crise qui frappe durement les Français", écrit René Dosière.

Il dénonce le décalage entre ces chiffres et la "politique drastique de réduction du nombre de fonctionnaires dans les administrations" menée par le gouvernement, qui s'est engagé à ne pas remplacer un fonctionnaire partant à la retraite sur deux en 2010.

En juin dernier, René Dosière avait déjà épinglé l'Elysée dont le budget avait augmenté de 18,5% en 2008, soit une hausse sept fois plus importante que celle du budget de l'Etat.

 

L’on comprend mieux pourquoi Luc Cédelle peut écrire que « le message qui émane du corps enseignant, à travers syndicats, associations et témoignages individuels, est celui du désenchantement…L'éducation nationale ne croit plus en rien. Elle ne croit plus aux grands discours mobilisateurs sur son dessein républicain »…

 

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 11:52

Depuis quelques semaines, un conflit oppose les élus lyonnais aux enseignants de la ville. A l’origine, la réunion, par la municipalité de Lyon, dans les écoles, de représentants des ATSEM et des ATSEP pour évoquer la réorganisation de la semaine scolaire.

Réunis le 18 novembre à l’initiative du SNUDI-FO, 35 collègues de 19 écoles ont lancé l’appel suivant :

 

« Nous avons pris connaissance des projets de la ville de Lyon qui voudrait mettre en place les EPEP (Etablissements Publics d'Enseignement Primaire) en réorganisant la semaine scolaire.

Dans le cadre de cette réorganisation, les écoles fonctionneraient 4,5 jours par semaine.

Cette organisation conduirait inévitablement à ce que les animations pédagogiques et de nombreux conseils des maîtres soient placés le mercredi après-midi, contraignant ainsi les enseignants à une semaine de 5 jours plein à l'école.

Cette réorganisation serait le prétexte pour mettre en place les EPEP : les EPEP seraient des regroupements d'école gérés par un conseil d’administration où siègeraient majoritairement élus politiques et associations de parents. Ces conseils d'administration auraient toutes compétences en matière de gestion financière, de gestion des postes, de gestion des personnels, de pédagogie.

Les EPEP signifieraient ainsi la disparition de l’école laïque républicaine, la destruction du statut des enseignants fonctionnaires d’Etat et de nombreuses suppressions de poste.

Depuis des années, les ministres successifs (Fillon, De Robien, Darcos, Chatel) ont dû renoncer à mettre en place les EPEP devant la résistance des maires, des collègues et des parents d'élèves. Nous ne comprenons pas pourquoi la ville de Lyon propose son aide au gouvernement en proposant d'expérimenter les EPEP.

Nous sommes fonctionnaires d'Etat, nous voulons le rester. Nous refusons que la ville de Lyon détermine nos obligations de service.

Nous demandons au maire de Lyon de renoncer à ses projets d'EPEP et de réorganisation de la semaine scolaire. »

 

« Le SNUDI-FO alerte toute la profession ! »
Sa demande d’audience auprès de l’Adjoint au maire chargé de l’éducation ayant été repoussée à fin novembre, le syndicat en pointe sur ce dossier en profite pour rendre public le communiqué suivant :

 

---------------------------------------------------------------------

 

Les directeurs, enseignants fonctionnaires d’Etat, n’ont rien à gagner avec les EPEP.

 

Les directeurs sont confrontés chaque jour davantage à la multiplication des sollicitations, des tâches diverses et des partenaires imposés. Cette situation est le produit direct des orientations ministérielles de remise en cause de nos garanties statutaires de fonctionnaire d’Etat qui impose la flexibilité et la déréglementation pour accélérer les suppressions de postes dans l’Education nationale.

 

L’empilement des tâches doit cesser.

 

Ainsi la mastérisation des concours conduit à l’envoi de 50 000 étudiants en stage «  en responsabilité » dans des classes pendant 4 à 5 semaines. Elle transférera immanquablement la prise en charge de la formation de ces étudiants sur les directeurs comme ce fut déjà le cas avec les stages filés.

 

L’Aide Personnalisée et son cortège de bilans, tableaux de présence, fiches de suivi … désorganisent les écoles et aggravent les conditions de travail des enseignants comme des directeurs. Il faut mettre un terme au processus de déréglementation et de flexibilité.

 

Cette situation ne saurait être le prétexte pour instrumentaliser les directeurs et en faire le cheval de Troie des EPEP.

 

« Proposer d’installer dans le 1er degré  une structure ayant les compétences d’un établissement public » au niveau duquel « les modalités d’organisation doivent  se prendre » comme le revendique le SGEN-CFDT, c’est accroître l’autonomie des écoles au détriment d’une réglementation nationale inscrite dans le statut général de la fonction publique et les statuts particuliers.

Qu’est-ce qu’un établissement public composé « des écoles d’un quartier ou d’un chef lieu de canton » ou « d’un collège et des écoles qui l’entourent » sinon un EPEP ?

 

C’est exactement ce que propose M. F. Reiss, député du Bas Rhin, et initiateur de la proposition de loi sur les EPEP, pour introduire du « contrat dans le statut » et ouvrir la voie au transfert vers les collectivités territoriales.

C’est exactement ce que rejettent les enseignants depuis 5 ans rejoints par 86% des maires selon une étude réalisée pour l’AMF et l’ANDEV en octobre 2009.

 

Un « statut d’emploi fonctionnel » ou des garanties statutaires  gage de l’indépendance professionnelle

 

Revendiquer un « statut d’emploi fonctionnel » pour les directeurs au prétexte que « trop de décisions concernant la gestion de l’école sont prises à l’inspection académique (…), à la mairie » revient de fait à les extraire du statut d’enseignant fonctionnaire d’Etat pour en faire une catégorie à part placée au dessus de leurs collègues enseignants et en dehors de l’Education nationale.

 

Comme tout emploi fonctionnel, il peut être ouvert à tous les corps de fonctionnaire sans garantir aux directeurs un accès privilégié.

Comme tout emploi fonctionnel, l’accès est conditionné au bon vouloir de la hiérarchie livrant les personnels aux pressions diverses et au mérite.

Il viendrait de plus s’ajouter au dispositif déjà existant de rémunération au mérite (hors classe) décriée par l’ensemble de nos collègues et que le ministre entend amplifier avec le « Pacte de carrière ».

 

Le SNUDI FO rappelle les propos du député Reiss à propos des perspectives d’accès au poste de directeur d’EPEP pour les actuels directeurs d‘école : « Beaucoup de candidats et bien peu d’élus ».

 

Ni « statut d’emploi fonctionnel », ni « établissement public », non aux EPEP,  non aux fusions d’écoles, oui à un directeur par école.

 

La défense des conditions de travail des directeurs nécessite l’ouverture de négociations sur l’amélioration des décharges de service, l’amélioration financière, l’allègement des tâches et la clarification des responsabilités.

 

---------------------------------------------------------------------

 

Dans ce texte, le SNUDI-FO affirme clairement son opposition à la « création d’EPEP » mais également à la mise en place d’un « statut d’emploi fonctionnel ». Certes, ce syndicat se prononce pour « l’ouverture de négociations » et « la défense des conditions de travail » mais se garde bien de préciser s’il est favorable ou non à un statut des directeurs.

Il nous semble que « l’amélioration des décharges de service, l’amélioration financière, l’allègement des tâches et la clarification des responsabilités » seraient mieux garanties par un statut professionnel. Qu’en pense le SNUDI-FO ?

 

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 15:21

Le Sgen-CFDT publie un « 4 pages » intitulé : « direction et fonctionnement de l’école » entièrement consacré à ses propositions.

« Par delà la simple question de l’organisation de l’école, le Sgen-CFDT revendique une évolution en profondeur du pilotage du système éducatif qui s’appuie et qui accompagne la volonté d’agir des équipes et qui mette fin aux pratiques infantilisantes en cours dans notre ministère.

Avec ce « quatre pages » nous souhaitons commencer à partager ce projet avec vous », écrit Thierry Cadart, secrétaire général.

 

En préambule, le Sgen rappelle que le débat est récurrent et qu’il « resurgit autour d’une initiative parlementaire ». Le syndicat précise que les problèmes sont de plusieurs ordres :

Les responsabilités qui pèsent sur l’école (pédagogiques, juridiques, administratives...) et particulièrement sa direction se sont amplifiées, complexifiées et diversifiées.

Le modèle ancien encore en vigueur ne répond plus aux exigences de notre époque.

La charge de travail et de responsabilité des directeurs ou des enseignants chargés de direction n’est plus acceptable.

 

Il faut signaler que si le débat resurgit, c’est aussi grâce à l’initiative du GDID qui a lancé une pétition auprès des directeurs d’école, à destination des syndicats et qui est un appel à intervenir pour la défense et la reconnaissance de tous les personnels, directrices et directeurs compris. Pétition qui connaît un véritable engouement puisque déjà signée par des milliers de collègues.

Le Sgen l’admet volontiers puisqu’il précise que « l’association GDID (Groupement de Défense des Intérêts des Directeurs) contribue elle aussi à relancer l’actualité de cette thématique en proposant un débat national sur la question. Elle a raison de le poser en ces termes mais les solutions ne sont pas simples à élaborer et il faudra beaucoup d’échanges, de débats pour dégager des réponses valides ».

 

Le « 4 pages » détaille ensuite les propositions du Sgen :

 

Nous ne pouvons nous satisfaire :

-       Ni du projet EPEP qui transfère l’autorité de l’école primaire, de l’Éducation Nationale vers les communes évacue la question mais ne résout rien au fond. Il complique les relations professionnelles et affaiblit le rôle d’orientation et de contrôle de l’État en particulier en matière éducative.

-       Ni d’un statut de directeur qui réglerait partiellement la situation juridique des directeurs, mais ne changerait rien à la place de l’école dans son environnement social, économique et politique et n’améliorerait pas en lui même les conditions de travail de ces personnels.

 

C’est pourquoi le Sgen-CFDT s’engage dans ce débat à partir de trois thèmes qui lui semblent essentiels :

 

1-     La proximité

 

L’enjeu essentiel est de préserver la relation de proximité qu’entretient l’école avec les familles, les partenaires, et les élus locaux…

Pour cela, dans chaque école, le directeur doit disposer de temps et d’une définition claire de ses tâches et responsabilités. Le Sgen-CFDT propose de recentrer les activités du directeur sur l’animation pédagogique, les relations avec les familles et les partenaires, renforcer les pouvoirs décisionnels du conseil des maîtres et la mise en œuvre des projets d’école, et de l’aider dans ses fonctions administratives et financières, comme celles qui relèvent de la gestion technique et purement administrative. Cela implique de conforter les temps de décharge de service des directeurs et de confier les tâches administratives et comptables à des personnels compétents et responsables sur le plan juridique.

 

2-     La gestion de l’école

 

Trop de décisions concernant la gestion de l’école sont prises à l’IA, à la circonscription, au collège, à la mairie, à la caisse des écoles, en raison principalement de questions de taille de la structure, de compétences statutaires des différents personnels… Tout cela est source de déresponsabilisation des acteurs, manque de clarté pour la population et rend les conditions de travail des directeurs, coincés entre injonctions hiérarchiques et diversités des partenaires, de plus en plus insupportables.

L’école a besoin d’exister juridiquement et administrativement.

Les difficultés qui sont apparues pour l’organisation de l’aide personnalisée ont mis en évidence que les modalités d’organisation doivent se prendre au niveau de l’école. En rapprochant le niveau de la prise de décision des enseignants de l’école, c’est l’ensemble des personnels qui y participerait.

 

Le Sgen-CFDT propose d’installer dans le premier degré une structure ayant les compétences d’un établissement public pour pouvoir assumer ses responsabilités.

Cet établissement doit être fédérateur pour pouvoir établir des relations claires avec les collectivités locales (mairies et communauté de communes), contracter avec elles et représenter localement l’Éducation nationale.

Il doit également être mutualisateur et mettre à la disposition des écoles qui le composent un centre documentaire commun, un Rased, des services de santé et sociaux, une antenne informatique ou plus généralement Tice, des liens directs avec diverses structures (MDPH...). Il serait naturel que cet établissement se voit confier des tâches de gestion actuellement dévolues à la circonscription. Cela permettrait de recentrer le rôle de la circonscription sur la formation, l’animation et l’évaluation pédagogique, ces dernières fonctions devant rester extérieures à l’établissement.

 

Projet d’établissement

Pour cela l’établissement doit fonctionner sur la base d’un projet d’établissement, garder une taille humaine et être doté des personnels administratifs et de direction nécessaires.

L’expérience montre qu’il ne faut pas excéder 500 élèves environ pour garder à une structure des qualités relationnelles (entre adultes comme avec les enfants et les familles).

On peut donc imaginer des établissements composés :

• d’une seule grosse école ou groupe scolaire comme il s’en trouve dans les grandes villes ;

• des écoles d’un quartier ou d’un chef lieu de canton ;

• d’un collège et des écoles qui l’entourent dans certaines zones rurales ou de montagne.

 

La direction de l’établissement

Les responsabilités confiées nécessitent un statut officiel.

Pour le Sgen-CFDT, ce statut pourrait être un statut d’emploi fonctionnel. Ce statut permet d’exercer les responsabilités de la fonction, ainsi que la reconnaissance financière des responsabilités exercées, mais il est lié à la période d’exercice de cette fonction. Il a le caractère temporaire d’un détachement. S’il souhaite y mettre fin, le personnel revient à son statut précédent ou au statut auquel il aurait accédé entre temps, par voie de concours par exemple. À l’évidence, ce personnel de direction devrait être un directeur d’école qui fait le choix de quitter la classe pour entrer dans ce type de fonction. Cela peut représenter un débouché de carrière ou conduire à d’autres fonctions de direction par la suite...

 

3-     La démocratie professionnelle

 

Toute la difficulté est d’articuler la structure de proximité qu’est l’école et la structure de gestion que serait l’établissement de façon à ce que complémentarité ne devienne pas concurrence et que l’une n’étouffe pas l’autre.

Pour le Sgen-CFDT, la seule garantie crédible, c’est de construire un fonctionnement démocratique donnant à chacun la reconnaissance de ses responsabilités au niveau où il intervient. Notamment, si le directeur d’école doit être déchargé de tâches administratives (réponses d’enquêtes, contacts avec des fournisseurs, gestion comptable, montage de financement…) il doit rester le représentant de l’établissement au niveau local. Il faut donc qu’il soit partie prenante dans la vie de l’établissement.

Dans ce cadre un conseil pédagogique, composé de droit de représentants de l’ensemble des écoles composant l’établissement (directeur ou adjoint selon le choix de l’équipe), serait chargé de conduire le projet pédagogique et de formuler en direction du Conseil d’Administration (cf. ci-dessous) toutes demandes liées au fonctionnement pédagogique.

Enfin, comme dans tout établissement public, il faut un conseil d’administration composé par tiers d’élus de l’ensemble des personnels, d’élus des usagers (parents et élèves dans le cas d’un établissement mutualisé avec un collège) et de représentants des collectivités territoriales.

Le Sgen-CFDT ne verrait qu’avantages à ce que le président du Conseil d’Administration (CA) soit élu librement en son sein. Ne pas confondre les rôles de président du CA et de représentant de l’État (directeur de l’établissement) serait un atout pour un véritable débat démocratique au profit de tous.

Pour assurer ces rôles, les personnels qui s’engageraient dans ces mandats devraient bénéficier d’une décharge de service.

 

Le Sgen souhaite également « clarifier le rôle de chacun » :

 

« Aujourd’hui, le directeur d’école est tout à la fois un enseignant, un interlocuteur pour tout le monde, un gestionnaire… mais il n’en a pas les moyens, ni en temps ni en légitimité juridique. Et il doit souvent s’appuyer sur une autoformation faute de formation continue suffisante. Le Sgen-CFDT estime qu’on ne trouvera pas de solution à cette situation intenable en maintenant toutes ces fonctions sur la même personne.

C’est pourquoi il verse au débat l’idée de répartir ces fonctions chacune au niveau le plus approprié en établissant des relations démocratiques entre elles. Une telle clarification du fonctionnement permettrait également aux adjoints de mieux identifier des lieux de décision plus proches d’eux et donc d’avoir des possibilités d’expression plus réelles.

Le Sgen-CFDT ne prétend nullement avoir trouvé la solution idéale à tous les problèmes. Existe-t-elle d’ailleurs ? Mais il est prêt à débattre avec l’ensemble de la communauté éducative parce qu’il est urgent de répondre aux problèmes identifiés d’une part et aux inquiétudes des personnels d’autre part ».

 

Comme nous le voyons, les lignes bougent ou pour être plus précis, disons que le sujet fait débat… Jusque sur les bancs de l’Assemblée nationale où lors de discussion du Projet de Loi de Finances pour 2010, il fut récemment question du statut et du rôle des directeurs d’école.

 

 Ainsi, au sujet de la formation des enseignants et de leur accompagnement pédagogique, le rapporteur précise : « …Le dernier facteur de faiblesse réside dans le « très mauvais encadrement » des enseignants, au sens où celui-ci ne dispose par des moyens nécessaires pour mettre en place un « collectif » pédagogique où les enseignants se formeraient les uns les autres. Les directeurs d’école du 1er degré, qui n’ont pas de statut, et les chefs d’établissement du 2nd degré, qui doivent « faire avec » la liberté pédagogique revendiquée par les professeurs, n’exercent qu’un faible leadership pédagogique sur les équipes enseignantes, pourtant indispensable à la coordination, et par conséquent, à l’efficacité des pratiques d’enseignement et de soutien scolaire.

Ce constat est corroboré par M. Marcel Pochard : « il n’y a rien », aucun « corps intermédiaire », « entre l’enseignant, seul maître à bord, et sa classe », ce qui rend très difficile l’émergence de dynamiques collectives propices à une prise en charge efficace de la difficulté scolaire ».

 

Ou encore lors de l’intervention du Député Frédéric REISS, auteur de la proposition de loi visant à la création des EPEP : « J'ai bien noté qu'il était prévu de nommer 3 400 nouveaux directeurs à la rentrée prochaine, qui devront accomplir cinq semaines de stage de formation obligatoire, pour une dépense de 1 million d'euros. Il me semble cependant que les directeurs d'école n’attendent pas seulement de la formation, mais aussi un statut, qui devrait s'inscrire dans le cadre de la création d'établissements publics d'enseignement primaire. Doter les écoles de la personnalité morale et d'un statut juridique permettra une gestion pédagogique plus efficace, tant en milieu rural qu'en milieu urbain. Je regrette que la loi du 13 août 2004, qui prévoyait des expérimentations dans ce domaine, n'ait jamais fait l’objet des décrets d'application correspondants, de telle sorte que nous ne disposons d'aucune expérimentation sur les résultats de laquelle nous pourrions nous appuyer pour aller de l'avant. Je souhaiterais donc connaître votre avis sur cette question ».

 

Et enfin dans la réponse du ministre de l’Education nationale, Luc Chatel : « Je suis également ouvert à une réflexion sur le rôle des directeurs d’école, dont les responsabilités se sont effectivement accrues au cours des dernières années sans qu’un statut propre soit créé à leur destination. C’est par cette question qu’il faudra commencer par s’interroger avant d’envisager une évolution du statut des établissements ».

 

Bref, chacun s’accorde sur le constat, à savoir que les charges, les missions et les responsabilités des directeurs d’école se sont « effectivement accrues au cours des dernières années sans qu’un statut propre soit créé à leur destination ». Mais, aucun signe tangible ne vient nous laisser le moindre espoir de commencement de règlement ou de solution à court terme.

Alors que le diagnostic a été établi par l’ensemble des acteurs de l’Education nationale, qu’il est corroboré par nombre de rapports ou d’études, le ministre en reste au stade de l’interrogation : « C’est par cette question qu’il faudra commencer par s’interroger avant d’envisager une évolution du statut des établissements ».

Bref, la situation ne semble pas sur le point de s’éclaircir pour les directeurs qui n’aperçoivent pas encore le bout du tunnel et qui, RGPP oblige, devront patienter encore très longtemps avant de voir leur situation évoluer favorablement dans le sens de l’obtention d’un statut. Du discours aux actes, le chemin est souvent long…

 

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 22:55

Le SNUipp 59 publie un texte sur la « direction d’école ». Nous avons décidé de le reproduire dans son intégralité malgré sa longueur. En effet, il importe que les collègues directeurs connaissent parfaitement la position de ce syndicat pour s’en faire une idée la plus objective possible.

 

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Voici maintenant plusieurs années que la création d’un établissement du 1er degré autonome est attendu par les tenants de la libéralisation de l’Ecole : la mise en concurrence constituant le fondement de leur conception des rapports économiques comme sociaux.

C’est dans ce but que le projet de création des EPEP a été imaginé, visant à la constitution d’établissements publics du 1er degré dans lesquels les enseignants seraient minoritairement représentés dans l’organe de direction, placés sous la direction d’un chef d’établissement et d’un conseil d’administration soumis à la tutelle des élus locaux.

 

I- Le projet libéral

Il faut d’abord noter qu’il s’agit d’une localisation (municipalisation) de l’école, de ses moyens et de ses missions.

Le cadre : celui de la concurrence généralisée entre établissements, autour d’un classement fonction des seuls résultats des élèves.

Le fonctionnement : La gestion localisée des personnels, expérimentée cette année avec la remise en cause des règles paritaires et du rôle des élus : le statut des enseignants pourrait ainsi évoluer également vers la localisation et dans le cadre d’une rétribution aux résultats.

Le moyen : soyons attentifs aux toutes dernières « expérimentations » dans le cadre de la « rétribution » des élèves en cas de présence à l’école ! Elles ne sont en fait qu’une préparation des citoyens au projet de « chèque éducation » conçue par les cercles libéraux depuis les années 1980. Perçu de l’Etat par les familles, ce « chèque » serait ensuite apporté par celles-ci dans l’établissement de leur choix afin de constituer la dotation financière de ceux-ci…. après avoir bien sûr été abondé d’une part familiale plus ou moins importante (sans doute fonction du classement de l’établissement visé).

Magnifique projet qui, n’en doutons pas, tournerait le dos à l’Ecole républicaine pour tous.

 

II- Un obstacle

Il reste une étape essentielle pour ses tenants : gagner l’accord des enseignants comme des parents pour s’assurer une transition sans douleur. C’est le sens de la campagne menée sur l’instrumentalisation de l’Evaluation, sur la responsabilité des élèves, des enseignants et des familles dans l’échec scolaire, sur la remise en cause des aides collectives (RASED, Formation spécialisée, initiale et continue…), sur le coût du « mammouth » …

C’est aussi le rôle du rapport de l’IG (cf site du snuipp94) qui tout en constatant l’inefficacité des mesures installées en 2008 (aide personnalisée, stage de RAN, recul des RASED, nouveaux programmes, accompagnement éducatif, PPRE…) indique qu’il faut poursuivre. C’est ainsi qu’il insiste sur leur efficacité dans 2 domaines : l’explosion des réflexes de solidarité entre enseignants facilitant une gestion au profil, au résultat de leur carrière la mise en évidence de la nécessité d’un renforcement du rôle de la hiérarchie et dans ce cadre la création de structures conçues comme relais de cette autorité : les EPEP !

 

III- Une « nécessité incontournable » pour les libéraux

Celle d’un statut de directeur pour ces établissements. Comme toujours, les libéraux ont pris de l’avance et y travaillent depuis longtemps.

Cette idée remonte à de très nombreuses années : l’Ecole du XXIème siècle du ministre de l’époque Claude ALLEGRE en 1999 voici 10 ans, mais avant lui le projet de statut de « maître directeur » en … 1987 du ministre René MONORY y travaillaient déjà !

C’est d’ailleurs parce que ces projets se sont heurtés à l’époque à des batailles des personnels, refusant le corporatisme et la caporalisation des rapports dans l’Ecole, que les libéraux ont changé leur angle d’attaque. Tenant compte de leurs échecs, ils sont passés du projet frontal à la bataille idéologique. Bataille qu’ils mènent depuis lors pour faire, entre autre, admettre comme une évidence et rendre « incontournables » leurs propres projets.

C’est ainsi qu’ayant décidé de changer progressivement la réalité des écoles, ils ont, à cette fin, instrumentalisé les difficultés de fonctionnement qu’ils ont eux même créées depuis de nombreuses années. Outre le contenu de fond des missions et objectifs de l’Ecole, ces « évolutions » transfèrent constamment des missions nouvelles sur les collègues chargés de direction, sans jamais fournir une amorce de réponse aux attentes fabriquées (décharges notamment). C’est ainsi qu’ils ont pesé.

Double bénéfice, puisque tout en mettant en place l’Ecole de la concurrence des individus, ils laissaient ainsi s’exaspérer les rapports et les incompréhensions entre les directeurs et leurs collègues, sur la base même de la mise en place des dispositifs nouveaux. Ils ont travaillé à faire progressivement grandir l’idée que la solution aux problèmes serait un statut nouveau, plus conforme à leurs missions nouvelles… dans la cadre de la libéralisation rampante et inavouée de l’Ecole.

 

IV- Une tentation mortifère pour tous

Aujourd’hui la tentation du corporatisme est là ! Confrontés à une réelle difficulté à obtenir des avancées collectives et un recul des projets libéraux, les personnels sont habilement « invités » à se cantonner à des revendications parcellaires, qualifiées « d’entendables » par les gouvernants : bref à négocier leur condition individuelle en renonçant à toute mesure collective remettant en cause le sens du projet global sur l’Ecole.

C’est pourquoi le « dossier direction d’école » est régulièrement qualifié de « réel problème » par les ministres successifs, sans que jamais ils apportent une quelconque réponse de fond autre que la perspective d’un statut. C’est également ainsi que les collègues, confrontés à une réalité professionnelle de plus en plus difficile, sont insidieusement invités à perdre de vue que la dégradation de leurs conditions de travail relève d’abord d’un projet global visant l’ensemble du service public. Ils sont insensiblement amenés à se couper de leurs collègues adjoints en s’immisçant dans la gestion de leur carrière, de leur vie professionnelle…

 

Le piège est ici tendu. Toutes les forces libérales amplifient en ce moment insidieusement la bataille :
 

- Est-ce un hasard si l’on a vu ces dernières années un groupement de directeurs né directement de cette situation, être très vite invité à la table nationale des discussions sur ce dossier en dehors de toute représentativité ? Groupement qui progressivement participe de la montée en puissance de la « revendication statutaire » à partir du seul problème de la direction d’école ?

- Est-ce un hasard si deux syndicats archi minoritaires dans l’enseignement, bien connus pour leurs positions droitières, et les origines confessionnelles de l’un des deux, apporte son plein soutien à la revendication d’un statut ?

- Est-ce un hasard si le projet de loi de création des d’EPEP pourtant déjà ficelé par 3 députés UMP en 2008, et prévoyant un statut à vocation hiérarchique pour la direction d’Ecole, est toujours ajourné dans l’attente de trouver des soutiens proclamés ?

- Est-ce un hasard si la loi enjoint aux communes de financer toujours davantage l’enseignement privé dans la cadre d’une gestion déconcentrée des élèves et des personnels et en concurrence avec le Public ?

- Est-ce un hasard si le rapport de l’Inspection Générale, sorti ces jours-ci, conclue précisément sur … la nécessité des EPEP et d’un « rôle de relai pour la direction de ces établissements auprès des IEN » ?

NON bien sûr !

 

V- Une seule réponse : collective et solidaire

Qui pourra croire que c’est en agissant sur des dossiers isolément les uns des autres que l’on va concourir à améliorer la situation ?

Qui pourra croire que les questions de la direction d’école, réduites à celle d’un statut pour le directeur, serait sans rapport avec le projet de mise en concurrence des écoles ? des personnels ? des élèves ? Voir à cette fin, la volonté d’instrumentaliser les évaluations nationales -jusque là outils de régulation du système- pour en établir un classement des écoles (après celui des lycées).

Qui pourra croire que la volonté de renforcer le « pilotage des IEN », serait sans rapport avec la casse les droits des personnels exprimée à travers la remise en cause du paritarisme, avec la négation des droits syndicaux, des outils de défense collectifs ?

Qui pourra croire que ce statut nouveau serait créé sans lien avec la volonté de « mettre en place une nouvelle hiérarchie intermédiaire » attendue dans la Réforme Générale des Politiques Publiques (cf RGPP site du snuipp94) ?

Qui pourra croire que le statut du directeur règlera la question de la remise en cause de toute logique d’égalité dans le droit à l’éducation, et singulièrement grâce à la masse des réformes installées progressivement pour cela ?

Il faut que chacun garde la « tête froide » et se refuse de toute bataille corporatiste. Loin de toute réflexion cohérente pour l’Ecole publique, ses personnels et ses élèves. Une telle action ne pourrait que faire le bonheur de ceux qui poussent au crime.

En ces temps d’attaque généralisée, la solution aux revendications et besoins exprimés, est collective et globale. Toute action partielle ne pourrait que complexifier la situation en favorisant les projets de ceux qui veulent isoler les problèmes, pour mieux jouer des contradictions et avancer leurs fausses solutions.

 

Oui la direction d’école a besoin de temps, de moyens, de reconnaissance et de formation !

Mais il faudra d’abord revoir l’ensemble des mesures dé-régulatrices et génératrices de paperasse, de pressions sur les collègues, de culpabilisation des parents, des élèves qui dénaturent la fonction :

- Revoir les innombrables missions qui ont pour unique objet de transférer aux individus la responsabilité de l’échec des élèves (Evaluations, PPRE, PPAP, PPS, Conventions diverses …),

- Revisiter les missions de pacification des heurts sociaux qui ne sont que conséquence de la crise (signalements divers, suivis sociaux, gardiennage…)

- Revisiter les innombrables missions créées pour répondre à une municipalisation de l’école (commissions municipales diverses, gestion des actions éducatives, Conseils d’écoles, recherche complexe de crédits, démultiplication des projets pour la moindre action, PPMS, Protocoles divers …).

- Reconstruire des moyens d’aide à l’accueil du handicap, du sport à l’école, de la culture, de la pratique des langues, de la gestion des moyens techniques (entretien des locaux, des outils informatiques, audiovisuels …), de la médecine scolaire (PAI, vaccinations…), de l’aide sociale…

- Revoir la question du périscolaire : garderie du soir, études, aides aux devoirs, suivis éducatifs …

Il y aurait là beaucoup à faire pour recentrer la direction d’école sur sa fonction essentielle : animation d’une équipe et humanisation de la vie de l’école pour assurer la construction de connaissances. C’est la seule piste apte à rendre aux écoles leur âme !


Les libéraux veulent faire croire que « la responsabilité » est la mission première de cette fonction. C’est faux ! C’est leur choix de culpabiliser les individus, pour dédouaner le système et masquer le détournement des ressources, qui est porteur de cette vision.

Ce sont leurs choix qui conduisent à transférer l’organisation des missions de l’Etat sur les structures locales en conditionnant leurs ressources à celles des usagers et non aux richesses produites. Ce sont leurs choix qui conduisent à la nécessité de renforcer la hiérarchie et l’autoritarisme, pour mettre en place cette politique a contrario des besoins humains ! Ils ont choisi de configurer l’Ecole sur les seuls besoins économiques, ils ont choisi une Ecole du service minimum pour les déshérités, une Ecole qui rentabilise le savoir mais oublie sa dimension humaine et nécessairement solidaire. Ils ont besoin de moyens pour imposer ce choix qui se heurte aux attentes sociales : les EPEP et le statut de directeur en seront !

Nous, enseignants, parce que notre action pédagogique nous impose d’être porteurs des valeurs humanistes, nous pouvons, nous devons porter d’autres choix, une autre vision. C’est possible, c’est nécessaire. Le pire serait de se jeter dans la gueule du loup, comme nous y sommes progressivement invités.


Ensemble, tous ensemble ! Au delà du slogan, une nécessité impérieuse !

Ensemble, revendiquons dans le cadre d’un projet d’Ecole publique qui garantisse à tous un même droit à l’Education dans un cadre solidaire et citoyen. Revendiquons une Ecole serénisée, humanisée, Une Ecole républicaine.

Ensemble, réellement tous ensemble !

 

DES REVENDICATIONS POUR LA DIRECTION ÉTROITEMENT LIÉES À UNE AUTRE CONCEPTION DE L’ECOLE :

1- Plus de maîtres que de classes pour favoriser partout sur temps de travail l’aide aux apprentissages et profiter pleinement de la polyvalence de l’équipe

2- 3 heures hebdomadaires de concertation afin de gérer collectivement la vie de l’école

3- Pas une école sans décharge de service consacrée à la direction d’école avec un minimum d’une 1/2.

4- Retrait de tous les documents qui vont dans le sens de la culpabilisation des élèves et des maîtres : PPRE, Aide individualisée, Evaluations actuelles ...

5- Réflexion sur l’argent de l’école afin que les disparités sociales des élèves et économiques des ressources locales soient gommées.

6- Renforcement de la présence de la médecine scolaire auprès des élèves et gestion effective de leur santé (PAI, vaccinations, visites régulières, dépistages divers …)

7- développement de l’aide spécialisée partout afin que les élèves partout sur le territoire trouve aide publique et gratuite autant que de besoins

8- abandon de Base élèves et fourniture à toutes les écoles d’un outil informatique de gestion de l’école moderne, performant et ne constituant pas un fichage national des élèves

9- création d’un outil clair d’aide à la direction d’Ecole

10- clarification des missions sur la base du décret de 1989 et abandon de toutes les charges de travail qui conduisent à transférer des actions de gestion des collègues sur les directions d’écoles

11- création de corps statutaires et embauche de personnels autres qu’enseignants formés, rétribués à plein temps : assistants d’éducation, aide à plein temps à la scolarisation du handicap…

12- embauche de personnels qualifiés dans des corps existants : bibliothécaires, secrétaires…

13- renforcement des corps d’assistance sociale afin que dans toutes les écoles les élèves puissent être aidés socialement et éducativement …

OUI, des milliards pour une autre logique sociale et éducative, pour tous et non pour enrichir ceux qui le sont déjà !

REVENDIQUER pour le SNUipp, c’est ne pas se laisser enfermer dans les logiques à l’œuvre, c’est se DEFENDRE et TRANSFORMER

REVENDIQUER s’est se refuser au corporatisme qui ne peut que renforcer les divisions entre personnels qui ont les mêmes intérêts fondamentaux

 

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L’un des mérites de ce long texte est de bien faire connaître la position du SNUipp. Les enseignements y sont nombreux.

Comme toujours, les directeurs d’école sont qualifiés d’« enseignants chargés de direction » ou appelés « direction d’école », les « opposants » à l’idéologie du SNUipp présentés comme des « libéraux » et un « groupement de directeurs » assimilé aux « forces libérales ».

Le « statut de directeur d’EPEP » n’est autre qu’une « nécessité incontournable pour les libéraux » et leur « projet libéral ». Et, bien sûr, le SNUipp ne serait plus le SNUipp s’il ne faisait allusion à « une réponse collective et solidaire » en forme de credo pour « améliorer la situation » de l’école…

 

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