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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 14:13

Marcel Pochard au sujet de la Commission sur le métier d’enseignant : « Il y a eu arrière-pensée tactique du ministère »

Quatre semaines après la remise de son rapport sur l’évolution du métier enseignant, Marcel Pochard est un homme en colère. Chargé en septembre dernier par le ministre de l’éducation nationale Xavier Darcos d’exposer dans un «livre vert» les changements possibles pour revaloriser la condition enseignante, le conseiller d’Etat se dit victime d’«une certaine arrière-pensée tactique» du ministère. Il dénonce une collusion entre les syndicats et l’administration de l’éducation nationale qui préfèrent l’«iniquité au désordre», et craint que sa contribution ne passe à la trappe de l’histoire, et avec elle, une véritable occasion de réformer le système éducatif français.

Un peu plus d’un mois après la remise de votre «livre vert sur l’évolution du métier enseignant», quel est votre sentiment sur les résultats du travail de votre commission ?

La conscience du devoir accompli, mais en même temps une certaine inquiétude. Le rapport est sorti depuis plusieurs semaines ; il est le fruit d’un très gros travail et je ressens la crainte qu’il ne soit pas exploité à plein. Le ministère paraît hésitant sur la façon d’embrayer et je ne comprends pas le blocage des organisations syndicales à l’égard de ce qui a vocation de livre vert et non de recommandations.

Ne craignez vous pas d’avoir été instrumentalisé, voire piégé, par le ministère de l’Education nationale ?
La création d’une commission n’est jamais neutre ; sa composition non plus. En l’espèce la désignation du secrétaire général du ministère comme rapporteur général (Pierre-Yves Duvoye) ne pouvait qu’intriguer. Je n’ai pas trouvé à y redire car y ai vu la garantie d’une coopération de l’administration. Si piège, il y a pu y avoir, il est dans cette étrange mais bien réelle idée, qu’au fond, les solutions à mettre en œuvre étaient bien connues et que notre travail pouvait se résumer à un travail de tactique pour savoir comment mettre en musique ces solutions bien connues. Que donc notre travail n’était pas tant un travail d’approfondissement qu’une mise en forme de réformes dont l’administration savait déjà ce qu’elles devaient être. Que la commission n’avait pas à refaire elle-même, de façon exhaustive, tout le travail de mise à plat des multiples aspects de la condition enseignante, censés être bien connus, ni même de s’interroger sur les voies et moyens de changer le cours des choses mais de se préoccuper du seul comment faire passer les réformes. Le rapporteur général ne l’a au demeurant pas caché, faisant valoir rapidement, en substance que « s’agissant de la question enseignante, comme sur beaucoup de sujets en France, on sait depuis longtemps ce qu’il faut faire ; le propos de la commission, ce n’est pas de réinventer ce qu’il faut faire, c’est de l’instiller, en démontrer l’intérêt et l’efficacité... ». Tout cela est assez classique, mais aux antipodes de mes propres convictions : s’imaginer que l’on sait ce qu’il faut faire constitue la meilleure façon de se planter.

Vous accréditez néanmoins ainsi l’idée que la commission, comme le dénoncent les organisations syndicales enseignantes, a été instrumentalisée ?

Le terme d’instrumentalisation est bien excessif, même si l’on ne peut écarter, comme je l’ai dit, du côté du ministère de l’éducation nationale, une certaine arrière-pensée tactique. Ce n’est d’ailleurs pas nécessairement choquant ; je conçois sans difficultés que, dans l’esprit du ministre, Xavier Darcos, cette commission ait trouvé sa place dans une stratégie de changement et d’innovation vis à vis des organisations syndicales. Ce qui est important, c’est que la Commission ait fait son travail en allant au fond des choses. Si dans les résultats, de nombreuses pistes recoupent des idées déjà avancées par d’autres, rien de contradictoire : il ne s’agit pas de réinventer la roue ; mais sur de très nombreux sujets, les scénarios préconisés comportent de véritables novations.

Un autre risque, probablement plus lourd, pesait sur la commission : le risque de s’en tenir à une sorte de langage commun et largement codé qui existe entre l’administration de l’éducation nationale et les organisations syndicales. Car il y a des points sur lesquels on peut avoir le sentiment que les deux ne souhaitent pas que la réalité des choses soit dite explicitement et écrite. Car ils peuvent redouter d’être mis dans une situation qui les obligent à changer et à sortir du bois.

C’est-à-dire ?
Il y a des constats que l’institution scolaire n’aime pas faire ; par exemple qu’il n’est pas acceptable de confier systématiquement aux nouveaux titulaires la majorité des postes vacants dans les zones difficiles dites prioritaires mais si peu prioritaires en matière d’affectation des ressources humaines. Admettre ce constat, c’est s’obliger à agir. Mais comme agir, cela signifie remettre en cause des solutions de facilités aussi bien pour l’administration que pour les syndicats, mieux vaut ne pas avoir à regarder la réalité en face et se contenter de circonlocutions. Mieux vaut en quelque sorte une inéquité qu’un désordre.

Et vous avez buté sur le fait qu’en France, les organisations syndicales détiennent un certain pouvoir dans ce domaine, comme celui d’informer les enseignants sur les affectations et les mutations, ce que l’administration ne fait pas toujours...

Nous sommes effectivement là dans un domaine type que l’on peut qualifier de cogestion. Le langage tenu par les deux partenaires est sensiblement le même. A savoir : ce système n’est pas très bon mais, dans le fond, il est possible de limiter les dégâts par des mesures d’accompagnement. A l’inverse, la Commission est sortie de son travail convaincue que les mécanismes d’affectation et de gestion des ressources humaines doivent être réformés en profondeur. Même chose pour la notation des enseignants : les syndicats comme l’administration n’ont pas véritablement envie de trouver un autre système de notation parce que le système actuel a le seul mérite d’exister.

Pourquoi co-gestion ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une absence de gestion tout court de la part de l’administration ?
On peut effectivement estimer qu’en matière d’affectation, l’administration a trop renoncé à exercer ses prérogatives de puissance publique. Le principe même du service public veut qu’il soit d’égale qualité sur tout le territoire et c’est à la puissance publique de faire respecter ce principe. Or dès lors que, quels que soient les efforts faits pour y remédier, l’intérêt quasi exclusif des agents prévaut en matière d’affectation, avec le résultat que l’on sait, cela signifie que l’intérêt du service se trouve peu ou prou sacrifié, faute d’usage des prérogatives dont dispose la puissance publique. Cela ne veut pas dire que l’on ne doive pas considérer l’intérêt des agents ; mais on doit se donner les moyens de peser sur les choix. Dans l’éducation, tout le monde est attaché au service public. Il ne doit pas être impossible d’amener les partenaires sociaux à comprendre qu’ils ne peuvent méconnaître à ce point certains des principes fondamentaux de ce service public.

Bien sûr, je n’ignore pas qu’il y a énormément d’explications à tout cela. L’une d’elle est que la France conserve une conception très individualiste du métier d’enseignant et qu’il y a dans le monde enseignant une profonde défiance vis-à-vis de l’autorité de proximité, la plus à même d’exprimer quel est l’intérêt du service sur le terrain. Les chefs d’établissements en sont bien convaincus mais n’osent pas le dire de crainte qu’on les accuse d’avoir changé de camp.

Diriger une commission lorsque l’on ne connaît pas un univers, c’est un problème ou un atout ? Votre Commission, vous-mêmes, n’en aviez-vous pas une idée préconçue ?

J’ai une culture administrative. Je suis arrivé avec ma propre vue de la fonction enseignante mais j’ai voulu avoir une vision plus large, et historique, sur la condition enseignante. D’où mon intérêt pour la commission Ribot de 1899 ou de la commission Joxe de 1972, dont le travail était perdu de vue, même par les gestionnaires qui ont totalement le nez dans le guidon, et de ce fait peut-être plus préoccupés, comme je l’ai dit de tactique, que de nouvelles approches. Or il y en a besoin. Depuis que je pratique le dialogue social, je découvre que pour un nombre étonnant de gens le dialogue social est un moyen de convaincre les partenaires du bien fondé de ce que l’on pense. Or le dialogue social qui se résume à cela n’a aucun intérêt.

Craignez-vous une négociation faussée ?

Le gouvernement s’est fixé lui-même des contraintes. Le ministère s’est engagé à déboucher sur un livre blanc d’ici l’été. Il ne peut pas ne pas agir. Si risque il y a, il touche à la méthode : la politique actuelle est de commencer par se mettre d’accord avec les organisations syndicales sur les thèmes qui vont faire l’objet des discussions. Il ne faudrait pas qu’à ce stade des thématiques centrales passent à la trappe, comme la refondation de la politique d’affectation des agents ou celle de leur évaluation. Cela serait regrettable car à partir de ces sujets, c’est toute la gestion des ressources humaines qui peut être abordée et rebâtie. Mais en l’état, je n’ai aucune information et je ne voudrais surtout pas faire de procès d’intention. Je reste persuadé que si l’on a fait travaillé une commission, c’est pour se servir de son travail.

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Published by Les directeurs en lutte - dans Analyses
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St Remy du Nord Edunet 10/03/2008 12:35

encore une réunion hors temps de travail. pouvez vous faire quelque chose? merci

Stéphan 09/03/2008 18:35

Qu'arrive-t-il à Pochard ? Depuis quand les chargés de commission doivent-ils essayer d'imposer leurs idées ? On leur demande de réfléchir sur un thème donné et de rendre leurs conclusions.
-il répond à une interview du Monde...
ça être interdit en démocratie?
On doit avoir la permission des (co)gestionnaires?

Ensuite, la critique étant un jugement raisonné, difficile de qualifier le texte du SNUipp de "critique".
- c'est un texte à charge sans subtilité et plutôt démago.
début;
Comment peut-on sérieusement tenter de tracer les contours des évolutions de la fonction et du métier d’enseignant dans les décennies à venir sans se pencher sur les 360 000 enseignants des écoles qui exercent de la toute petite section de maternelle au CM2 ?

1er remarque, ce n'est pas l'interview qui est dénoncé, mais la mise en place même d'une commission ( on a eu droit aux mêmes propos lors de la mise en place de la commission Thélot...)

2° remarque, Combien d'enseignants au Snuipp sur ces 360 000 enseignants primaire (dont beaucoup sont ni en maternelle, ni en primaire, mais dans les équipes IEN)?
Est-ce que ça le gêne pour parler à la place de la profession?

Bien sûr on peut être contre, et la critique est salutaire puisque la vérité est sans doute plurielle, mais on est aussi en droit d'avoir une argumentation construite, surtout venant de la part d'enseignants...

Parigo 09/03/2008 09:40

Qu'arrive-t-il à Pochard ? Depuis quand les chargés de commission doivent-ils essayer d'imposer leurs idées ? On leur demande de réfléchir sur un thème donné et de rendre leurs conclusions. Hummm... ça sent le réglement de comptes...Réglement de compte politique. Il y a probablement des rivalités entre Darcos et Pochard sur l'utilisation des travaux de la commission.Réglement de compte avec les syndicats. Pochard n'a pas apprécié les critiques de la FSU et il entend bien se venger d'une façon ou d'une autre.Cf notre critique : "Commission Pochard, un rapport indigent sur le premier degré"http://75.snuipp.fr/actualite/pochard_snu.html 

Armelle Thieffry 08/03/2008 11:24

Reçue de l'IA 59 la circulaire suivante :Extrait : En ce qui concerne les modalités pratiques, ces stages de remise à niveau s’organiseront selon les modalités suivantes :-          Constitution de groupes de 6…-          L’implantation des stages sera organisée après consultation, par les inspecteurs, du maire de la commune. En fonction du nombre d’enfants concernés, des regroupements d’écoles peuvent être envisagés....S’agissant d’une activité scolaire, il n’est pas nécessaire de prévoir une convention d’utilisation des locaux scolaires.Le directeur sera-t-il responsable même s'il n'est pas présent car pas concerné par le stage ?

mat pu j.prevert 08/03/2008 09:18

Dedel, vous pouvez dire ce que vous voulez mais rappelez vous que, cette cogestion,  Allègre l'avait dénoncée lorsqu'il est arrivé au ministère. Elle est moins visible en 2008 (ostentatoire, dirait-on aujourd'hui...) mais elle existe.Dans cette grande maison qu'est l'Education nationale, il n'y a pas de "direction des ressources humaines". Ce sont les syndicats qui en font office en annonçant les promotions, les permutations, les mutations... L'Administration laisse faire. Peut-on le nier ?Tout cela est grave car à force de se montrer aux côtés de l'Administration avec la même volonté de ne pas trop bouleverser le mammouth, de conserver les situations existantes, nos syndicats participent à la dégradation de l'image des enseignants dans l'opinion.Pour moi, rien ne me surprend dans ce que dit M. Pochard. Fallait-il faire un "livre vert" qui débouchera sur un "livre blanc" pour dire que "s'agissant de la condition enseignante, on sait depuis longtemps ce qu'il faut faire" ?M. Pochard est-il naïf au point d'affirmer : "je reste persuadé que si l'on a fait travailler une commission, c'est pour se servir de son travail"... Son expérience de Conseiller d'Etat devrait le porter à savoir qu'en France, il est de bon ton de créer une commission quand on veut enterrer la mission qu'on lui confie.Anne-Marie

Ewen 08/03/2008 08:19

Parfaitement raison ce monsieur Pochard mais cela a toujours été ainsi. Pourquoi ce gouvernement  qui ne dialogue pas ( regroupements des tribunaux, affaire des 70 maires dans la Nièvre qui ne veulent pas s'occuper des élections vu l'absence totale de dialogue quant à la suppression d'une clinique très performante, nouveaux programmes des écoles...), pourquoi ce président si 'pressé' devraient - ils faire ce qu'il est absolument nécessaire de faire dans la durée et dans la concertation la plus élargie ? Si la commission a été instrumentalisée, on retrouvera ce qui s'est passé  dans d'autres domaines, une minable tactique de plus.Concernant les syndicats qui, heureusement ,demeurent assez forts dans le domaine de l'Education - j'imagine les décisions s'ils n'étaient pas là - Pochard a aussi raison de dire que les contradictions doivent être dites ( nature du service public par ex. ) quand un travail de fond peut être expliqué et justifié. Il faut travailler avec eux tout en informant et en demandant la participation des professionnels du terrain. Evidemment, là encore, pas de la manière ridicule dont on va demander de faire passer la pilule de programmes scolaires d'un autre temps. 

Dedel 07/03/2008 21:42

Je vois que Marcel Pochard a l'imagination débordante. Il est impatient de laisser son nom dans une réforme par le biais de mesures qu'il aurait soufflées au ministre.Il me fait penser à Attali qui voulait que les 300 et quelques mesures de son rapport passent toutes comme une lettre à la poste. Voyant que ça ne se fait ou ne fera pas, ce monsieur n'a pas de mots assez durs contre ceux qui dénigrent son travail.Ou ce conseiller d'Etat a-t-il vu un certain type de "cogestion" ? On l'a dit du temps de Bayrou parce qu'il entretenait des relations privilégiées avec le SNES. Mais comment l'affirmer de nos jours ?En tout cas, "le langage commun et largement codé entre l'administration et les syndicats" ne nous vise pas. Ce n'est pas nous qui avons signé le protocole de 2006 ni certains accords importants dont certains récents qui ont suivi. Quel intérêt aurions-nous à marcher de concert avec ces ministres que nous combattons ? Faut-il reprendre les communiqués très durs que nous publions sans relâche pour dénoncer les mauvais coups portés au service d'éducation ?Quant au collègue qui parle de la faiblesse supposée des organisations syndicales enseignantes, on ne peut que l'inviter à participer à nos manifestations. Il verra l'enthousiasme, la ferveur des militants et sera surpris des mobilisations que nous parvenons à mettre sur le bitume. Pas facile en cette époque de repli sur soi-même et d'individualisation de la société. Et pourtant...

VALMORI Patrick 07/03/2008 16:27

Eh oui, Henri... Tout cela on la savait. On l'a dit maintes fois. C'est vrai que ça a plus de portée quand c'est quelqu'un comme Pochard qui le dit. Mais...Je ne comprends pas pourquoi les ministres ont peur des syndicats enseignants. Ils savent qu'ils sont faibles, qu'ils ne représentent plus grand chose. Tout cela, ils le savent. Et pourtant, ils font comme si... Ils font semblant de les croire forts. Ils achètent la paix sociale en les flattant, en laissant croire qu'ils les craignent... Un petit jeu qui arrange tout le monde mais qui ne trompe personne...

Henri 07/03/2008 16:11

Certes ! certes !Les propos de M. Pochard n'étonneront que les naïfs qui croient que, etc...Désolé ! il y a belle lurette que tout ceci relève du secret de Polichinelle !Reste ce silence assourdissant !

Flavien - elem-jferry 07/03/2008 14:37

C'est qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère, le conseiller d'Etat qui a présidé la commission.Si on comprend bien, Administration et syndicats auraient les mêmes intérêts à ne pas trop bousculer les choses en place. On fait semblant de se chamailler sur des points mineurs mais, en fait, on est d'accord sur l'essentiel : laisser en l'état. Faudrait trop se remettre en cause, de part et d'autre.Je crois que ce que dénonce Monsieur Pochard, c'est exactement ce qui explique que nous n'avancions pas dans le domaine du statut du directeur. C'est un vrai jeu de dupes !Merci Monsieur Pochard de ne pas faire de langue de bois. Votre liberté de ton vous honore. Hélas, vous êtes bien seul à oser dire ce que beaucoup pensent mais gardent pour eux afin de préserver leur carrière.