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Le statut de directeur d'école dans les projets présidentiels de 2012

 

Certains candidats ou partis évoquent le statut de l'école et de son directeur.

Qu'en disent-ils ?

 

Marine Le Pen
UMP
UMP & PS

Philippe Poutou 

 

La synthèse et les résultats de la consultation IFOP - GDID sont disponibles sur le site de l'Ifop à l'adresse suivante (cliquer sur le panneau ci-dessous) :

 

 

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26 décembre 2007 3 26 /12 /décembre /2007 13:51

Les fêtes de Noël passées, un peu de repos s'avère nécessaire pour permettre une bonne digestion avant les agapes de fin d'année... En ces instants propices à la réflexion, nous vous proposons un texte de Daniel Faivre, professeur de français. Texte publié par Marianne.fr le 24 décembre 2007.

"Un beau jour des années 1990, l'administration de mon collège supprima nos estrades. Ce changement s'imposait de lui-même : d'après tous les inspecteurs le cours magistral était révolu, le professeur était désormais l'égal de l'élève, quand il n'avait pas à apprendre de lui !
Sans trop savoir pourquoi - les enseignants étant pour beaucoup dans cette nouvelle mentalité - mes collègues et moi-même vécûmes cela très mal. Sans doute les petits s'en trouvèrent-ils diminués ; en particulier de nombreuses femmes qui, à leur bureau, se noyaient dans la classe, obligées d'être debout pour réapparaître ! Mais pas seulement les profs au gabarit modeste. En ce qui me concerne, j'adorais faire claquer mes talons en début de cours, marquant par là ma différence vestimentaire (j'avais des chaussures moi, et non des Nike), appréciant ma position dominante (dominus = le maître) et spectaculaire. C'étaient mes trois coups de théâtre…

La suppression de l'estrade : une perte symbolique
D'un point de vue physique et symbolique à la fois, la perte se révélait considérable. Le corps du professeur n'était plus sanctifié par la hauteur et la distance. Il ne captait plus tous les regards. Il n'était plus le repère rassurant, même si c'était pour s'opposer à lui. Il faut être sacrément hypocrite pour ignorer que cette mise en valeur de l'adulte, sa représentation – un homme, une femme – contribue au plaisir de la classe. Séduction, mais pas seulement. Encore que ! Souvenons-nous de nos fantasmes collégiens. Serions-nous devenus si puritains que l'on ne puisse évoquer ce que le bon sens populaire sait pertinemment ? Et s'en amuse : combien de parents moqueurs appréciaient les progrès de leur fille avec moi ! Sur ce délicat sujet, l'enseignant ancien style le savait : éviter à tout prix le « pathos » de l'élève. Empathie, oui. Mais surtout pas sympathie. Nos zélateurs de « l'écoute » des élèves sont sur la mauvaise pente…
Ob-scène : à la place de la scène. De l'estrade, de la distance, de l'empathie.

Obscénité ordinaire
En fait la directive nationale de suppression des estrades traduisait une mutation idéologique essentielle. On passait de la transmission des savoirs du passé à la communication tous azimuts, ici et maintenant. « L'hypersphère qui est le bocal où nous nageons – quelques-uns s'y noient – nous a fait passer en un demi-siècle d'une société de la distance à une société du contact » note Régis Debray dans L'Obscénité Démocratique.
Dépassé à l'école ce bon hussard de la république, à l'ambition élitiste et populaire en même temps, qui savait se mettre à la place de l'élève, mais en sachant toujours garder distance – définition de l'empathie - , celle de l'âge, du bien parler et du but exigeant à atteindre.
Aujourd'hui, place aux profs – animateurs, jeunes, branchés, sympas. A l'écoute.
Petit échantillon pris sur le vif de parole spontanée, directe, obscène, cette fois au sens commun du terme.
Heure de vie de classe (sic !), à Nanterre :
- Qu'as-tu dit Nouredine à mon collègue d'EPS pour l'avoir mis dans cet état ?
- Suce moi l'cul ! (rires de la classe, sourire de la prof principale.) Y m'cassait les couilles ! (lieu commun ressassé dans les collèges avec le «va niquer ta mère !»)

Un élève…descendu

Entre devenir élève en restant maître et perdre la maîtrise pour devenir élève, il y a tout un monde ! La sympathie communautarise, prend parti, le jeune contre l'adulte, aujourd'hui contre hier. Elle fait étymologiquement «souffrir avec». Elle dénonce, comme Philippe Meirieu, le grand réformateur fin de siècle, «l'adultité», terrible fléau qui imposait aux élèves, par exemple, la lecture des grands auteurs ! Pour apprendre le français, toujours d'après lui, la lecture des pubs pour machine à laver était préférable, plus proche de la réalité !
On avait à l'école la bienveillance, on a la démagogie. En supprimant l'estrade on a «descendu» le professeur au sens propre, figuré et argotique ! Mais aujourd'hui le cœur n'y est plus, personne ne danse autour de son cadavre. Et pour cause : avec lui, on a «descendu» aussi l'élève ! Pardonnez l'oxymore, aucune raison de continuer à appeler celui-ci ainsi, la symbolique de l'élévation a disparu en même temps.
Mais qui sait ? Lassée de cette proximité jeuniste et malsaine, la cité voudra-t-elle peut-être reconstruire son théâtre. Sans doute commencera-t-elle alors par ces planches scolaires, ces estrades qui permettaient de distraire, au sens fort de «sortir de soi», les élèves.
De grâce, que le spectacle (re)commence !
"

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Published by Les directeurs en lutte - dans Analyses
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commentaires

Bernard Joubert 26/12/2007 23:08

Derrière le côté caricatural évident qui peut choquer (mais n'est-ce pas le but de l'auteur ?), n'y a-t-il pas un fond de vérité ? En extrapolant, ne retrouve-t-on pas ce même aspect "tous copains" qui forge l'idéologie de nos principaux syndicats lorsqu'ils affirment comme l'a fait récemment le SNUIPP que la profession est "hermétique" à toute forme de hiérarchie ? Les directeurs ne subissent-ils pas actuellement l'idéologie opposée à celle du prof auteur de l'article ?

laurent 26/12/2007 22:39

Bof, très caricatural, de l'idéologie à l'état pur... Que ce doit être penible de subir un cours magistral de ce prof, qui croit encore que Régis Debray est un grand penseur !
Bonnes fêtes, même si vous auriez pu trouver plus stimulant.