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Le statut de directeur d'école dans les projets présidentiels de 2012

 

Certains candidats ou partis évoquent le statut de l'école et de son directeur.

Qu'en disent-ils ?

 

Marine Le Pen
UMP
UMP & PS

Philippe Poutou 

 

La synthèse et les résultats de la consultation IFOP - GDID sont disponibles sur le site de l'Ifop à l'adresse suivante (cliquer sur le panneau ci-dessous) :

 

 

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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 10:50

L'affaire de la gifle du prof à son élève a provoqué une avalanche de réactions, de communiqués, de prises de positions tant des collègues, des parents, des élèves eux-mêmes que des politiques et syndicalistes. Toutes les autorités se sont exprimées. Nous publions, ci-dessous, l'extrait d'une chronique humoristique (Michèle Stouvenot dans le JDD), un article de Marcel Rufo, pédopsychiatre renommé ainsi que les réactions de Xavier Darcos et François Fillon.
 

Michèle STOUVENOT  JDD 03/02/2008 
 
"C'est vilain! La sanction a été immédiate. Qui a été puni Le prof ! Coupable d'avoir levé la main sur le petit morveux. Arrêté manu militari, mis en garde à vue, "le tortionnaire" a subi un interrogatoire serré. Cette main levée avait-elle tabassé sa victime ? Lui avait-elle flanqué une rouste ? Une torgnole ? Une branlée ? La pâtée ? "Une simple gifle !" a-t-il répondu. Simple, c'est vite dit. S'agissait-il d'une gifle qui claque "main ouverte sur la joue", selon la définition du Petit Larousse ? Ou d'une taloche, "coup donné sur le haut de la tête" ? La nuance est d'importance. C'est à la trajectoire, à la précision du geste et à la fermeté du poignet qu'on juge de la gravité de l'acte. La gifle du prof lui vaut un procès. La taloche de François Bayrou au môme qui, sur un marché, lui faisait les poches lui a rapporté trois points dans les sondages".
 

"Les enfants qu’on mérite"  par Marcel RUFO

Pédopsychiatre, le professeur Marcel Rufo est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes de l’enfance et de l’adolescence. Son dernier ouvrage : La vie en désordre (Anne Carrière Editions).
 
"Un professeur a giflé un élève qui l’a traité de « connard ». L’attitude la plus simple, mais la plus « faux derche », consiste à s’inspirer de Ponce Pilate : « Il ne faut pas qu’un professeur gifle un élève et il ne faut pas que celui-ci insulte son enseignant ». Mais le représentant de Rome en Palestine était un personnage public et il nous faut retourner vers l’hypocrisie et la médiocrité du quotidien : « Il aurait fallu s’arranger en interne, redire la loi à ce préadolescent et rappeler sa mission à l’éducateur ». Il y a donc quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark.

Cette année, 1760 dossiers ont été instruits pour insultes, menaces et coups sur le personnel enseignant, c’est beaucoup par rapport aux 57 dossiers d’enseignants accusés d’avoir frappé leurs élèves. Je sens gronder dans vos têtes la pensée individualiste dominante : « Ne touchez pas à mon enfant ! ». Mais un enfant peut-il se construire sans l’école ? Doit-on tenir pour quantité négligeable le passeur de culture que représente l’instituteur ? On dirait que monsieur Germain est un mythe. Lisez en annexe du Premier homme d’Albert Camus la lettre de l’instit au petit Albert. Il vient d’avoir le prix Nobel de littérature ; il a, comme vous le savez, perdu son père très tôt et sa mère est illettrée. Camus dit à son vieil enseignant qu’il a pensé à lui le jour de la remise du prix. La réponse du vieil instit est sublime : il décrit la joie et le plaisir qu’il éprouvait tous les matins de retrouver son élève et de voir dans ses yeux le bonheur des découvertes que le pédagogue lui apportait. Ce n’est pas de l’utopie, c’est la vie de Camus.

L’incroyable chance d’avoir dans notre pays une éducation nationale ouvrant toutes les chances, qu’il ne faut pas confondre avec réussite sans effort, vaut bien tous les gisements pétroliers du monde. Vous avez compris, je suis du côté de l’école. En traitant son enseignant de « connard », ce jeune garçon détruit le trésor qui lui est proposé. Je pense que le métier des parents, une fois pour toutes, consiste à imposer le respect des profs à leurs enfants. Après « connard », le coup de boule à son père est en marche. L’insulte est un coup qui détruit l’image de soi.

La fierté des enfants issus d’un milieu modeste ou pas, et qui vont à l’école, c’est d’être le moyen de porter une espérance d’ascension et de changement social en hommage à leurs parents. L’école ne sert plus à rien si les consommateurs gâtés, gavés de présents, ne comprennent pas que c’est un moyen splendide d’évolution. Ton père est migrant, ta mère travaille, ton père est gendarme : ils veulent que tu réussisses mieux. La dignité, c’est le respect de l’autre, l’adaptation à l’autre. En dehors des performances scolaires si importantes, les parents doivent être fiers qu’on leur déclare la qualité de politesse, de courtoisie et d’adaptation de leurs enfants. Oui, il faut élever ses enfants !

Sinon, que restera-t-il ? Le talion, les menaces ? Ce fait divers est passionnant car il nous montre notre confusion sociétale : un élève insulte, un prof gifle et le père gendarme porte plainte. Je suis du côté de l’enseignant, car à notre époque et bien loin des hussards de la IIIème République, il est fragile. Je suis pour la défense absolue des passeurs de culture, contre la barbarie, je suis pour les enseignants de maternelle, du primaire, du collège, du lycée et des facultés. Les parents ont les enfants qu’ils méritent. Vous ne pouvez admettre que votre fils insulte un enseignant, vous penseriez alors que vous avez échoué dans votre mission éducative, voire affective. Bien élever son fils, sa fille, n’est pas une attitude de classe sociale, d’origine, c’est simplement la preuve qu’on les aime".

 

 

XAVIER DARCOS, comment analysez-vous cette affaire de la gifle ? (Interview dans Le Parisien)

 

Xavier Darcos. C'est un fait divers, dans lequel une insulte inacceptable conduit à un geste tout aussi déplacé. Mais se contenter de condamner un peu rapidement cet enseignant serait méconnaître la réalité de la vie de beaucoup de professeurs, notamment dans les collèges où ils sont confrontés à une population d'élèves difficiles, qui connaissent peu ou mal les règles de la vie sociale, du respect dû aux adultes, aux enseignants.

Cette affaire révèle des dérèglements, dont les premières victimes sont les enseignants : dans 99 cas sur 100, ce sont les professeurs qui sont touchés par des agressions de tous ordres, pas l'inverse.

Comment aider les enseignants à se faire respecter ?

Il faut restaurer leur autorité, je ne cesse de le dire. Les collégiens ne font plus la différence entre les rapports sociaux du monde des copains et de la rue, où on se « traite » à tout bout de champ, et le rapport d'autorité qu'il doit y avoir, selon un code de politesse, entre enfant et adulte à l'école. Lorsque l'on discute aujourd'hui avec un élève en faute, il est frappant de voir à quel point il ne comprend pas ce qu'il a fait de mal. A 11 ans, pourtant, on ne doit pas traiter un adulte de « connard ». Cette affaire ne fait en tout cas que me conforter dans l'idée, initiée il y a quelques semaines, de faire rédiger pour la rentrée prochaine un code de la paix scolaire.

C'est-à-dire ?

Il servira de base pour tous les règlements intérieurs des établissements. Il rappellera les règles de conduite, les transgressions que l'on ne peut pas se permettre et fixera un régime de sanctions. J'ai donné mes directives : plutôt que la simple exclusion, où l'élève se retrouve chez lui, je crois beaucoup plus à l'instauration de travaux d'utilité collective, qu'il effectuerait au collège, voire avec l'enseignant insulté.
 

 

François Fillon "soutient" l'enseignant qui avait giflé un élève

Le Premier ministre François Fillon a manifesté mercredi sur RMC et BFM-TV son "soutien" à l'enseignant qui avait giflé un élève irrespectueux, se disant "choqué" que le professeur ait été gardé à vue.

"Il n'est pas acceptable qu'un élève traite un enseignant de connard, c'est une faute qui mériterait, semble-t-il, une sanction plus sérieuse que celle qui a été prise (3 jours de suspension, ndlr), et donc oui, je soutiens cet enseignant", a-t-il dit.

Interrogé sur les 48 heures de garde à vue infligées à l'enseignant, le chef du gouvernement a déclaré ne pas avoir "de jugement à porter sur la justice", ajoutant aussitôt: "Mais franchement, en tant que citoyen et en tant que parent d'élève, oui ça me choque".

 
Et une actualité "brûlante"... donnée sur RTL par
Jacques Hardouin et relayée par l'Agence de Presse AP. (06/02/2008)

 

EVREUX - Un délégué de parents d'élèves qui, lundi matin, a été giflé par l'inspecteur d'académie de l'Eure a porté plainte contre ce dernier au commissariat de police d'Evreux, a-t-on appris mercredi auprès des parents d'élèves.

Accompagné d'un autre délégué, cet homme d'une quarantaine d'années qui préfère garder l'anonymat, était venu demander des explications à Erik Louis, inspecteur d'académie de l'Eure, sur le projet de regroupement des écoles du quartier Saint-Michel d'Evreux.

Le ton de la discussion serait monté et l'inspecteur d'académie aurait giflé l'un des deux délégués avant de présenter ses excuses à ce dernier.

 

Le rectorat de Rouen (Seine-maritime) dont dépend l'inspection académique de l'Eure a confirmé mercredi "qu'un incident avait eu lieu dans les locaux de l'inspection lundi matin". AP

 

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Published by Les directeurs en lutte - dans Analyses
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Laurent 07/02/2008 10:08

"L’école ne sert plus à rien si les consommateurs gâtés, gavés de présents, ne comprennent pas que c’est un moyen splendide d’évolution" Oui, c'est bien le problème : l'école ne joue pas suffisament son rôle d'ascenseur social. Les exclus de la réusite le savent :  Aujourd’hui ceci n’existe plus. Il y a eu une rupture du consensus, autour de la légitimité immédiate de l’enseignant et autour de la «positivité» immédiate de l’école - l’école était avant perçue comme le lieu de «toutes les chances dans tous les cartables» pour reprendre un slogan en vogue sous Giscard d’Estaing. Certains élèves n’ont plus le sentiment que l’école est faite pour eux, ce qui explique des comportements perturbateurs ou violents. Cela est dû à la massification : désormais 100 % d’une génération est au collège. Et l’école laisse toujours croire qu’elle est une chance de développement pour tous. Mais certains se rendent compte que non, qu’elle est par exemple impuissante face à la paupérisation.

Claire 07/02/2008 08:47

Que le Premier Ministre réagisse, c'est bien la moindre des choses. Que ne l'a-t-il fait plus tôt ?Son intervention aura tout de même permis d'assurer ce collègue qu'aucune sanction ne lui serait infligée (ni blâme, ni déplacement...). N'empêche que tout cela aurait pu être affirmé dès que l'affaire a éclaté.

Dan Ledir 06/02/2008 23:48

De ce fait divers récent, aux réactions dispropotionnées, que peut-on en dire? Bien évidemment les élèves n'ont pas à insulter leur professeur. Bien entendu, les professeurs n'ont pas à utiliser de châtiment corporel quel qu'il soit.
Quel est la part de la formation consacrée à réagir face à ce type de problème, Aucune. Quelle est l'écoute de l'administration quant aux souffrances de certains professeurs confrontés quotidiennement à ce type de réactions de la part d'élèves? Très insuffisante.
J'ai actuellement dans mon école quelques cas d'enfants extrêmements difficiles pour lesquels ce type de passage à l'acte pourrait malheureusement s'effectuer. Nous n'avons aucune aide supplémentaire depuis le début de l'année. Tout juste devrait-on voir arriver une personne, actuellement en précarité,  en contrat aidé sans aucune formation pour travailler dans une école. Nous l'attendons depuis début novembre, l'inspection académique et l'anpe se renvoyant la balle.
Nous n'avons pas non plus les postes qui permettraient d'avoir des classes moins chargées et de mieux faire face aux difficultés. Il va falloir encore nous mobiliser pour obtenir pour l'an prochain le poste indispensable pour faire face à l'augmentation du nombre d'élèves.
Dans les collèges et lycées professionnels les moyens sont largement insuffisants en terme de surveillant et CPE.
En équipe pédagogique, nous avons réfléchi à mettre en place un protocole pour éviter d'en arriver à un stade ou obligatoirement les choses peuvent basculer et entraîner des réactions disproportionnées d'un côté comme de l'autre.
Les enfants reconnus difficiles sont mis sous contrat de comportement et sont envoyés dans la classe de leur tuteur en cas de problème. Il ne s'agit pas d'une santion mais d'un éloignement temporaire qui permet à la classe de retrouver sa sérénité et qui permet de dégonfler les conflits et de prendre du recul.
L'élève exclu n'est pas accueilli par son tuteur comme un "puni" mais comme un élève dont il a la charge, qu'il doit entendre et avec qui il aura un dialogue permettant de faire comprendre à l'enfant pourquoi il en est arrivé là.
Ce dispositif fonctionne plutôt bien. Il nous a permis de finir l'année dernière sans avoir eu à déplorer de graves incidents alors que nous avions à gérer un nombre important d'élèves hautement perturbateurs. Pour ceux que cela intéresse, reportez-vous aux chroniques de l'époque.
Il nous permet cette année de régler quelques situations difficiles et de faire progresser ces élèves.
Pour finir, j'ai le souvenir d'une collègue, il y a déjà un bon moment, qui s'était permise d'insulter, d'humilier et de frapper un élève en public devant toute la classe et qui n'a jamais été inquiétée malgré la plainte déposée par la mère.
Malheureusement l'enfant n'avait pas un père gendarme.
En ce qui me concerne, il m'est arrivé très rarement (deux fois) de donner une claque à un élève au tout début de ma carrière. Il s'agissait à chaque fois de gifle-réflexe répondant à une insulte d'un élève se trouvant très proche de moi. Je l'ai bien sûr regretté. Je ne l'aurais pas donnée si j'avais été plus expérimenté et si j'avais eu à faire quelques pas pour m'approcher de l'élève. Je ne les aurais sans doutes pas données si j'avais eu au cours de ma formation à réfléchir et à anticiper sur ce genre d'incident auxquels je n'étais absolument pas préparé.
Pour la petite histoire, cela n'a pas empêché l'une des élèves concernées de devenir professeur.
Je soutiens tout à fait ce collègue et comprend tout à fait ce qu'il doit ressentir. J'espère que son adlministration, ses supérieurs hiérarchiques le soutiennent complètement.
Pour une fois, notre ministre a eu une bonne réaction. Reconnaissons-le, c'est si rare.

Matthieu Loosveldt 06/02/2008 11:52

Et l'inspecteur gifleur, il s'est retrouvé en garde à vue ? On lui a retiré ses lacets, sa cravate, sa ceinture ? Il est suspendu par le recteur ?