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Le statut de directeur d'école dans les projets présidentiels de 2012

 

Certains candidats ou partis évoquent le statut de l'école et de son directeur.

Qu'en disent-ils ?

 

Marine Le Pen
UMP
UMP & PS

Philippe Poutou 

 

La synthèse et les résultats de la consultation IFOP - GDID sont disponibles sur le site de l'Ifop à l'adresse suivante (cliquer sur le panneau ci-dessous) :

 

 

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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 22:24
Nous avons reçu, pour information, le courrier que vient d'envoyer à Monsieur De Robien une directrice d'école sanctionnée pour grève administrative.
Nous avons décidé, avec son accord, de publier cette lettre car, si notre collègue s'exprime en son nom propre, elle le fait aussi, dit-elle, au nom de tous les directeurs qui voudront se reconnaître dans ses propos.
Avec beaucoup de dignité, Marie-Hélène exprime au Ministre son incompréhension d'une sanction inique qui la pénalise injustement.
 
 
 
Le 20 février 2007 
 

Objet : Retenue sur salaire pour grève administrative. 
 

Monsieur le Ministre, 
 

Je reçois aujourd’hui un courrier de l’Inspection Académique me précisant que je ferai en mars l’objet d’une retenue d’un trentième de mon traitement pour service non fait car je n’ai pas transmis l’enquête 19. 

Monsieur le Ministre, je vous rappelle que ma profession est : « institutrice », que j’aime ce métier, et que je l’exerce au quotidien avec beaucoup d’assiduité depuis trente ans. 

Accessoirement j’occupe aussi la fonction de directrice de l’école, qui n’est pas réellement rétribuée puisqu’elle ne m’apporte qu’une très légère indemnité mensuelle, qui n’est pas réellement reconnue puisqu’elle ne fait l’objet d’aucun statut, et qui n’est pas réellement respectée puisque les décharges des écoles à cinq classes prévues par décret en 1992, si ma mémoire est bonne, n’ont été appliquées qu’en 2006 comme si cela n’était pas très important et encore moins urgent, et ce quelque soit le gouvernement en place. 

C’est surtout ce dernier point concernant les décharges qui m’a amenée à manifester mon mécontentement en bloquant les enquêtes 19. 

Par la suite je me suis ralliée à d’autres revendications, concernant en particulier la reconnaissance du « métier » de directeur d’école qui demande tant et qui pourtant n’existe pas vraiment, et c’est pourquoi je n’ai pas cessé le mouvement de blocage des enquêtes. 

Quoi qu’il en soit, à ce jour et sauf erreur de ma part, je ne suis toujours qu’une institutrice de l’école publique exerçant la fonction de directrice en plus de ses obligations professionnelles d’enseignante. 

L’envoi des enquêtes 19 ne relève pas du bon vouloir de l’institutrice Marie-Hélène Colovos, et donc je ne comprends pas que cette partie de ma rémunération soit mise en cause, alors je me pose certaines questions auxquelles j’espère que vous pourrez répondre : 

Pourquoi me retire-t-on un trentième de mon salaire d’institutrice puisque j’ai assuré ce service sans faillir ? 

Pourquoi ne me retire-t-on pas simplement un trentième de mon indemnité de direction pour fonction de directrice non effectuée puisque c’est la réalité de la situation ? 

Il est vrai que la retenue sur salaire se situerait alors, aux alentours de cinq euros ce qui pourrait paraître risible, mais malheureusement c’est bien à cette valeur quotidienne qu’est estimée aujourd’hui la fonction de directeur d’école. 

Pourquoi faire tant de cas de cette enquête 19 puisque les chiffres dont le ministère a besoin lui ont été transmis directement via mon Inspection Départementale a qui je les ai donnés (j’en veux pour preuve les fermetures de classes qui sont à l’ordre du jour dans mon école et qui ne pourraient être envisagées si l’Inspection n’avait pas ces données) ? 

Pourquoi me précise-t-on par téléphone que si je renvoie immédiatement l’enquête 19 les sanctions seront annulées alors que cette enquête n’a plus aucune utilité ? 

De toute façon je n’ai plus cette enquête depuis longtemps. Je l’ai transmise à un syndicat qui soutenait la grève administrative des directeurs, mais n’étant moi-même pas syndiquée je ne sais plus vraiment à qui. 

Bien sûr depuis l’an passé je suis enfin déchargée un jour par semaine et on pourrait me répondre que ce n’est que cette journée de décharge qui est concernée par la retenue sur salaire, mais dans ce cas cela voudrait dire que je ne suis pas directrice les autres jours.  

Alors ne devrais-je plus…

recevoir les familles, répondre au téléphone, veiller à la sécurité et au bien-être des enfants, me rendre aux diverses réunions, ouvrir le courrier, consulter les mails, organiser l’élaboration des projets de l’école puis les rédiger, rester en contact avec la Mairie du Touquet, avec l’Inspection, centraliser les besoins des collègues, travailler avec les partenaires de l’école, gérer le personnel municipal travaillant au sein de l’école, régler les problèmes quotidiens d’entretien des locaux et du matériel, gérer l’argent de la coopérative, organiser les sorties pédagogiques, remplir les enquêtes… entre autres tâches mais je vais arrêter ici la liste qui est encore bien longue,

… qu’un seul jour par semaine ?  

Bien sûr que non la tâche serait impossible à accomplir, même en utilisant les vingt-quatre heures de cette journée, et les besoins de l’école n’attendent pas mon jour de décharge. 

Donc, si je suis chaque jour directrice, par voie de conséquence je suis aussi chaque jour institutrice, même mon jour de décharge. De plus les collègues directeurs confrontés comme moi à cette sanction ne sont certainement pas tous déchargés. 

Sauf le respect que je vous dois, je me demande comment réagirait Monsieur le Maire d’Amiens si il faisait l’objet de sanctions financières au titre de Maire pour répondre d’un acte commis par Monsieur le Ministre de l’Education Nationale. 

Monsieur le Ministre, je ne vous demande aucun recours gracieux, aucun recours hiérarchique, aucun recours contentieux comme le propose le courrier que j’ai reçu.

L’argent n’est pas le moteur qui me fait avancer. 

Ce que je vous demande, c’est simplement un peu de justice.  

Ne punissez pas ma part d’institutrice qui n’a rien fait, et sanctionnez ma fraction de directrice qui est effectivement coupable de n’avoir transmis ses chiffres que par oral et non sur l’imprimé requis. 

Si je parle ici à la première personne c’est par souci de simplicité du discours, mais je pense aussi à tous les collègues directeurs qui sont aujourd’hui dans la même situation que moi et ont sans doute le même sentiment d’injustice. 

J’aimerais pouvoir profiter de ce courrier pour vous demander de vous pencher avec bienveillance sur nos problèmes de directeurs, mais je sais que des associations de directeurs comme le GDID et des syndicats professionnels le font déjà.  

Il serait présomptueux de ma part de penser que je peux faire mieux, aussi je leur en laisse le soin. 

Je porte ce courrier à la connaissance des personnes concernées par le fonctionnement de l’Ecole de la République dans l’espoir qu’un jour les réponses apportées au grand malaise des directeurs d’école seront apaisantes. 
 
 

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à mon grand dévouement à la cause du service public et à l’épanouissement scolaire des enfants. 
 
 

                                                      Marie-Hélène Colovos 
 
 

Copies :

Monsieur le Président de la République.

Monsieur le Député Maire du Touquet.

Monsieur le Recteur de l’Académie de Lille.      

Monsieur l’Inspecteur d’Académie du Pas-de-Calais.   

Monsieur l’Inspecteur de la Circonscription de Montreuil-sur-Mer. 

Madame Royal, Monsieur Bayrou, Monsieur Sarkozy, candidats à la Présidence de la République.            

Mesdames et Messieurs les responsables syndicaux soutenant la grève administrative.

Le GDID, Directeurs en Lutte.       

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Published by Les directeurs en lutte - dans Lettre au Ministre
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commentaires

Ch DESPLANQUE 26/02/2007 18:38

J'apporte tout mon soutien à Marie-Hélène.
 
Ch DESPLANQUE
Directeur dans le Pas-de-Calais

Gilbert 25/02/2007 12:58

Moi, ça me redonne du courage de voir que des gens, dans leur coin, continuent la lutte. Où sont nos syndicats ?

Marie-Pierre Guillet 25/02/2007 12:56

Belle lettre qui fait honneur à la profession et qui vaut mieux que de grands discours. Bravo Marie-Hélène.
Bonne idée des collègues précédents qui envisagent de diffuser ce courrier aux élus et syndicalistes de tous poils.
Pour plus d'impact, ne pourriez-vous pas donner cette consigne sur votre site ? Je pense que ça inciterait beaucoup de collègues à faire cet envoi.
Bon courage à tous.
Marie-Pierre

Christophe 25/02/2007 09:46

Bravo, bravo et bravo...
 


 

Je retiens l'idée de Yannick : transférer cette lettre aux députés et leur demander ce qu'ils en pensent. Ils seront face à une description réaliste des conséquences de cette politique de l'autruche qui consiste à ne pas nous reconnaître. Et là, je rejoins l'analyse de Joël : les syndicats sont complices de ce fiasco !
 


 

En ce qui me concerne, je vais faire comme Marie-Claire : envoyer la lettre de Marie-Hélène aux syndicats également. Mettons-leur face à leurs responsabilités !
 

Marie-Claire Girondier 24/02/2007 23:58

Marie-Hélène, merci pour cette lettre particulièrement émouvante, simple et vraie. Ce courrier est réellement "parlant", expliquant avec dignité la réalité de notre métier... et ses conséquences "surréalistes".Je pense que je vais suivre la suggestion de l'un de nos collègues dans un commentaire précédent : l'envoyer à mon député-maire, mais aussi aux futurs candidats à la députation sur la circonscription, ainsi qu'aux syndicats d'enseignants de mon département. Entre temps si je pense à d'autres, je diffuserai. Tiens nous au courant d'une éventuelle réponse à ce magnifique courrier.Marie-Claire ; enseignante-directrice d'une école maternelle à 4 classes ; déchargée par un PE2 depuis septembre ; GDID 24

Yannick 24/02/2007 16:25

Si chacun de nous envoyait cet excellent courrier à son député... En indiquant qu'on est solidaire de Marie-Hélène et que tous ses propos, chaque directeur peut les reprendre à son compte. Qui sait si ça en ne ferait pas réagir quelques-uns de ces politiciens...
Qu'en pensez-vous ?

Joël 24/02/2007 14:03

Au risque de me faire taper sur les doigts, je persiste à penser que les syndicats enseignants, nos syndicats, sont responsables de la situation dans laquelle nous nous trouvons.
 

Comment obtenir le minimum de moyens (en temps de décharge, en indemnités, points d’indice, avantages pour l’avancement…) si nous n’existons pas ?
 

Les syndicats n’ont pas arrêté (et n’arrêtent pas) de refuser que nous puissions obtenir une reconnaissance de notre fonction. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : sans statut, point de reconnaissance officielle de notre métier et de sa spécificité !
 

Et si nous ne sommes pas reconnus, c’est que nous sommes des « enseignants-comme-les-autres ». Donc, pourquoi nous différencier par de quelconques moyens supplémentaires ?
 


 

Ce qui arrive à Marie-Hélène, comme à tant d’autres collègues partout en France, c’est la conséquence de cette non-existence. Tant que nos syndicats n’évolueront pas, rien ne changera vraiment.

Joël - directeur - 6 classes - 1/4 décharge
 

Patrice Collez 24/02/2007 13:36

Je rejoins les collègues pour te dire tout le bien que je pense de ton initiative. Voilà une lettre mesurée, réfléchie, vraie, argumentée... Si les politiques destinataires de ce courrier ne réagissent pas, c'est à désespérer de leur sincérité lorsqu'ils affirment comprendre les directeurs.

Corinne 24/02/2007 09:39

Felicitations pour cette lettre! J'espère qu'elle sera lue par tous ces candidats qui se disent sur le terrain et proches de tous les Français et même des directeurs...Courage pour assurer ce travail si dur et peu reconnu.
Une autre directrice,  Corinne

Jacky Soulin 24/02/2007 09:39

Oui, bravo Marie-Hélène pour ton courage, ton audace et ta grande dignité.

marie 24/02/2007 08:45

Bravo Marie-Hélène pour cette lettre touchante et pleine de dignité... Etant directrice comme toi et déchargée 1 jour par semaine depuis l'an dernier comme toi, je me reconnais entièrement dans ce que tu as écrit: et dans ta demande: un peu plus de justice...
Merci d'avoir eu le courage de l'écrire cette lettre...
 
 
 
 
 

Adeline 23/02/2007 23:20

Chapeau, chère collègue. Votre lettre en dit long sur la considération que nous portent nos politiques.
Sachez que je suis admirative de votre courage.
Ah, si nous avions tous votre force de caractère…

Jean-Baptiste Leffet 23/02/2007 23:16

Je trouve émouvant le courrier de Marie-Hélène. Emouvant et tellement vrai. Emouvant et courageux. Elle a osé aller jusqu'au bout de sa grève. Elle a pris de son temps pour écrire au ministre. Du temps qui lui est compté. Elle a adressé copie de sa lettre à tous ceux qui devraient réfléchir à la condition des directeurs d'école : la hiérarchie, le pouvoir.
Comme vous le signalez, Marie-Hélène reste très digne. Elle dresse un constat sans faille du manque de reconnaissance qui nous touche tous. Qu'elle accepte de nous diffuser la réponse, si elle obtient une.