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Le statut de directeur d'école dans les projets présidentiels de 2012

 

Certains candidats ou partis évoquent le statut de l'école et de son directeur.

Qu'en disent-ils ?

 

Marine Le Pen
UMP
UMP & PS

Philippe Poutou 

 

La synthèse et les résultats de la consultation IFOP - GDID sont disponibles sur le site de l'Ifop à l'adresse suivante (cliquer sur le panneau ci-dessous) :

 

 

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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 09:35

Philippe Boisseau, IEN et spécialiste de l'enseignement en maternelle, livre une analyse très précise du rapport Bentolila sur la maternelle :

« Bentolila l'avait annoncé bien avant la sortie de son rapport et beaucoup s'en réjouissaient : Le rapport préconiserait une meilleure formation des enseignants de maternelle et surtout un programme, une progression précise, pour guider la pédagogie de la langue tout au long de la maternelle. Sur le premier point, le rapport propose en effet un module de 50 heures de formation spécifique à  la maternelle qui s'imposerait aussi aux enseignants de l'école élémentaire désireux de passer en maternelle. Par contre, la nécessité de faire un programme est bien affirmée dans le rapport mais le programme n'est pas là.
 

L'oral n'est pas cultivé pour lui-même mais pour préparer les enfants à  la lecture

Les autres propositions du rapport ne relèvent pas vraiment de la pédagogie de la langue orale mais sont propédeutiques à  l'écrit.
 

On risque de scléroser la construction du langage oral

Le rapport Bentolila ne fait pas une place suffisante à  la culture de la langue orale pour elle-même. Il ne vise pas à  former tous les jeunes français à  parler avec aisance. Il ne retient de ce que doit être une pédagogie de l'oral que ce qui conditionne l'entrée dans l'écrit. A accorder une telle importance à  ce qui est directement propédeutique à  l'écrit, on risque de scléroser la construction du langage oral des enfants, notamment de ceux qui sont les moins avancés dans cette construction.

De ce point de vue, la nouvelle définition cycle 1 / cycle 2 proposée par le rapport aurait pu être clarifiante si elle avait signifié : A la maternelle, toute entière du cycle 1, la conquête de la langue orale ; au cycle 2, la conquête de la lecture. Mais ce qui est proposé est très différent : Ce n'est plus seulement la grande section qui est invitée à  être étroitement propédeutique à  la lecture mais la maternelle toute entière !
 

Un autre problème se pose à  la pédagogie du langage en maternelle

A côté de la nécessité évidente de revoir la formation et de mieux définir le programme des acquisitions à  réaliser tout au long de la maternelle, un autre problème se pose à  la pédagogie du langage en maternelle : le grand nombre d'enfants ! Le rapport passe très vite (3 lignes à  la limite des p.11 et 12) sur ce problème pourtant crucial : "...il conviendra de chercher les moyens qui permettront aux enseignants de pouvoir travailler efficacement en ateliers de 7 ou 8 élèves sans avoir à  se demander ce qu'ils vont faire avec les autres...". En effet, la classique organisation en ateliers n'assure pas la disponibilité mentale suffisante pour prendre en charge efficacement les enfants qui en ont le plus besoin.

Il est aussi indispensable de renforcer l'encadrement en sections de petits dans les zones sensibles et de reporter à  ce niveau une partie de l'action du dispositif d'aide (maîtres E et G). A la différence de ce qu'on pense généralement, porter vraiment l'effort à  ce niveau serait économique pour l'Education Nationale ! En effet, un enfant mieux armé en langage au sortir de la section de 3 ans (syntaxe et articulation) tire, de lui-même, un bien meilleur parti de sa scolarité maternelle.

Mais le rapport ne s'attarde pas sur ce problème pourtant décisif... peut-être parce que ça risquerait de coûter trop cher au ministère ! Cependant, pour les "élèves en insécurité linguistique", il préconise d'avoir recours à  des étudiants, en particulier ceux se destinant à  l'enseignement, qui prendraient en charge, 30 à  40 mn par jour, des groupes de 2 ou 3 enfants, hors temps scolaire, à  l'école ou à  leur domicile. Des étudiants sans expérience pédagogique ! Après une journée de classe qui ne laisse que peu de disponibilité mentale à  des enfants en difficulté ! Alors qu'il faudrait des professionnels de bon niveau, plutôt aux heures de meilleure disponibilité mentale des enfants, donc en temps scolaire. On peut douter de l'efficacité de la mesure. Elle a cependant l'avantage de ne rien coûter au ministère !

Le rapport n'a pas tout à  fait tort de regretter le temps où existaient des inspectrices de maternelle. Certes, le mixage des circonscriptions a pu assurer une meilleure cohérence du primaire, notamment au sein du cycle 2. Mais la disparition des inspectrices générales de maternelle qui savaient au niveau national défendre la cause de la maternelle puis celle des inspectrices de maternelle qui assuraient une animation pédagogique spécifique ont freiné l'élan qui caractérisait la maternelle française. L'approfondissement de la formation des inspecteurs et des conseillers pédagogiques, l'existence d'un conseiller pédagogique spécial maternelle dans chaque circonscription, que propose le rapport Bentolila, pourraient en effet aider à  remonter ce passif.
 

Il ne faut pas priver les enfants qui en ont le plus besoin d'une quatrième année de scolarisation maternelle

Le rapport Bentolila préconise de cesser partout la scolarisation des 2 ans. Cette scolarisation concerne surtout les zones les plus en difficulté puisque les postes d'enseignants ne sont accordés que là. Quand les conditions de scolarisation des 2 ans sont bonnes : une vingtaine d'enfants par classe, des locaux de qualité, insonorisés, avec de multiples coins-jeux attractifs, une salle de motricité et une cour qui soient des lieux d'authentique aventure motrice adaptée à  des tout petits... et surtout une institutrice bien formée assistée de 2 ASEM à  plein temps, cette scolarisation peut n'avoir rien à envier aux meilleures crèches. Il ne faut pas priver les enfants qui en ont le plus besoin d'une quatrième année de scolarisation maternelle mais veiller à  ce que toutes les conditions soit réunies pour que cette année soit une réussite. La suppression de cette quatrième année n'a qu'un avantage, celui de faire réaliser d'importantes économies au ministère !! »

Philippe Boisseau - Inspecteur honoraire, auteur de " Enseigner la langue orale en maternelle" CNDP.
 

Les surprenants critères d’évaluation de l’action du ministre de l’Education nationale  

La FCPE juge particulièrement inadaptés les critères d’évaluation de l’action politique du ministre de l’Education nationale. Les enfants ne sont en aucune manière cités, seule une logique budgétaire domine.
La FCPE juge particulièrement inadaptés les critères d’évaluation de l’action politique du ministre de l’Education nationale. Les enfants ne sont en aucune manière cités, seule une logique budgétaire domine.
En mettant en avant le nombre d’heures supplémentaires effectuées par les enseignants et l’ancienneté des enseignants en Zone d’éducation prioritaire, le gouvernement témoigne d'une vision singulière des finalités et du fonctionnement du système éducatif.

Quelle pertinence peuvent avoir des indicateurs de dépense, si le fait de supprimer 11 200 postes pour y substituer des heures supplémentaires est en soi un indicateur de la performance du ministre ?

Cela ne fait que refléter un choix délibéré : celui d’avoir moins d’adultes pour encadrer et former les élèves.
On aurait pu imaginer que la réussite des élèves à tous les niveaux d’enseignement était la finalité centrale du système éducatif… Cela pouvait se traduire par des critères portant sur la baisse du nombre de jeunes sans qualification, un taux de redoublement fortement réduit ou, plus fondamentalement, une amélioration de la maîtrise des connaissances et compétences transmises par l’Ecole…

On aurait pu imaginer que la capacité du ministre à assurer les remplacements des enseignants serait prise en compte…

A quoi servent donc les indicateurs définis par la LOLF et les programmes scolaires, élaborés par les ministères et le parlement, s'ils sont ignorés par un cabinet de consultants éloignés des réalités quotidiennes des élèves et des parents qui chaque jour, de fait, évaluent l’action ministérielle ?
C’est aux usagers et citoyens d’avoir in fine le dernier mot.

La FCPE rappelle que pour les élèves comme pour les enseignants, l’évaluation au mérite recèle un nombre d’effets pervers et de dommages collatéraux : il en va de même pour l’évaluation du ministre et du système éducatif.

 

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Published by Les directeurs en lutte - dans Analyses
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